Le Sot et les Fripons
Scène 1
Monsieur Dupont, Louis
Monsieur Dupont
Eh bien, Louis, Mademoiselle Cécile a-t-elle paru aujourd'hui ?
Louis
Non, monsieur, pas encore ; vous savez bien qu'elle ne descend jamais que l'après-midi.
Monsieur Dupont
Il est vrai, mais c'est que je suis fort inquiet.
Louis
Pourquoi donc ?
Monsieur Dupont
Parce qu'hier au soir il m'a paru qu'elle avait du chagrin.
Louis
Je ne sais pas pourquoi, car elle devrait être bien aise, au contraire.
Monsieur Dupont
Bien aise ?
Louis
Oui, car je crois que nous irons bientôt à la noce.
Monsieur Dupont
A la noce ! Et de qui ?
Louis
Eh pardi, d'elle-même.
Monsieur Dupont
On la marie ?
Louis
Oui, vraiment ; j'ai entendu parler de cela tout bas, mais il n'en faut rien dire.
Monsieur Dupont
Voilà pourquoi elle était si triste hier. Nous sommes bien malheureux !
Louis
Est-ce que vous l'aimez !
Monsieur Dupont
Ah, sûrement, je l'aime !
Louis
Pourquoi ne l'avez-vous pas demandée en mariage ? Je suis bien sûr que Madame de La Tasse, sa mère, vous l'aurait donnée.
Monsieur Dupont
Tu le crois, Louis ?
Louis
Pour cela, oui ; elle l'aurait bien donnée à Monsieur Ducroc, s'il ne s'y était pas pris trop tard.
Monsieur Dupont
Quoi ! Ce fripon qui vient souvent ici avec Ducornet ?
Louis
Oui. Je ne sais pas si c'est un fripon, Madame de la Tasse ne le croit pas, toujours.
Monsieur Dupont
Tout le monde le connaît pour cela, ainsi que Ducornet.
Louis
En ce cas-là, je suis bien aise qu'il n'épouse pas Mademoiselle Cécile. Tenez, la voilà ; vous pourrez lui parler.
Monsieur Dupont
Oui, mais si sa mère....
Louis
Elle ne vient peut- être pas encore. Je vais me tenir auprès de la porte, et je chanterai quand elle paraîtra.
Scène 2
Louis, Mademoiselle Cécile, Monsieur Dupont, Monsieur Dupοντ
Louis
Entrez, entrez, Mademoiselle, voilà Mademoiselle Dupont qui vous attend.
Mademoiselle Cécile
Monsieur Dupont ?
Monsieur Dupont
Oui, Mademoiselle, je suis au désespoir de ce que je viens d'apprendre.
Mademoiselle Cécile
Ah ! Mon Dieu, cela n'est que trop vrai. Je n'ai pu vous rien dire hier à cause de ma chère mère, mais vous avez dû voir combien j'étais fâchée.
Monsieur Dupont
Aussi ai-je été très inquiet, mais je ne me croyais pas aussi malheureux que je le suis.
Mademoiselle Cécile
Ah ! Dites que nous le sommes, mais il faut que je m'asseye, car ma chère mère va venir.
Monsieur Dupont
Louis nous avertira. Quoi, vous croyez que rien ne pourrait rompre ce mariage ?
Mademoiselle Cécile
Il n'y a pas d'apparence, car mon prétendu arrive aujourd'hui.
Monsieur Dupοντ
Et qui est-il ?
Mademoiselle Cécile
Il s'appelle Monsieur Dutrouillet, et il est de Poissy, où son père a une charge dans les boeufs, à ce qu'on dit.
Monsieur Dupont
Si j'avais pu prévoir qu'on eût dû vous marier sitôt, je me serais proposé à madame votre mère, peut-être m'aurait-elle accepté. Quelle différence ! Mais si je lui parlais, à madame.....
Mademoiselle Cécile
Il n'est plus temps, Monsieur Dupont.
Monsieur Dupοντ
Elle sait mon talent pour les écritures, je compte me faire recevoir bientôt écrivain juré-expert aux vérifications ; tout cela ferait peut- être...
Mademoiselle Cécile
Elle trouve déjà Monsieur Dutrouillet charmant, et elle ne l'a jamais vu.
Monsieur Dupont
Elle sait que j'ai hérité de mon oncle, qui demeurait à la place de Sorbonne, et qui venait toujours ici, Monsieur de la Forêt.
Mademoiselle Cécile
Quoi, c'était votre oncle ?
Monsieur Dupont
Oui, vraiment, frère aîné de mon père.
Mademoiselle Cécile
Elle l'aimait beaucoup, je crois qu'il l'appelait sa commère.
Monsieur Dupont
Sans doute, c'est cela même.
Mademoiselle Cécile
Eh bien, vous croyez ?...
Louis
La Bourbonnaise a bien des écus.
