Opéra · 1682 · 6 actes

Persée

de Philippe Quinault

Représentation
≈ 48 min
Distribution
6 femmes, 6 hommes
Répliques
257
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Phinée H 33 ≈ 7 min 6
Mérope F 26 ≈ 6 min 5
Céphée H 42 ≈ 6 min 7
Andromède F 41 ≈ 6 min 4
Cassiope F 26 ≈ 5 min 5
Méduse F 8 ≈ 3 min 2
La Vertu F 12 ≈ 3 min 1
Mercure H 12 ≈ 3 min 5
Phronime H 8 ≈ 1 min 1
Idas H 3 ≈ 1 min 1
La Fortune F 3 ≈ 1 min 1
Un Des Éthiopiens N 4 ≈ 1 min 1
Choeur N 7 ≈ 1 min 2
Néréides Et Les Tritons N 5 ≈ 1 min 3
Megathyme H 3 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle PrologueIIIIIIIVV
Phinée absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Mérope absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Céphée absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Andromède absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Cassiope absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Méduse absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
La Vertu absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Mercure absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Prologue

Scène 1

Phronime, Megathyme, La Vertu, La Fortune

Phronime

La Vertu veut choisir ce lieu pour sa retraite : C'est un heureux séjour ; tout y plaît à mes yeux.

Megathyme

La Vertu fait trouver dans les plus tristes lieux Une félicité secrète

Phronime

Sans la Vertu, sans son secours, On n'a point de bien véritable. Elle est toujours aimable ; Il faut l'aimer toujours.

Megathyme

Elle éternise la mémoire D'un héros qui la suit. La gloire où la Vertu conduit Est la parfaite gloire.

La Vertu s'avance au milieu d'un troupe de suivants et de suivantes. L'innocence et les Plaisirs innocents accompagnent la Vertu.

Phronime

Suivons partout ses pas, On ne peut la connaître Sans aimer ses appas. Le bonheur ne peut être Où la Vertu n'est pas.

Phronime

Ô Vertu charmante ! Votre empire est doux. Avec vous, tout nous contente ; On n'est point heureux sans vous. Ô Vertu charmante, Votre empire est doux.

La Vertu

Ne vous abusez point par une vaine attente : On n'a pas aisément les prix que je présente ; Ils coûtent mille efforts ils font mille jaloux. L'inconstante Fortune à ma nuire est constante ; Lorsque l'on suit mes pas on s'expose à mes coups. On trouve en son fatal courroux Une hydre toujours renaissante.

Megathyme

Avec vous rien n'épouvante.

Phronime

On n'est point heureux sans vous.

Phronime

Ô Vertu charmante, etc.

La Vertu

Fuyons de la grandeur la pompe embarrassante ; La retraite a des biens dont la douceur enchante Et qui sont réservés pour nous. Jouissons du bonheur d'une vie innocente ; C'est le bien le plus grand de tous.

L'innocence, les Plaisirs innocents, et toute la suite de la Vertu témoignent leur joie en dansant et en chantant.

Phronime

Ô Vertu charmante, etc.

Le lieu champêtre que la Vertu a choisi pour retraite est tout-à-coup embelli d'ornements magnifiques. On voit sortir de terre un parterre de fleurs, deux rangs de statues, des berceaux dorés et des fontaines jaillissantes.

Phronime

La grandeur brillante, qui fait tant de bruit, N'a rien qui nous tente : Le repos la fuit. Malheureux qui la suit... ! Fortune volage, Laissez-nous en paix ! Vous ne donnez jamais Qu'un pompeux esclavage : Tous vos biens n'ont que de faux attraits. Dans un doux asile Nous bornons nos voeux : Notre sort est tranquille ; C'est un bien qui doit nous rendre heureux. La Vertu couronne Ses amants constant : Heureux qui lui donne Ses soins et son temps ; Ses voeux seront contents... Fortune volage, etc.

On entend le bruit éclatant d'un grand nombre d'instruments. La Fortune s'approche : l'Abondance et la Magnificence l'accompagnent, avec une suite richement parée. Tout se réjouit et tout danse autour de la Fortune.

La Vertu

Qui nous fait voir ici tant de magnificence.. ? C'est la Fortune qui s'avance. Me cherchez-vous quand je vous fuis. Fortune, je sais trop que vous m'êtes contraire. Non, ce n'est pas un soin qui vous soit ordinaire D'embellir les lieux où je suis.

La Fortune

Effaçons du passé la mémoire importune ; J'ai toujours contre vous vainement combattu : Un auguste héros ordonne à la Fortune D'être en paix avec la Vertu.

La Vertu

Ah ! je le reconnais sans peine ; C'est le héros qui calme l'Univers.

La Fortune

Lui seul pour vous pouvait vaincre ma haine ; Il vous révère, et je le sers. Je l'aime constamment, moi qui suis si légère. Partout suivant ses voeux avec ardeur je cours. Vous paraissez toujours sévère, Et vous êtes toujours Ses plus chères amours.

La Vertu

Mes biens brillent moins que les vôtres. Vous trouverez tant de coeurs qui n'adorent que vous ! Vous les enchantez presque tous.

La Fortune

Vous régnez sur un coeur qui vaut seul tous les autres. Ah ! S'il m'eût voulu suivre, il eût tout surmonté. Tout tremblait, tout cédait à l'ardeur qui l'anime. C'est vous, Vertu trop magnanime ; C'est vous qui l'avez arrêté.

La Vertu

Son grand coeur s'est mieux fait connaître, Il a fait sur lui-même un effort généreux : Il veut rendre le monde heureux. Il préfère au bonheur d'en devenir le maître, La gloire de montrer qu'il mérite de l'âtre.

La Vertu

Sans cesse combattons à qui servira mieux Ce héros glorieux.

La Vertu

Les Dieux ne l'ont donné que pour le bien du monde, Que ses travaux sont grands ! que ses destins sont beaux ! Dans une paix profonde Il trouve une source féconde De triomphes nouveaux. Les Dieux ne l'ont donné que pour le bien du monde.

La Vertu

Que jusque dans les jeux tout nous parle de lui. Les Dieux, qui méditaient leur plus parfait ouvrage, Autrefois dans Persée en tracèrent l'image : J'obtiendrai qu'Apollon le ranime aujourd'hui.