Monsieur Dupont
Ah ! Voilà madame votre mère.
Louis
A bien des écus, la Bourbonnaise, A bien des écus....
Scène 3
Madame de la Tasse, Louis, Monsieur Dupοντ, Mademoiselle Cécile
Madame de la Tasse
Louis !
Louis
Madame ?
Madame de la Tasse
Rangez donc ce tabouret, qui fera casser le cou à quelqu'un.
Louis
Allons, allons, Madame, on y va.
Monsieur Dupοντ
Madame de la Tasse, je suis bien votre serviteur.
À Mademoiselle Cécile.
Madame de la Tasse
Ah ! Monsieur, je ne vous voyais pas; je vous salue. Eh bien, qu'est-ce que vous avez donc vous ? Vous ne savez ce que vous faites.
Mademoiselle Cécile
Quoi donc, ma chère mère ?
Madame de la Tasse
Vous oubliez tout : tenez, voilà vos ciseaux que vous laissez traîner par terre.
Mademoiselle Cécile
Je croyais les avoir dans mon sac, ma chère mère.
Madame de la Tasse
Allons, laissez votre ouvrage ; il faut que nous allions chez votre grand-mère.
Elle plie son ouvrage, et regarde Monsieur Dupont, pendant que Madame de la Tasse parle à Louis ; Dupont soupire.
Mademoiselle Cécile
Cela sera bientôt fait.
Louis
Madame, est-ce que vous allez sortir ?
Madame de la Tasse
Oui. Si un monsieur qui s'appelle Monsieur Dutrouillet, vient me demander, vous viendrez me chercher chez ma mère.
Louis
Oui, Madame.
Madame de la Tasse
Mais tout de suite, entendez-vous, Louis ?
Louis
Oh, que oui ; laissez-moi faire, je sais bien pourquoi.
Madame de la Tasse
Eh bien, venez- vous, Cécile ?
Mademoiselle Cécile
Oui, ma chère mère.
Madame de la Tasse
Allons, passez.
Elle passe.
Mademoiselle Cécile
Me voilà.
Elles s'en vont.
Madame de la Tasse
Eh bien, troussez donc votre robe ; elle ne songe à rien. Allons, quand vous serez mariée, je serai bien débarrassée.
Scène 4
Louis, Monsieur Dupont
Louis
Monsieur Dupont, voilà Monsieur Ducroc et Monsieur Ducornet qui viennent.
Monsieur Dupont
Ici ?
Louis
Oh, sûrement.
Monsieur Dupont
Eh bien, donne-moi la gazette ; je veux un peu écouter ce qu'ils diront.
Louis
Celle d'Utrecht, ou d'Amsterdam ?
Monsieur Dupont
N'importe, la première venue.
Louis
Tenez, voilà celle d'Utrecht.
Il lit.
Monsieur Dupont
C'est bon; ne fais pas semblant de les entendre.
Louis
Oh, laissez-moi faire ; je regarderai à la porte.
Scène 5
Monsieur Ducroc, Louis, Monsieur Ducornet
Messieurs Ducroc et Ducornet s'asseyent auprès d'une table.
Monsieur Ducroc
Tiens, asseyons-nous ici.
Louis
Ces messieurs veulent-ils quelque chose?
Louis va regarder à la porte.
Monsieur Ducroc
Non, laissez-nous en repos.
Monsieur Ducornet
Tu crois donc qu'il va arriver ?
Monsieur Ducroc
L'on m'a mandé qu'il arrivait aujourd'hui ; mais comme je ne sais pas où il demeurera, je crois qu'il faut l'attendre ici.
Monsieur Ducornet
Comment s'appelle-t-il ?
Monsieur Ducroc
Dutrouillet.
Monsieur Ducornet
Je connais ce nom-là.
Monsieur Ducroc
Il est de Poissy.
Monsieur Ducornet
C'est cela même : son père est la plus grande bête qu'il y ait au monde.
Monsieur Ducroc
Tant mieux ; nous aurons bon marché du fils. Il faut le faire déguerpir de Paris avant qu'il ait épousé Mademoiselle Cécile.
Monsieur Ducornet
Sans doute, parce que tu voudrais bien l'épouser toi ?
Monsieur Ducroc
Sa mère ne demandera pas mieux.
Monsieur Ducornet
Je le crois ; mais qu'est-ce que j'aurai moi pour ma peine ? Et toi-même, en cas que ton mariage manque ?
Monsieur Ducroc
Ce que nous pourrons attraper à Monsieur Dutrouillet.
Monsieur Ducornet
Ah ! J'entends ; laisse-moi faire. Tu m'aideras ?
Monsieur Ducroc
Sans doute, comme à l'ordinaire.
Monsieur Ducornet
C'est bon. Nous nous conduirons selon que le sujet prêtera.
Scène 6
Monsieur Dutrouillet, Louis, Monsieur Ducroc, Monsieur Ducornet, Monsieur Dupont
Monsieur Dutrouillet
Monsieur, est-ce ici où demeure Madame de la Tasse ?
Louis
Oui, Monsieur.
Monsieur Dutrouillet
Et Mademoiselle sa fille aussi ?
Louis
Oui, Monsieur.
Monsieur Dutrouillet
Y sont-elles ?
Louis
Non, Monsieur ; mais donnez-vous la peine d'entrer.
Il entre.
Monsieur Dutrouillet
Oui, oui ; pour les attendre, n'est-ce pas ?
Louis
Qui, Monsieur, parce que je m'en vais les chercher.
Monsieur Dutrouillet
Il ne faut pas les déranger. Je ne suis pas pressé, je n'ai point d'affaires.
Louis
Mais je crois, si je ne me trompe, que monsieur est le prétendu de Mademoiselle ?
Monsieur Dutrouillet
Oui, c'est vrai. Comment voyez-vous cela ?
Louis
C'est que madame m'a dit de l'avertir quand vous arriveriez.
Monsieur Dutrouillet
Ah ! ah ! Elle le savait donc ?
Louis
Apparemment.
Monsieur Dutrouillet
Je ne comprends pas cela. Il faut que mon père le lui ait mandé ; car pour moi, je ne lui ai jamais écrit.
Louis
Asseyez-vous là, s'il vous plaît.
Monsieur Dutrouillet
Où ?
Louis
Où vous voudrez.
Monsieur Dutrouillet
Je m'en vais me mettre ici ; serai-je bien ?
Louis
Oui, oui, je m'en vais chercher Madame et Mademoiselle.
Monsieur Dutrouillet
Attendez donc.
Louis
Comment, est-ce que vous ne serez pas bien aise de voir notre demoiselle ?
Monsieur Dutrouillet
Oh que si, surtout si elle est jolie, parce que j'aime les jolies filles, moi.
Louis
Eh bien, c'est pour cela.
Monsieur Dutrouillet
Écoutez donc, et ne bougez pas. Je suis malin, moi ; je veux la voir sans qu'elle sache qui je suis.
Louis
Ah ! J'entends.
Monsieur Dutrouillet
Vous voyez bien qu'il ne faut pas lui dire : ainsi, je vous en prie, restez là, je vous paierai chopine.
Louis
Ah ! Monsieur, vous êtes bien bon, il ne faut rien pour cela ; je vous avertirai seulement quand elles reviendront.
Il s'assied auprès d'une table ; Louis regarde à la porte.
Monsieur Dutrouillet
Voilà ce que je veux.
Monsieur Ducroc
Il me paraît que nous tirerons parti de ce nigaud-là.
Monsieur Ducornet
Il faut nous approcher.
Monsieur Ducroc
Monsieur arrive de province, à ce qu'il me paraît ?
Monsieur Dutrouillet
Oui, Monsieur, de Poissy, tout à l heure.
Monsieur Ducornet
Ah ! C'est un beau pays. C'est apparemment pour être mousquetaire que vous venez ici ?
Monsieur Dutrouillet
Ah ! Mon Dieu, que nenni ; c'est bien tout au contraire.
Monsieur Ducroc
Ah ! Je vois bien, c'est que Monsieur veut se faire abbé.
Monsieur Dutrouillet
Bon ! C'est encore bien plus au contraire.
Monsieur Ducornet
Plus au contraire ?
Monsieur Dutrouillet
Oui ; vous ne devinez pas ?
Monsieur Ducornet
Non.
Monsieur Dutrouillet
Ah ! Je suis bien aise de vous embarrasser l'esprit comme cela, car on m'avait dit qu'à Paris tout le monde en avait beaucoup plus que moi, et pourtant....
Monsieur Ducornet
Vous en avez plus que nous ?
Monsieur Dutrouillet
Ce n'est pas là ce que je veux dire, je suis trop bien élevé pour cela.
Monsieur Ducroc
Et comment êtes-vous venu ?
Monsieur Dutrouillet
Dans une voiture de mon père.
Monsieur Ducroc
Étiez-vous seul ?
Monsieur Dutrouillet
Bon, seul ! Nous étions beaucoup.
Monsieur Ducornet
Tant mieux, l'on ne s'ennuie pas, parce que l'on cause.
Monsieur Dutrouillet
Ah, oui, causer ! Je ne pouvais pas parler parce qu'ils faisaient un tapage terrible.
Monsieur Ducroc
Vous connaissiez ces gens-là ?
Monsieur Dutrouillet
Oh beaucoup, parce que je passe ma vie avec eux.
Monsieur Ducroc
Eh bien, cela vous fera des connaissances à Paris.
Il rit.
Monsieur Dutrouillet
Bon, des connaissances ! Ils sont peut-être tous morts à présent.
Monsieur Ducornet
Comment, morts ?