La suite de la Vertu et le suite de la Fortune se réunissent, et témoignent leur joie par leurs danses et par leurs chants.

La Vertu

Mille nouveaux concerts doivent se faire entendre : Tout promet au mérite un favorable sort. Quel bien ne doit-on pas attendre De notre heureux accord ?

La Vertu

Quel heureux jour pour nous ! Tout suit notre envie. Quel heureux jour pour nous ! Que notre sort est doux ! La Vertu voit en paix tous ceux qui l'ont suivie : La Fortune pour eux perd son fatal courroux. Quel heureux jour pour nous, etc. Tous nos jours seront beaux ; goûtons, goûtons la vie. Rien ne trouble nos voeux, le ciel les comble tous. Quel heureux jour pour nous, etc.

La Vertu

Heureuse intelligence, Douce et charmante paix, Comblez notre espérance. Douce et charmante paix, Puissiez-vous durer à jamais.

Acte I

Scène 1

Céphée, Cassiope, Mérope

Céphée

Je crains que Junon ne refuse D'apaiser sa haine pour nous ; Je crains, malgré vos voeux, Que l'affreuse Méduse Ne revienne servir son funeste courroux. L'Ethiopie en vain à mes lois est soumise ; Quelle espérance m'est permise, Si le ciel contre nous veut toujours être armé ? Que me sert toute ma puissance ? Contre ce monstre affreux Mon peuple est sans défense : Qui le voit est soudain en rocher transformé ; Et si Junon, que votre orgueil offense, N'arrête sa vengeance, Je serai bientôt roi d'un peuple inanimé.

Cassiope

Heureuse épouse, heureuse mère, Trop vaine d'un sort glorieux, Je n'ai pu m'empêcher d'exciter la colère De l'épouse du Dieu de la Terre et des Cieux ! J'ai comparé ma gloire à sa gloire immortelle. La déesse punit ma fierté Criminelle ; Mais j'espère fléchir son courroux rigoureux ; J'ordonne les célèbres Jeux Qu'à l'honneur de Junon en ces lieux on prépare Mon orgueil offensa cette divinité ; Il faut que mon respect répare Le crime de ma vanité.

Céphée

Je vais, avec Persée, implorer l'assistance Du dieu dont il tient la naissance ; Il est fils du plus grand des Dieux. Apaisez de Junon, la colère fatale, Ce serait pour elle en ces lieux Un objet odieux Qu'un fils de sa rivale.

Cassiope

Par un cruel châtiment Les Dieux vous font voir leur haine ; On les irrite aisément, On les apaise avec peine.

Céphée

Les Dieux punissent la fierté, Ils n'est point de grandeur que le ciel irrité N'abaisse quand il veut, et ne réduisent en poudre, Mais un prompt repentir Peut arrêter la foudre Toute prête à partir.

Mérope

Puissions nous désarmer le ciel qui nous menace.

Céphée sort.

Céphée

Ô Dieux ! qui punissez l'audace ! Dieux ! redoutables ennemis ! Pardonnez à des coeurs soumis.

Scène 2

Cassiope, Mérope

Cassiope

Aimé et destiné pour épouser ma fille, Vous savez mes desseins pour vous, Ma soeur ; par votre hymen, il m'aurait été doux D'unir Persée à ma famille ; Mais je le veux en vain, l'Amour n'y consent pas : Aux yeux de ce héros, ma fille a trop d'appas.

Mérope

Le fils de Jupiter l'adore ; Croyez-vous que je sois encore à m'en apercevoir ? J'y prends trop d'intérêt pour ne le pas savoir. Je goûtais une paix heureuse Avant que ce héros parût dans cette Cour ; Par une espérance trompeuse, Allait-il me livrer au pouvoir de l'Amour ?

Cassiope

Sachez bien la faiblesse où votre coeur s'engage.

Mérope

Mon vainqueur encore aujourd'hui Ignore de mon coeur le funeste esclavage : Je mourrai de honte et de rage Si l'ingrat connaissait l'amour que j'ai pour lui.

Cassiope

De chagrin et de colère, Votre coeur est déchiré ; Vous perdez l'espoir de plaire ; Peut-on trop se défaire D'un amour désespéré. Appelez le dépit ; que votre amour lui cède ; Sortez par son secours, d'un tourment si fatal.

Mérope

Le triste secours qu'un remède Plus cruel encore que le mal !

Cassiope

Pour prendre soin des Jeux, il faut que je vous quitte. Par mes conseils votre douleur s'irrite.

Cassiope sort.

Cassiope

Le temps seul peut guérir Les maux que l'amour fait souffrir.

Scène 3

Mérope

Mérope

Ah ! Je garderai bien mon coeur, Si je puis le reprendre. Venez, juste dépit, venez, c'est trop attendre ; Brisez des fers pleins de rigueur, Hâtez-vous de me rendre De mon premier repos la charmante douceur, Ah ! je garderai bien mon coeur, Si je puis le reprendre, Hélas ! Mon coeur soupire, et ce soupir trop tendre Va, malgré mon dépit, rappeler ma langueur ! L'amour est toujours mon vainqueur, Et je veux en vain m'en défendre, Ah ! J'ai trop engagé mon coeur ; Je ne puis le reprendre... Andromède vient voir les Jeux, Phinée avec elle s'avance ; L'espoir de leur hymen flatte encore mes voeux Et c'est ma dernière espérance.

Scène 4

Andromède, Phinée, Mérope

Andromède

Croyez-moi, croyez-moi,

Andromède

Cessez de craindre.

Phinée

Cessez de feindre.

Andromède

Je veux vous aimer, je le dois.

Phinée

Vous ne m'aimez pas, je le vois.

Andromède

Cessez de craindre.

Phinée

Cessez de feindre.

Andromède

Croyez-moi, croyez-moi.

Mérope

Vous êtes tous deux aimables, Et vous vous aimez tous deux ; Quels différents sont capables De rompre de si beaux noeuds ? Que ne souffriront point les amants misérables Si l'Amour a des maux pour les amants heureux ?

Andromède

Sans raison son chagrin éclate.

Phinée

Perdrai-je sans chagrin mon espoir le plus doux ? Condamnez une ingrate.

Andromède

Condamnez un amant jaloux.