Monsieur Dutrouillet
Eh mais, sans doute, ils ne venaient que pour cela à Paris...
Monsieur Ducroc
Est-ce que c'étaient des criminels ?
Monsieur Dutrouillet
Non, vous n'y êtes pas.
Monsieur Ducornet
Qu'est-ce que c'étaient donc que ces gens-là ?
Il rit.
Monsieur Dutrouillet
Ces gens-là étaient des veaux.
Monsieur Ducroc
Ah ! Vous êtes venu dans une charrette avec des veaux ?
Monsieur Dutrouillet
Oui, vous n'auriez jamais deviné. (Il rit.)
Monsieur Ducornet
Cela fait une bonne compagnie.
Monsieur Dutrouillet
Oh, moi, je les aime fort, parce qu'ils ne mordent jamais, ils sont doux comme des moutons.
Monsieur Ducroc
Ah ! C'est vrai, mais si vous aimez aussi les moutons, vous auriez pu venir avec eux.
Monsieur Dutrouillet
Qui dà ! Ils viennent à pied eux.
Monsieur Ducroc
Ah, c'est vrai.
Monsieur Dutrouillet
Oh ! Mon voyage était bien arrangé comme cela ; mon père sait bien ce qu'il fait : c'est un homme d'esprit.
Monsieur Ducroc
Vous tenez bien de lui.
Monsieur Dutrouillet
On dit que je tiens de ma mère, mais elle ne parle pas si bien que moi, parce qu'elle bégaie.
Monsieur Ducornet
Vous n'êtes pas comme cela vous, vous parlez bien.
Monsieur Dutrouillet
J'ai été jusqu'à sept ans que l'on croyait que je serais muet.
Monsieur Ducroc
C'aurait été grand dommage.
Monsieur Dutrouillet
Sans doute. Eh bien, j'ai parlé en six mois aussi bien que je parle à présent.
Monsieur Ducroc
C'est bien heureux ! Est-ce pour des affaires ou pour votre plaisir que vous êtes venu à Paris ?
Monsieur Dutrouillet
Pour l'un et pour l'autre.
Monsieur Ducornet
Ah, ah !
Monsieur Dutrouillet
Vous ne devinerez peut-être pas encore ?
Monsieur Ducroc
Cela me paraît bien difficile.
Monsieur Dutrouillet
C'est que je me marie ; vous voyez bien que tous les deux s'y trouvent.
Monsieur Ducroc
Oui, vous avez raison ; mais cela vous occasionnera bien de la dépense.
Monsieur Dutrouillet
Oh, oui ; mais aussi mon cher père m'a-t-il donné bien de l'argent.
Monsieur Ducroc
Si vous n'en aviez pas assez, je vous en prêterais avec grand plaisir.
Monsieur Dutrouillet
Monsieur, vous avez bien de la bonté, car vous ne me connaissez pas.
Monsieur Ducornet
On voit que vous avez la mine d'un honnête homme, et qu'avec vous il n'y a rien à perdre.
Monsieur Dutrouillet
C'est bien vrai ; et je pense de même de vous, messieurs : aussi je vous confie que j'ai cinquante bons louis d or dans cette poche-là.
Monsieur Ducroc
Il faut prendre garde de les perdre.
Monsieur Dutrouillet
Oh ! Ils sont bien enveloppés dans du papier.
Monsieur Ducornet
Le papier quelquefois se déchire ; cela n'est pas sûr.
Monsieur Dutrouillet
Vous allez voir, vous allez voir.
Monsieur Ducroc
J'en ai bien vu perdre comme cela, sans qu'il parût rien au papier. T'en souviens-tu, Ducornet ?
Monsieur Ducornet
Oh, pour cela oui.
Il tire ses louis, et il les compte.
Monsieur Dutrouillet
Ma foi, écoutez donc, je crois que vous avez raison, le papier est déchiré.
Monsieur Ducroc
Prends tes dés ; je reviendrai quand j'entendrai du bruit.
Monsieur Ducornet
Oui, oui.
Monsieur Ducroc
Monsieur, je suis très fâché d'être obligé de vous quitter. Je reviendrai dans l'instant.
Monsieur Dutrouillet
Monsieur, il ne faut pas vous gêner ; et puis vous voyez bien que je compte mes louis, et que je les renveloppe.
Monsieur Ducornet
Oui, oui ; je tiendrai compagnie à monsieur.
Il s'en va.
Monsieur Ducroc
Je ne serai pas longtemps.
Il ronfle.
Monsieur Dupont
Ne dis rien ; je vais faire semblant de dormir.
Scène 7
Monsieur Dutrouillet, Monsieur Ducornet, Louis
Monsieur Dutrouillet
Il me faudra d'autre papier.
Monsieur Ducornet
On va vous en donner. Garçon ?
Louis
Monsieur ?
Monsieur Ducornet
Donnez donc du papier à monsieur.
Louis
En voilà, en voilà. Faut-il qu'il soit blanc ?
Monsieur Dutrouillet
Non, non ; bleu, rouge, c'est égal.
Louis
Tenez, en voilà d'écrit.
Monsieur Dutrouillet
C'est bon.
Louis
Il ne vous faut plus rien?
Monsieur Dutrouillet
Non, non. Il m'a fait oublier mon compte.
Monsieur Ducornet
Il n'y a qu'à recommencer.
Il recompte.
Monsieur Dutrouillet
Vous avez raison.
Il tire des dés de sa poche, et il arrange une rafle de six.
Monsieur Ducornet
Cela sera plus sûr.
Monsieur Dutrouillet
Quarante-cinq, quarante-six, quarante-sept, quarante-huit, quarante-neuf : il m'en manque un.
Monsieur Ducornet
Voyez dans votre poche.
Monsieur Dutrouillet
Ah ! Vous avez raison ; le voilà,
Monsieur Ducornet
Cela fait-il bien cinquante ?
Monsieur Dutrouillet
Oui.
Monsieur Ducornet
Eh bien, c'est bon : vous avez perdu.
Monsieur Dutrouillet
Comment, perdu ? Je vous dis que je l'ai retrouvé.
Monsieur Ducornet
Oui ; mais c'est vos cinquante louis qui sont perdus.
Monsieur Dutrouillet
Eh non. Les voilà tous.
Monsieur Ducornet
Oui ; mais je les ai gagnés.
Monsieur Dutrouillet
Allons donc, vous badinez....
Monsieur Ducornet
Non, je ne badine pas ; ils sont à moi.
Monsieur Dutrouillet
Comment à vous ?
Monsieur Ducornet
Oui ; vous voyez bien que j'ai rafle de six.
Monsieur Dutrouillet
Qu'est-ce que cela me fait?
Monsieur Ducornet
Cela vous fait que vous ne pouvez pas en faire davantage : vous auriez beau jouer jusqu'à demain.
Monsieur Dutrouillet
Mais je ne veux pas jouer.
Monsieur Ducornet
Parce que vous ne pouvez pas gagner ; ainsi donnez-moi vos cinquante louis.
Monsieur Dutrouillet
Non, monsieur, ils ne sont pas à vous...
Monsieur Ducornet
Je vous réponds que je les aurai...
Monsieur Dutrouillet
Mais, Monsieur, je n'ai pas joué.
Monsieur Ducornet
Comment, Monsieur, vous me donnez un démenti ?
Monsieur Dutrouillet
Mais vous le savez bien.
Monsieur Ducornet
Pour qui me prenez-vous ? Allons, monsieur, donnez-moi mon argent, et sortez.
Scène 8
Monsieur Ducroc, Monsieur Ducornet, Monsieur Dutrouillet
Monsieur Ducroc
Comment donc, qu'est- ce que c'est que cela ? Te voilà bien en colère.
Monsieur Ducornet
Et j'ai raison, Monsieur m'insulte. Il me donne un démenti.
Monsieur Dutrouillet
Mais, Monsieur....
Monsieur Ducornet
Allons, Monsieur, vous me paierez mes cinquante louis, et vous vous battrez.
Monsieur Dutrouillet
Moi, Monsieur ?
Monsieur Ducornet
Oui, vous m'avez insulté, et vous me ferez raison.
Monsieur Dutrouillet
En vérité de Dieu, Monsieur, je vous assure....
Monsieur Ducroc
Ne vous fâchez pas tous les deux, et dites-moi ce qui est arrivé.
Monsieur Dutrouillet
Monsieur, je m'en vais vous le dire.
Monsieur Ducornet
Laissez-moi parler, Monsieur ; c'est à moi à me plaindre.
Monsieur Ducroc
Voyons.
Monsieur Ducornet
Nous jouons cinquante louis, j'amène rafle de six que voilà, et monsieur ne veut pas me payer.
Monsieur Ducroc
Vous avez tort, Monsieur Dutrouillet.
Monsieur Dutrouillet
Comment tort ?
Monsieur Ducroc
Assurément.
Monsieur Ducornet
Il fait plus, il m'insulte. Allons, Monsieur, puisque vous dites que vous n'avez pas joué, l'épée à la main.
Monsieur Dutrouillet
L'épée à la main ?
Monsieur Ducornet
Oui, monsieur.
Monsieur Ducroc
Allons, c'est juste.
Monsieur Dutrouillet
Mais, Monsieur, cette épée-là n'est pas à moi.
Monsieur Ducornet
Qu'est-ce que vous voulez dire ?
Monsieur Dutrouillet
Que je l'ai empruntée pour faire le voyage, je n'en porte jamais à Poissy : c'est vrai comme je suis ici.
Monsieur Ducornet
Cela ne fait rien.
Monsieur Ducroc
C'est pourtant une raison, Ducornet.