Phinée

Persée a su lui plaire, et d'une vaine excuse Elle veut éblouir mon amour outragé. Elle m'aimait... Non, je m'abuse, Non, puisqu'elle a si tôt changé, Jamais son coeur pour moi ne fut bien engagé.

Andromède

Le devoir sur mon coeur vous donne un juste empire. Vous ne devez pas craindre un changement fatal. Un amant assuré d'un bonheur qu'il désire, Peut-il être jaloux d'un malheureux rival ?

Phinée

Non, je ne puis souffrir qu'il partage une chaîne Dont le poids me parait charmant. Quand vous l'accableriez du plus cruel tourment, Je serais jaloux de sa peine. Mais il ne fait point voir le dépit éclatant. S'il est si malheureux, sa constance m'étonne : L'amour que l'espoir abandonne, Est moins tranquille et moins constant.

Andromède

Quel plaisir prenez-vous à vous troubler vous-même, Et de quoi votre amour peut-il être alarmé ? Je fuis votre rival avec un soin extrême : Est-on accoutumé de fuir ce que l'on aime ?

Phinée

Vous suivez à regret la gloire et le devoir, En fuyant un amant à vos yeux trop aimable ; Vous l'avez trouvé redoutable, Puisque vous craignez de le voir.

Andromède

Tout vous fait peur, tout vous irrite ; Vous m'apprenez à craindre un héros glorieux, Je ne veux point voir son mérite ; Votre importun soupçon veut-il m'ouvrir les yeux ?

Phinée

Ah ! Si vous le flattiez de la moindre espérance, Le Dieu qu'il vous fait croire auteur de sa naissance ; Dût-il faire éclater son foudroyant courroux, Ne le sauverait pas de mon transport jaloux.

Andromède

Juste Ciel !

Phinée

Vous tremblez ! Persée a su vous plaire, Si son péril peut vous troubler.

Andromède

Le ciel n'est que trop en colère, Et vous bravez un Dieu qui peut vous accabler. C'est pour vous que je dois trembler.

Phinée

Ne vous servez point d'artifice.

Andromède

Ne me faites point d'injustice : Je veux vous aimer, je le dois.

Phinée

Vous ne m'aimez pas, je le vois.

Andromède

Cessez de craindre.

Phinée

Cessez de feindre.

Andromède

Croyez-moi, croyez-moi.

Mérope

Il craint autant qu'il aime ; Vous devez l'excuser. L'amour extrême Sert d'excuse lui-même Aux craintes qu'il a su causer.

Mérope

Ah ! Que l'amour cause d'alarmes ! Ah ! Que l'amour aurait d'attraits S'il ne troublait jamais La douceur de ses charmes ? Ah ! Que l'amour aurait d'attraits Si l'ont aimait toujours en paix !

Andromède

Mon devoir est pour vous, mon devoir peut suffire À vous faire un tranquille espoir.

Phinée

Ne ferez-vous jamais parler que le devoir ? L'amour n'a-t-il rien à me dire ?

Andromède

Les jeux vont commencer, plaçons nous pour les voir.

Scène 5

Cassiope, Choeur

Cassiope

Ô Junon ! Puissante déesse Qu'on ne peut assez révérer ! J'assemble en votre nom cette aimable jeunesse, Que le flambeau d'Hymen doit bientôt éclairer. Chacun va montrer son adresse Pour disputer les prix que j'ai fait préparer, Ne gardez pas pour nous une haine implacable ; Si l'orgueil me rendit coupable, Je reconnais mon crime et veux le réparer. Voyez d'un regard favorable Les jeux qu'en votre honneur nous allons célébrer.

On commence les jeux en disputant le prix de la danse.

Choeur

Laissez calmer votre colère. Ô Junon, exaucez nos voeux ! Si nous pouvions vous plaire, Que nous serions heureux !

Scène 6

Amphymedon, Corité, Protenor

Amphymedon

Fuyons, nos voeux sont vains et Junon les refuse. De nouveaux malheureux en rochers convertis, Ne nous ont que trop avertis Qu'ils ont vu paraître Méduse.

Corité

Méduse revient dans ces lieux !

Protenor

Garde-nous de la voir, la Mort est dans ses yeux. Tous ensembles, en fuyant. Fuyons ce monstre terrible ; Sauvons-nous s'il est possible : Sauvons-nous, hâtons nos pas ; Fuyons un affreux trépas.

Acte II

Scène 1

Cassiope, Phinée, Mérope

Cassiope

Faut-il que contre nous tout le ciel s'intéresse ? Dieux ! ne puis-je espérer de vous fléchir jamais ?

Phinée

J'ai conduit ici la princesse.

Mérope

Persée a ramené le roi dans ce palais.

Phinée

Méduse se retire, elle nous laisse en paix.

Cassiope

Elle peut revenir, elle peut nous surprendre. Junon s'obstine à se venger ; Contre elle aucun des dieux n'a soin de nous défendre ; Mon seul espoir est d'engager Jupiter à nous protéger.

Phinée

Je vous entends ; je sais quelle est votre espérance. Persée a beau vanter sa divine naissance, Après votre promesse, après la choix du roi, Andromède doit être à moi.

Cassiope

Le ciel punit mon crime ; il est inexorable. J'ai besoin de secours dans un mortel effroi.

Phinée

Ah ! si le ciel est équitable, Vous trouverait-il moins coupable Si vous m'aviez manqué de foi ?

Mérope

Il est aimé de ce qu'il aime ; Vous avec approuvé ses voeux : Briserez-vous des noeuds Que vous avez formés vous-même ? Que le désespoir est affreux Pour un amour extrême, Qui s'était flatté d'être heureux !

Phinée

Briserez-vous des noeuds Que vous avez formés vous-même ?

Scène 2

Phinée, Céphée, Mérope, Cassiope

Phinée

Seigneur, vous m'avez destiné À l'hymen fortuné De l'aimable Andromède. A l'amour de Persée on veut que je la cède ; M'ôterez-vous un bien que vous m'avez donné ?

Céphée

Au fils de Jupiter on peut céder sans honte.

Phinée

Et croyez-vous aussi la fable qu'il raconte ? Croyez-vous qu'un dieu souverain, Qui sur tout l'univers préside, Se laisse par l'amour changer en or liquide Pour entrer en secret dans une tour d'airain ? Par ce prodige imaginaire, Persée est révéré du crédule vulgaire : Il se dit fils du dieu dont le ciel suit la loi ; Mais je ne prétends pas l'en croire sur sa foi.

Céphée

Votre incrédulité n'aura donc plus d'excuse, Mon frère ; sa valeur va vous ouvrir les yeux. Reconnaissez le fils du plus puissant des dieux : Il offre de couper le tête de Méduse.

Mérope

La tête de Méduse ! Ô cieux !

Céphée

Ma fille est le prix qu'il demande.

Cassiope

Quel prix peut trop payer cet effort glorieux ?

Il sort.

Phinée

Le succès n'est pas sûr, souffrez que je l'attends : Souffrez que cependant mon amour se défendre D'abandonner un bien si précieux ; Persée encor n'est pas victorieux.

Scène 3

Céphée

Il répètent tous les trois ensemble les deux derniers vers, et puis Cépéhe et Cassiope s'en vont.

Céphée

L'espoir dans nos coeurs doit renaître... Dieux, que Junon engage à servir son courroux, Dieux irrités, apaisez-vous ! La vengeance du ciel n'a que trop au paraître. Le fils de Jupiter veut combattre pour nous : Ô ciel ! favorisez le fils de votre maître.

Scène 4

Mérope

Mérope

Hélas ! Il va périr ! Dois-je en trembler ? Pourquoi Pour l'amant d'Andromède ai-je pris tant d'effroi ? Faut-il que mon dépit s'oublie ? Quel intérêt ai-je à sa vie ? Il vivrait pour une autre, il est perdu pour moi... Cependant quand je songe à son péril extrême, Quand je le vois chercher un horrible trépas, Sans songer qu'il ne m'aime pas, Je sens seulement que je l'aime.

Scène 5

Andromède, Mérope

Andromède

Infortunés, qu'un monstre affreux A changés en rochers par ses regards terribles, Vous ne ressentez plus vos destins rigoureux, Et vos coeurs endurcis sont pour jamais paisibles. Hélas ! les coeurs sensibles Sont mille fois plus malheureux.

Mérope

Andromède semble interdite ; Elle vient rêver en ces lieux : Ah ! je reconnais dans ses yeux Le même trouble qui m'agite.

Andromède

Il ne m'aime que trop, et tout me sollicite De l'aimer à mon tour ; C'est du plus grand des dieux qu'il a reçu le jour. Dans nos périls mortels l'amour le précipite : Le moyen de tenir contre tant de mérite, Et contre tant d'amour ?

Mérope

Ah ! Vous aimez Persée ; il cause vos alarmes ; N'en désavouez point vos larmes : Vos tendres sentiments se sont trop exprimés. Vous l'aimez.

Andromède

Vous l'aimez. L'espoir de son hymen avait charmé votre âme, Et je sais les projet que vous aviez formés : Je vois que le dépit n'éteint pas votre flamme ; Persée est en péril, et vous vous alarmez. Vous l'aimez.

Mérope

Vous l'aimez.

Andromède

Ah ! Qu'un tendre coeur est à plaindre D'être réduit à feindre ! Quel tourment ne fait point souffrir Un malheureux amour que l'on ne peut éteindre, Et que l'on n'ose découvrir ? Ah ! qu'un tendre coeur est à plaindre D'être réduit à feindre !

Mérope

Il est vrai, le dépit veut en vain m'animer ; Je sens que la pitié désarme ma colère. Persée est un ingrat qui ne me peut aimer ; Il n'a pas laissé de me plaire. Il vous a trop aimée, hélas ! Comment ne l'aimeriez-vous pas ?

Andromède

L'amour qu'il a pour moi l'engage À chercher à se perdre avec empressement : Ne me reprochez point ce funeste avantage ; Je le paierai bien chèrement.

Mérope

Unissons nos regrets, le même amour nous lie. Qu'importe à qui de nous Persée offre ses voeux ! Nous allons perdre toutes deux ; Son péril nous réconcilie.

Andromède

Ce héros s'expose pour nous : Sa perte est infaillible, Ah ! Qu'il vive, s'il est possible, Quand il vivrait pour vous.

Andromède

Il faut que mon amour se cache et de trahisse... Ô ciel ! Il va parti ! Il me chercher en ces lieux.

Elle sort.

Mérope

Je veux m'épargner le supplice D'être témoin de vos adieux.

Scène 6

Céphée, Andromède, Persée

Céphée

Belle princesse, enfin vous souffrez ma présence.

Andromède

Seigneur, on me l'ordonne, et je suis mon devoir.

Céphée

Vous voulez me faire savoir Que je ne dois ce bien qu'à votre obéissance. N'importe, rien ne peut ébranler ma constance. J'ai su jusqu'à ce jour vous aimer sans espoir. Je vais avec plaisir prendre notre défense, Quand j'aurais pour récompense Que la seule douceur que je sens à vous voir.

Andromède

Non, ne vous flattez pas ; je peux ne vous rien taire : Vous m'aimez vainement ; Phinée a su ma plaire ; Il est choisi pour être mon époux ; Nos deux coeurs sont unis ; quel prix espérez-vous D'une entreprise dangereuse ? Quand nous seriez dangereuse ? Quand vous seriez vainqueur, votre âme est généreuse, Et vous ne voudrez pas rompre des noeuds si doux.

Céphée

Je serai malheureux, désespéré, jaloux ; Mais je mourrai content si vous vivez heureuse.

Andromède

Ô dieux !

Céphée

De mes regards vos beaux yeux sont blessés ; Vous souffrez à me voir, mon amour vous outrage. Je vais chercher Méduse, et je vous aime assez Pour ne vous pas contraindre à souffrir davantage.

Andromède

Quoi ! pour jamais vous me quittez ! Persée, arrêtez, arrêtez.

Céphée

Qu'entends-je ? Ô cieux : belle princesse ! Que vois-je ? vous versez des pleurs !

Andromède

Ah ! par l'excès de mes douleurs Connaissez, s'il se peut, l'excès de ma tendresse. Voyez à quoi j'avais recours Pour vous ôter l'ardeur qui vous fait entreprendre Un combat funeste à vos jours. Hélas ! que l'ai-je pu me rendre Indigne de votre secours ? Que n'êtes-vous magnanime ? Méduse d'un regard porte un trépas certain.