Monsieur Dutrouillet
Ah ! Je vous en prie, parlez pour moi.
Monsieur Ducornet
Je veux qu'il se batte.
Monsieur Ducroc
Il vous tuera.
Monsieur Dutrouillet
Voilà ce que je crains...... Ah, mon Dieu ! Comment faire ?
Monsieur Ducroc
Commencez par lui donner vos cinquante louis.
Monsieur Dutrouillet
Il le faut bien, j'aime mieux cela que d'être tué.
Monsieur Ducroc
Nous verrons après... Ducornet, Monsieur Dutrouillet est bien fâché de t'avoir offensé, il convient qu'il a perdu.
Monsieur Ducornet
Eh bien, qu'il me paie.
Monsieur Dutrouillet
Monsieur, si vous vouliez bien vous souvenir que je n'ai pas...
Monsieur Ducornet
Vous avez perdu ; je veux de l'argent.
tremblant
Monsieur Dutrouillet
Allons, Monsieur, le voilà.
Il prend l'argent.
Monsieur Ducornet
N'avez-vous rien ôté ?
Monsieur Dutrouillet
Non, Monsieur ; voilà comme je l'ai compté devant vous.
Monsieur Ducornet
Voyons ; dix, vingt, trente, quarante, et cinquante : c'est bon.
Monsieur Dutrouillet
Vous voudrez bien que je ne me batte pas ?
Monsieur Ducornet
Nous verrons.
Monsieur Dutrouillet
Il ne promet rien, Monsieur !
Monsieur Ducroc
Il faut le laisser calmer ; je tâcherai de vous raccommoder.
Monsieur Dutrouillet
Ah ! Je vous en prie.
Monsieur Ducroc
Comptez sur moi.
Monsieur Dutrouillet
J'y compte aussi : je suis bien heureux de vous avoir trouvé.
Monsieur Ducroc
Je suis bien aise de vous être utile.
Monsieur Dutrouillet
On m'avait bien dit qu'à Paris tout était rempli de fripons.
Monsieur Ducroc
Prenez garde à ce que vous dites. Si Ducornet vous entendait....
Monsieur Dutrouillet
Ce n'est pas de lui que je parle.
Monsieur Ducroc
Et avez-vous encore d'autre argent ?
Monsieur Dutrouillet
Non, vraiment; mais comme je vais épouser Mademoiselle de la Tasse, sa mère m'en donnera.
Monsieur Ducroc
Ah ! Sûrement.
Monsieur Dutrouillet
Et puis j'ai une bague.
Monsieur Ducroc
Vous la jouerez encore.
Monsieur Dutrouillet
Oh que non : et puis, en vérité, je n'ai pas joué.
Monsieur Ducornet
Qu'est-ce qu'il dit ?
Monsieur Ducroc
Rien, rien.
Monsieur Ducornet
Est-elle jolie, votre bague ?
Monsieur Dutrouillet
Mais oui ; la voilà : ma chère mère m'a dit qu'elle valait vingt-cinq louis.
Il prend la bague.
Monsieur Ducroc
Voyons. Oui, vous en aurez cela ou rien : mais cachez-la, car Ducornet aime le jeu, et il vous ferait peut-être encore jouer, s'il la voyait.
Monsieur Dutrouillet
J'ai envie de la mettre dans ma bouche.
Monsieur Ducroc
C'est fort bien imaginé.
Monsieur Dutrouillet
Tenez, comme cela, la voit-on ?
Monsieur Ducroc
Non, pas beaucoup.
Monsieur Dutrouillet
Et puis je dirai que j'ai une fluxion.
Monsieur Ducroc
Vous avez bien de l'esprit au moins. Ah çà, il faut que je vous raccommode avec Ducornet.
Monsieur Dutrouillet
Ah ! Je vous en serai très obligé ; car sans cela, je n'oserais jamais sortir d'ici.
Monsieur Ducroc
Bon ! C'est le meilleur homme du monde : quand il est en colère, cela ne dure qu'un moment, mais il est terrible.
Monsieur Dutrouillet
Je suis aussi comme cela moi.
Monsieur Ducroc
Je le crois bien : chacun a son défaut. Vous allez voir. Ducornet, es-tu encore fâché contre Monsieur Dutrouillet ?
Monsieur Ducornet
Moi, point du tout ; c'est fini, je n'y pense plus.
Monsieur Ducroc
Allons, touchez-vous dans la main tous les deux.
Il tend la main à Monsieur Dutrouillet.
Monsieur Ducornet
Je le veux bien.
Monsieur Dutrouillet
Monsieur, vous me faites bien de l'honneur.
Monsieur Ducornet
Restes-tu ici, Ducroc ?
Monsieur Ducroc
Non, vraiment. À propos....
Monsieur Ducornet
Où vas-tu donc ?
Monsieur Ducroc
Chez mon jouaillier ; il y a une pierre à ma bague, que je crains qui ne tombe.