Céphée

Vous pourriez être sa victime.

Andromède

Tout l'effort des mortels contre elle serait vain.

Céphée

Le fils de Jupiter, lorsque l'amour l'anime, Doit aller au delà de tout l'effort humain.

Andromède

Par les frayeurs d'un amour tendre Ne serez-vous point désarmé ?

Céphée

J'ignorais votre amour, et j'aillais vous défendre ; Puis-je à vous secourir être moins animé, Quand je sais que je suis aimé ?

Andromède

Quoi ! vous partez ?

Céphée

L'amour m'appelle.

Andromède

Vous méprisez mes pleurs ! Mes cris sont superflus !

Céphée

Vous me verrez comblé d'une gloire immortelle.

Andromède

Hélas ! nous ne vous verrons plus !

Andromède sort.

Persée

Ah ! Le péril est extrême ! Je vois votre danger, je ne vois pas le mien.. Dieux ! sauvez ce que j'aime ! Et pour moi-même Je ne demande rien. Dieux ! sauvez ce que j'aime !

Scène 7

Mercure, Céphée

Mercure

Persée, où courez-vous ? qu'allez-vous entreprendre ?

Céphée

Un peuple infortuné m'engage à le défendre ; C'est à la gloire que je cours. Si je meurs, mon trépas sera digne d'envie ; Je laisse le soin de mes jours Au dieu qui m'a donné la vie.

Mercure

Ce dieux juste et puissant favorise vos voeux, Et c'est par ma voix qu'il s'explique : Il reconnaît son sang à l'effort généreux Que vous allez tenter, d'une ardeur héroïque, Pour secourir des malheureux ; Mais ce n'est point en téméraire Qu'il faut dans le péril précipiter vos pas. L'assistance des dieux vous sera nécessaire : Ils veulent vous l'offrir, ne le négligez pas. Je viens d'apprendre à toute la nature Que Jupiter s'intéresse à vos jours : La jalouse Junon vainement en murmure, Et tout, jusqu'aux enfers, vous promet du secours.

Scène 8

Un Des Cyclopes

Des cyclopes viennent en dansant donner à Persée, de la part de Vulcain, une épée et des talonnières ailées semblables à celles de Mercure.

Un Des Cyclopes

C'est pour vous que Vulcain, de ses mains immortelles ; A forgé cette épée et préparé ces ailes. Hâtez-vous de vous signaler Par une célèbre victoire : Chacun doit aller à la gloire ; Mais un héros y doit voler.

Scène 9

Une Nymphe Guerrière

Une des Nymphes guerrières, présente à Persée, de la part de Pallas, un bouclier de diamant ; elle chante en lui faisant ce présent, et les autres nymphes guerrières dansent.

Une Nymphe Guerrière

Le plus vaillant guerrier s'abuse D'oser tout espérer de l'effort de son bras. Si vous voulez vaincre Méduse, Portez le bouclier de la sage Pallas. Que la valeur et la prudence, Quand elles sont d'intelligence, Achèvent d'exploits glorieux ! Le monstre le plus furieux Leur fait vainement résistance. La paix ne peut régner que par leur assistance ; L'univers leur doit son bonheur. Rien ne peux mieux donner un immortel honneur Que la valeur et la prudence, Quand elles sont d'intelligence.

Scène 10

Une Divinité Infernale, Mercure, Choeurs

Les divinités infernales sortent des enfers, et apportent le casque de Pluton, qu'elles présentent à Persée. Une de ces Divinités chante, et les autres dansent.

Une Divinité Infernale

Ce casque vous est présenté Au nom du souverain de l'empire des Ombres. Au milieu du péril, pour votre sûreté, Il répandra sur vous l'épaisse obscurité Qui règne en nos demeures sombres. Ce don mystérieux doit apprendre aux humains Comme on peut s'assurer d'un succès favorable : Il faut cacher de grands desseins Sous un secret impénétrable.

Mercure

Que l'enfer, la terre et les cieux, Votre généreuse entreprise ! Que l'enfer, la terre et les cieux, Que tout l'univers favorise Le fils du plus puissant des lieux !

Mercure et Persée s'envolent.

Mercure

Votre conduite à mes soins est commise. L'impatience éclate dans vos yeux ; La gloire qui vous est promise Ne peut plus souffrir de remise. Suivez-moi ; partons de ces lieux.

Choeurs

Que l'enfer, la terre et les cieux, etc.

Acte III

Scène 1

Méduse

Méduse

J'ai perdu la beauté qui me rendit si vaine : Je n'ai plus ces cheveux si beaux Dont autrefois le dieu des eaux Sentit lier son coeur d'une si douce chaîne. Pallas, la barbare Pallas, Fut jalouse de mes appas, Et me rendit affreuse autant que j'étais belle ; Mais l'excès étonnant de la difformité Dont me punit sa cruauté, Fera connaître, en dépit d'elle, Quel fut l'excès de ma beauté. Je ne puis trop montrer sa vengeance cruelle ; Ma tête est fière encor d'avoir pour ornement Des serpents dont le sifflement Excite une frayeur mortelle. Je porte l'épouvante et la mort en tous lieux ; Tout se change en rocher à mon aspect horrible : Les traits que Jupiter lance du haut des cieux N'ont rien de si terrible Qu'un regard de mes yeux. Les plus grands dieux du ciel, de la terre et de l'onde, Du soin de se venger se reposent sur moi : Si je perds la douceur d'être l'amour du monde, J'ai le plaisir nouveau d'en devenir l'effroi.

Les trois Gorgones entendent un doux concert.

Méduse

Ô le doux emploi, pour la rage, De causer un affreux ravage. Heureuse la fureur Qui remplit l'univers d'horreur ! Dans ce triste séjour qui peut nous faire entendre Le doux bruit qui nous vient surprendre ? Jamais ici mortel avec impunité Ne porta sa vue indiscrète. Quels concerts ! quelle nouveauté ! Qui peut chercher l'horreur secrète De notre fatale retraite... ? C'est Mercure qui vient dans cet antre écarté.

Scène 2

Méduse, Mercure

Méduse

Mon terrible secours vous est-il nécessaire ? De superbes mortels osent-ils vous déplaire ? Faut-il vous en venger ? Faut-il armer contre eux Le funeste courroux de mes serpents affreux ? Où faut-il que ma fureur vole ? Vous n'avez qu'à nommer l'empire malheureux Que vous voulez que je désole.

Mercure

C'est toujours mon plus cher désir De voir tout l'univers dans une paix profonde. Ne vous lassez-vous point du barbare plaisir De troubler le repos du monde !

Méduse

Puis-je causer jamais des malheurs assez grands Au gré de la fureur qui de mon coeur s'empare ? C'est des dieux que j'apprends À devenir barbare.

Mercure

Il est vrai qu'un fatal courroux A trop éclaté contre vous ; Vous n'avez eu que trop de charmes. Sans Pallas, sans ses rigueurs, Vous n'auriez troublé les coeurs Que par de douces alarmes.

Méduse

Que sert-il de m'entretenir D'un bien trop tôt passé, qui ne peut revenir ? Je n'en ressens que trop la perte irréparable ! Ah ! quand on se trouve effroyable, Que c'est un cruel souvenir De songer que l'on fut aimable !

Mercure

Je ne puis, dans votre malheur, Vous offrir qu'un sommeil paisible.

Méduse

Avec une vive douleur Le repos est incompatible.

Aux Gorgornes.

Mercure

Ô tranquille sommeil, que vous êtes charmant ! Que vous faites sentir un doux enchantement Dans la plus triste solitude ! Votre divin pouvoir calme l'inquiétude Vous savez adoucir le plus cruel tourment. Ô tranquille sommeil, que vous êtes charmant ! Jouissez du repos dans ce lieux solitaire.

Méduse

Non, ce n'est que pour la colère Que nos coeurs malheureux sont faits : Non, le repos ne peut nous plaire ; Nous y renonçons pour jamais. Non, ce n'est que pour la colère, etc.

Mercure

Il faut céder, il faut vous rendre Au charme qui va vous surprendre.

Les trois Gorgones s'endorment.

Méduse

Il faut nous rendre malgré nous Au charme d'un sommeil trop doux.

Scène 3

Mercure, Céphée

Mercure

Persée, approchez-vous ; Méduse est endormie. Avancez sans bruit ; surprenez Une si terrible ennemie. Si vous osez la voir, c'est fait de votre vie.

Céphée

Je suivrai les conseils que vous m'avez donnés.

Mercure

Je vous laisse au milieu d'un péril redoutable ; Je ne puis plus rien pour vos jours ; Cherchez votre dernier secours Dans un courage inébranlable.

Mercure se retire, Persée, tenant son bouclier devant ses yeux, approche de Méduse ; il lui coupe la tête, et la cacha dans une écharpe pour l'emporter avec lui.

Céphée

Un prix qui me doit charmer M'est offert par la Victoire : Quel péril peut m'alarmer ? L'amour et la gloire S'unissent pour m'animer.

Scène 4

Céphée, Euryale

Céphée

Le monde est délivré d'un monstre si terrible ; Le ciel s'est servi de mon bras.

Les deux Gorgones veulent attaquer Persée ; mais la vertu secrète du casque qu'il porte les empêche de le voir.

Chrysaor, Pégase et plusieurs autres monstres de figure bizarre et terrible, se forment du sang de Méduse. Chrysaor et Pégase volent, quelques-uns des autres monstres s'élèvent aussi dans l'air, quelques autres rampent, les autres courent, et tous cherchent Persée, qui est caché à leurs yeux par la vertu du casque.

Euryale

Tu fais périr Méduse ! Ah ! Traître ! Tu mourras.. Qu'il meure d'un trépas horrible ! Mais qui peut le rendre invisible... ? Méduse après sa mort trouble encor l'univers ; C'est son sang qui produit tant de monstres divers, Monstres, cherchez votre victime ; Vengez le sang qui vous anime, Servez nos fureurs, armez-vous ; Vengeons Méduse ; vengeons-nous.

Scène 5

Mercure, Euryale

Persée vole, et emporte la tête de Méduse. Les monstres qui s'efforcent de la suivre tombent avec Euryale et Sténone dans les enfers, où Mercure les contraint de descendre.

Mercure

Persée allez, volez où l'amour vous appelle... Gorgones, désormais vous serez sans pouvoir : Ce lieu n'est pas pour vous un séjour assez noir, Venez dans la nuit éternelle.

Euryale

Des gouffres profonds sont ouverts : Ah ! Nous tombons dans les enfers.

Acte IV

Scène 1

TROUPES d'ÉTHIOPIENS et d'ÉTHIOPENNES, Phinée, Seconde Troupe D'éthiopiens, Mérope, Troisième Troupe D'éthiopiens

TROUPES d'ÉTHIOPIENS et d'ÉTHIOPENNES

Courons, courons tous admirer Le vainqueur de Méduse.

Phinée

Persée est de retour, chacun court l'honorer ; Et le bonheur public va me désespérer ! Non, non, il n'est plus temps qu'un vain espoir m'abuse.

Seconde Troupe D'éthiopiens

Courons, courons tous admirer Le vainqueur de Méduse.

Mérope

Allons en secret soupirer : Non, je ne puis plus me montrer, Triste comme je suis, interdite et confuse.

Les Éthiopiens sortent.

Troisième Troupe D'éthiopiens

Courons, courons tous admirer Le vainqueur de Méduse.

Scène 2

Phinée, Mérope

Phinée

Nous ressentons mêmes douleurs, Fuyons une foule importune : D'une plainte commune Déplorons nos communs malheurs.

Mérope

Que l'amour a pour moi de chagrins et d'alarmes. Que Persée à mon coeur coûte de déplaisirs ! Son départ, ses dangers m'ont fait verser des larmes, Et son heureux retour m'arrache des soupirs. Persée est revenu, mais c'est pour Andromède. Pour m'offrir à ses yeux l'ardeur qui me possède M'a fait empresser vainement : Il n'a rien vu que ce qu'il aime ; Il n'a pas daigné même S'apercevoir de mon empressement, Et tous les soins de mon amour extrême N'ont pas été payés d'un regard seulement.

La mer s'irrite, les flots s'élèvent et s'étendent sur le rivage.