Monsieur Ducornet
Quelle idée ! Viens à la Comédie-Française.
Monsieur Ducroc
Ce n'est pas le quartier.
Monsieur Ducornet
Mais puisque cette pierre a tenu jusqu'à présent, elle tiendra bien encore : tu iras demain.
Monsieur Ducroc
Non, je ne veux pas la perdre.
Monsieur Ducornet
Voyons-la donc ?
Monsieur Ducroc
Ah, ah, je n'ai pas ma bague, je l'ai pourtant prise avant de partir, je l'avais tout à l'heure.
Monsieur Ducornet
Il faut chercher.
Monsieur Ducroc
Je n'ai pas remué de ma place, c'est singulier !
Monsieur Ducornet
Mais Monsieur Dutrouillet ne l'a-t-il pas vue ?
Monsieur Dutrouillet
Non, monsieur.
Monsieur Ducornet
Je ne crois pas cela ; un homme qui est capable de ne pas vouloir payer ce qu'il a perdu, est capable de voler une bague.
Monsieur Dutrouillet
Pour cela, je suis bien malheureux d'être venu ici.
Monsieur Ducornet
Qu'est-ce que vous dites ? Allons, vous êtes un fripon ; rendez-la tout à l'heure.
Monsieur Dutrouillet
Mais, monsieur, je vous jure que je ne l'ai pas.
Monsieur Ducornet
Ducroc ?
Monsieur Ducroc
Mais je ne saurais croire qu'il l'ait.
Monsieur Ducornet
Je te dis que si. Allons, finissez, que je ne vous le dise pas deux fois.
Scène 9
Madame de la Tasse, Monsieur Ducornet, Monsieur Dutrouillet, Monsieur Ducroc, Monsieur Dupont
Madame de la Tasse
Comment donc, Messieurs, qu'est-ce que c'est que ce bruit-là ?
Monsieur Ducornet
Madame, vous arrivez à propos pour faire rendre à Ducroc une bague que cet homme-là lui a volée.
Madame de la Tasse
Quoi, Monsieur, chez moi ?
Monsieur Dutrouillet
Madame, vous ne me connaissez pas ; je viens pour être votre gendre ; je m'appelle Dutrouillet.
Monsieur Ducornet
Je vous dis, Madame, que c'est un voleur.
Madame de la Tasse
Comment ?
Monsieur Ducornet
Oui, Madame, il ne voulait pas me payer cinquante louis que je lui ai gagnés.
Madame de la Tasse
Quand cela ?
Monsieur Ducornet
Ici, tout à l heure.
Madame de la Tasse
Quoi, Monsieur, vous êtes joueur ? Et vous jouez si gros jeu encore?
Monsieur Dutrouillet
Non, Madame, ne croyez pas.....
Monsieur Ducornet
Comment, vous osez soutenir...
Madame de la Tasse
Un moment, messieurs : il peut être joueur ; mais je ne crois pas qu'il soit un voleur. Comment est faite votre bague, Monsieur Ducroc ?
Monsieur Ducroc
C'est une pierre jaune, entourée.
Madame de la Tasse
Eh bien, Monsieur Dutrouillet n'a qu'à se fouiller.
Monsieur Dutrouillet
Ah, c'est bien traître celui-là !
Madame de la Tasse
Comment, vous ne le voulez pas ?
Monsieur Dutrouillet
Pardonnez-moi, Madame.
Monsieur Ducroc
Cela n'est pas nécessaire ; je la lui ai vu mettre dans sa bouche ; il n'a qu'à l'ouvrir.
Monsieur Dutrouillet
Mais...
Madame de la Tasse
Allons, Monsieur, ouvrez la bouche.
Il tire la bague de sa bouche.
Monsieur Dutrouillet
Eh bien, oui, madame, j'ai une bague ; mais c'est la mienne : la voilà. Monsieur le sait bien.
Elle la donne à Monsieur Ducroc.
Madame de la Tasse
C'est celle de Monsieur Ducroc. Monsieur, je vous prie de ne le pas faire arrêter. Son père est un très honnête homme, qui ne mérite pas d'avoir pour fils un coquin.
Monsieur Ducroc
Madame, c'est en votre considération que je ne lui ferai rien.
Monsieur Dutrouillet
Mais, madame, pouvez-vous croire que votre gendre.....
Madame de la Tasse
Mon gendre, un voleur ! Mon gendre ! Non, misérable, tu ne le seras jamais.
Monsieur Dutrouillet
Si vous vouliez m'entendre.....
Monsieur Ducroc
Madame, puisque monsieur n'épouse pas mademoiselle Cécile , vous savez les propositions que je vous ai faites.
Madame de la Tasse
Oui, Monsieur, je les accepte de tout mon coeur.
Monsieur Dupont
Ah, madame, arrêtez !