Phinée

Que le ciel pour Persée est prodigue en miracles ! Qui n'eût pas cru qu'un monstre furieux M'aurait débarrassé d'un rival odieux. Cependant, malgré mille obstacles, Mon rival est victorieux. Il s'est fait des routes nouvelles : Il a volé pour hâter son retour ; Et Mercure et l'Amour Ont pris soin à l'envi de lui prêter des ailes. Le peuple croit lui tout devoir : On entend de son nom retentir ce rivage, Le roi s'est empressé d'honorer son courage, Chacun jusqu'en ces lieux l'est venu recevoir. Qu'Andromède a paru contente de la voir ! Quel triomphe pour lui ! quel charmant avantage ! Et pour moi quelle rage, Et quel horrible désespoir !

Phinée

Les vents impétueux s'échappent de la chaîne Qui le forçait d'être en repos. Une tempête soudaine Soulève les flots... Mer vaste, mer profonde, Dont les flots sont émus par les vents en courroux, Les coeurs amoureux et jaloux Sont plus agites que votre onde ; Les coeurs amoureux et jaloux Sont cent fois plus troublés que vous.

Scène 3

Idas, Phinée, Mérope, Un Triton, Cassiope, Céphée, Andromède, Néréides Et Les Tritons

Idas

Ô ciel inexorable ! Ô malheur déplorable !

Aux Éthiopiens.

Phinée

Qui pourrait traverses ces trop heureux amants ? D'où naissent vos gémissements ?

Les Éthiopiens se placent sur les rochers qui bordent le rivage.

Idas

L'implacable Junon cause notre infortune ; Elle arme contre nous l'empire de Neptune ; Un monstre en doit sortir, qui viendra dévorer L'innocente Andromède ; Et Thétis et ses soeurs viennent de déclarer Qu'il n'est plus permis d'espérer De voir finir nos maux sans ce cruel remède. Les Tritons ont saisi la princesse à nos yeux ; Et le pouvoir des dieux Nous a rendus tous immobiles. C'est sur ces bords qu'au monstre on la doit exposer. Pour son secours Persée en vain veut tout oser ; Ses efforts seront inutiles : Il faut céder aux dieux ; il faut céder au sort Dont Andromède est poursuivie. Croyait-on voir fini une si belle vie Par une si terrible mort ?

Idas

Ô sort inexorable ! Ô malheur déplorable ! Princesse infortunée, hélas ! Vous méritiez un sort plus favorable ; Vous ne mériteriez pas Un si cruel trépas... Ô sort inexorable ! Ô malheur Déplorable !

Phinée

Les dieux ont soin de nous venger : Le plaisir que je sens avec peine se cache.

Mérope

Verrez-vous sans douleur Andromède en danger ?

Phinée

Est-ce à moi que la mort l'arrache ? C'est à Persée à s'affliger. L'amour meurt dans mon coeur, la rage lui succède ; J'aime mieux voir un monstre affreux Dévorer l'ingrate Andromède, Les appas, les douceurs d'une amour mutuelle, Sont de mon sort fatal les plus terribles coups ; Le fils de Jupiter eût été mon époux ; Ah ! Que ma vie eût été belle ! Dieux ! Qui me destinez une mort si cruelle, etc.

Un Triton

Tremblez, superbe reine... Tremblez, mortels audacieux : Que votre orgueil apprenne Combien votre grandeur est vaine, Tremblez, mortels audacieux : Redoutez le courroux des dieux.

Cassiope

Ah ! Quelle vengeance inhumaine !

Céphée

Andromède !

Cassiope

Ma fille !

Andromède

Ô cieux !

Cassiope

Que les dieux sont cruels ! Qu'ils sont ingénieux À faire ressentir leur haine !

Céphée

Andromède !

Cassiope

Ma fille !

Le monstre paraît.

Andromède

Ô cieux !

Céphée

Le monstre approche de ces lieux, Ah, quelle vengeance inhumaine !

Néréides Et Les Tritons

Tremblez, mortels audacieux, etc.

Andromède

Je ne vois point Persée, et je flattais ma peine Du triste espoir de mourir à ses yeux.

Céphée

Voyez voler ce héros glorieux.

Scène 4

Cassiope, Céphée

Cassiope

Ah ! quel effroyable supplice ! Dieux, ô dieux ! quelle cruauté ! Je perds ma fille, hélas ! Le ciel propice Me la donna pour ma félicité, Aujourd'hui le Ciel irrité Veut qu'un monstre me la ravisse. Ciel ! Que j'ai toujours respecté Ne m'avez-vous longtemps conservé la clarté Que pour me faire voir cet affreux sacrifice ? Ah ! Quel effroyable supplice ! Dieux, ô dieux ! Quelle cruauté ! C'est ma funeste vanité, C'est mon crime, grands dieux ! Qu'il faut que l'on punisse. Ma fille n'est pas complice, Et vos foudres vengeurs contre elle ont éclaté ! Dieux ! Pouvez-vous vouloir qu'Andromède périsse ? Sa jeunesse ni sa beauté N'ont-elles rien qui vous fléchisse ? La vertu, l'innocence a-t-elle mérité Les rigueurs de votre justice ?

Céphée

Ah ! quel effroyable supplice ! Dieux, ô dieux ! quelle cruauté !

Scène 5

Cassiope, Choeur, Andromède, Choeur Des Tritons, Céphée, Néréides Et Les Tritons

Cassiope

Que j'expire en mourant un si funeste crime.

Cassiope

Que par pitié j'obtienne une mort légitime. Cruels ! n'attachez pas ma fille à ce rocher, C'est moi qu'il y faut attacher !

Choeur

Divinités des Flots, Quel courroux vous anime Contre une innocente victime ?

Cassiope

Divinités des Flots, Quel courroux vous anime Contre une innocente victime ?