Madame de la Tasse
Quoi donc ?
Monsieur Ducroc
Que voulez-vous dire, Monsieur ?
Monsieur Dupont
Que je vais tout découvrir. Oui, messieurs, vous êtes deux fripons.
Monsieur Ducroc
Monsieur ?
Monsieur Dupont
Je ne crains pas de le dire, et Louis est témoin : vous avez cru qu'il ne vous entendait pas, et que je dormais ; vous avez forcé Monsieur Dutrouillet de vous donner cinquante louis qu'il n'avait pas joués ; et la bague que vous venez de lui prendre est la sienne, qu'il avait dit à Monsieur Ducroc qu'il cachait dans sa bouche, de peur que Monsieur Ducornet ne la lui fit perdre en jouant.
Monsieur Ducroc
Cela n'est pas vrai.
Monsieur Dupont
Vous avez eu affaire à un nigaud, et vous l'attendiez pour cela.
Monsieur Dutrouillet
Monsieur, je vous suis bien obligé de prendre mon parti.
Monsieur Ducornet
Monsieur, savez-vous que vous risquez beaucoup ?
Monsieur Dupont
Messieurs, je vous connais, et vous risquez plus que moi ; car si vous ne rendez pas les cinquante louis et la bague, nous allons envoyer chercher un commissaire.
Monsieur Ducroc
Monsieur, monsieur, il ne faut pas faire tant de bruit ; tout ceci n'était qu'un jeu, nous n'avions pas envie de rien garder, et vous allez le voir.
Monsieur Dupont
À la bonne heure.
Monsieur Dutrouillet
Quoi, on me rendra tout ?
Monsieur Ducroc
Sans doute. Voilà votre bague.
Monsieur Ducornet
Et voilà vos cinquante louis.
Monsieur Dutrouillet
Ah, messieurs, que je vous ai d'obligation !
Monsieur Ducroc
Madame, nous ne reviendrons plus ici, puisqu'on n'y entend pas mieux la plaisanterie que cela.
Madame de la Tasse
Tant mieux, Messieurs, tant mieux.
Scène 10
Louis, Monsieur Dutrouillet, Madame de la Tasse
Louis
Ah ! Pardi, ils s'en vont grand train ; ils ne demandent pas leur reste.
Monsieur Dutrouillet
Monsieur, je vous remercie bien... Vous voyez, madame, que je ne suis ni un joueur, ni un fripon.
Madame de la Tasse
Non, mais vous êtes un grand nigaud.
Monsieur Dutrouillet
J'aurais été bien fâché de ne pas épouser Mademoiselle votre fille ; car je la trouve bien jolie, et je l'aimerai bien.
Madame de la Tasse
Oui, mais elle n'est pas pour vous. Je ne veux pas que ma fille soit la femme d'un sot : vous pouvez vous en retourner à Poissy, dire cela à monsieur votre père, et lui faire bien mes compliments.
Monsieur Dutrouillet
Pardi, j'ai fait là un beau voyage !
Madame de la Tasse
Vous le méritez.
Monsieur Dutrouillet
Oui, mais comment ferai-je pour m'en aller ? La charrette aux veaux sera peut-être partie à présent. Adieu donc, Madame ; adieu, mademoiselle ; adieu, monsieur.
Madame de la Tasse
Adieu, adieu.
Scène 11
Madame de la Tasse, Monsieur Dupont, Mademoiselle Cécile
Madame de la Tasse
Pour cela, Monsieur, je vous remercie bien ; vous m'avez empêchée de donner ma fille à un fripon ou à un sot. Je n'oublierai jamais cela.
Monsieur Dupont
Madame, si vous vouliez....
Madame de la Tasse
Quoi ?
Monsieur Dupont
Vous feriez mon bonheur en me l'accordant : nous nous aimons depuis longtemps.
Madame de la Tasse
Il fallait donc le dire plus tôt ; tout cela ne serait peut-être pas arrivé. Et voilà pourquoi vous étiez si triste, Cécile ?
Mademoiselle Cécile
Oui, ma chère mère.
Madame de la Tasse
Ah çà, je ne demande pas mieux ; mais il faut savoir qui vous êtes, monsieur.
Monsieur Dupont
Madame, je m'appelle Dupont, et je suis le neveu de Monsieur de la Forêt, que vous connaissiez.
Madame de la Tasse
Comment, que je connaissais ? Il était mon compère. Je vous connais aussi ; je vous ai vu tout petit, et vous étiez bien gentil. Allons, allons, mes enfants, entrons là-dedans, et nous arrangerons tout cela ; je serai fort aise que vous soyez mon gendre.
Monsieur Dupont
Eh bien, Mademoiselle ?
Mademoiselle Cécile
Ah, Monsieur Dupont, que je suis contente !
Monsieur Dupont
Je me flatte que vous le serez toujours, du moins je ferai tout ce que je pourrai pour cela.