Choeur

C'est notre unique espoir, Faut-il vous l'arracher ? Nos voeux, nos pleurs, nos cris, Rien ne vous peut toucher

Cassiope

C'est notre unique espoir, Faut-il vous l'arracher ? Nos voeux, nos pleurs, nos cris, Rien ne vous peut toucher

Andromède

Dieux ! Qui me destinez une mort si cruelle Hélas ! Pourquoi flattiez-vous De l'espoir d'un destin si doux ? Vous dont je tiens la vie Et vous peuple fidèle, Jouissez parmi vous d'une paix éternelle, Je vais fléchir les dieux irrités contre vous. Et si ma mère est criminelle, C'est moi qui dois calmer le céleste courroux ! Par le sang que j'ai reçu d'elle, Heureuse de périr pour le salut de tous. Un souvenir charmant qu'en mourant je rappelle. Les appas, les douceurs d'une amour maternelle Sont de mon triste sort les plus terribles coups. Le fils de Jupiter eut été mon époux ! Ah ! Que ma vie eut été belle ! Dieux ! Qui me destinez une mort si cruelle Hélas ! Pourquoi me flattiez-vous De l'espoir d'un destin si doux ? Tremblez ! Superbe Reine. Tremblez ! Mortels audacieux ! Que votre orgueil apprenne Combien votre grandeur est vaine : Tremblez mortels audacieux ! Redoutez le courroux de Dieux

Choeur Des Tritons

Tremblez mortels audacieux ! Redoutez le courroux de Dieux

Cassiope

Ah ! Quelle vengeance inhumaine !

Céphée

Andromède !

Cassiope

Ma fille !

Andromède

Ô cieux !

Cassiope

Que les dieux sont cruels ! qu'ils sont ingénieux À faire ressentir leur haine !

Céphée

Andromède !

Cassiope

Ma fille !

Le monstre paraît.

Andromède

Ô cieux !

Céphée

Le monstre approche de ces lieux, Ah, quelle vengeance inhumaine !

Néréides Et Les Tritons

Tremblez, mortels audacieux, etc.

Scène 6

Andromède, Néréides Et Les Tritons, Céphée, Tous, Une Néréide Et Un Triton

Persée vole, et combat le monstre.

Andromède

A s'exposer pour moi c'est en vain qu'il s'obstine.

Néréides Et Les Tritons

Téméraire Persée, arrêtez ; respectez La vengeance divine.

Céphée

Magnanime héros, combattez, remportez Le prix que l'amour vous destine.

Néréides Et Les Tritons

Le fils de Jupiter brave notre courroux.

ENSEMBLE

Tous

Le monstre expire sous ses coups.

Une Néréide Et Un Triton

Junon a vainement cherché notre assistance ; Nous nous vantions en vain d'achever sa vengeance. Et Persée a pour lui des dieux plus forts que nous,

La mer s'apaise ; les flots s'abaissent et se retirent. Les Néréides et les Tritons disparaissent.

Néréides Et Les Tritons

Descendons sous les ondes : Notre honte se doit cacher ; Allons chercher Des retraites profondes, Descendons sous les ondes.

Scène 7

Éthiopiens Répètent Ces Deux Vers, Céphée, Éthiopiens, Un Des Éthiopiens, Choeur, Une Des Éthiopiennes

pendant que Persée délie Andromède

Éthiopiens Répètent Ces Deux Vers

Le monstre est mort ; Persée en est vainqueur ; Persée est invincible.

Céphée

Quand l'amour anime un grand coeur, Il ne trouve rien d'impossible.

Céphée

Ah ! Que votre danger me paraissait terrible !

Les Éthiopiens descendent des rochers, et témoignent leur joie en chantant et en dansant. Des matelots et des matelottes se mêlent dans la réjouissance publique. Un des éthiopiens chante au milieu des matelots qui dansent.

Éthiopiens

Le monstre est mort, etc.

Un Des Éthiopiens

Notre espoir allait faire naufrage ; Nous goûtons enfin un heureux sort. Quel bonheur d'échapper à l'orage ! Quel plaisir d'en retracer l'image, Quand on est au port !

Andromède, Cassiope et les Éthiopiens, répètent les vers que Céphée a chantés et les Matelots et les Matelottes dansent en réjouissance de la délivrance d'Andromède.

Céphée

Honorons à jamais le glorieux héros Qui nous donne un heureux repos. Sa valeur, à son gré, fait voler la victoire : Tour-à-tour la terre et les flots Sont le théâtre de sa gloire. Honorons à jamais, etc.

Un Des Éthiopiens

Que n'aimez-vous ? Coeurs insensibles ! Que n'aimez-vous ? Rien n'est si doux ! Non, ne vous vantez pas d'être invincibles ; Les dieux, les plus grands dieux, ont aimé tous.

Choeur

Que n'aimez-vous, etc.

Un Des Éthiopiens

L'amour n'a plus de traits terribles Pour un coeur qui cède à ses coups.

Choeur

Que n'aimez-vous, etc.

Un Des Éthiopiens

Pour un amant Tendre et fidèle ; Pour un amant Tout est charmant. L'espoir nourrit ses feux ; sa chaîne est belle ; Il se fait un plaisir de son tourment.

Choeur

Pour un amant, etc.

Une Des Éthiopiennes

Heureux un coeur qu'amour appelle ! Malheureux, s'il tarde un moment !

Choeur

Pour un amant, etc.

Acte V

Scène 1

Mérope

Mérope

Ô mort ! Venez finir mon destin déplorable. Ma rivale jouit d'un sort trop favorable, Et je souffrirais trop, si je ne mourais pas. Son bonheur m'a rendu le jour insupportable ; La nuit affreuse du trépas Me paraît moins épouvantable. Ô mort ! Venez finir mon destin déplorable. Hélas ! Funeste mort, hélas ! Pour les coeurs fortunés vous êtes effroyable ; Mais vos horreurs ont des appas Pour un coeur que l'amour a rendu misérable. Ô mort ! Venez finir mon destin déplorable.

Scène 2

Phinée, Mérope

Phinée

Ce n'est point à des pleurs qu'il faut avoir recours. Junon veut qu'aujourd'hui je me venge avec elle. Iris, de son vouloir l'interprète fidèle, Vient, par son ordre exprès, de m'offrir son secours.

Mérope

Du secours de Junon que faut-il qu'on espère ? Persée a triomphé deux fois de son courroux.

Phinée

Que ne pourra point sa colère Unie à mon transport jaloux ? Heureux qui peut goûter une douce vengeance ! C'est l'unique espérance Des malheureux amants. Pour servir ma fureur on s'arme en diligence. Mon rival n'aura pas mon bien pour récompense ; S'il triomphe de moi, c'est pour peu de moments. C'est en vain qu'Andromède a trahi ma constance ; L'Amour est avec eux en vain d'intelligence ; Je briserai ses noeuds charmants. L'Hymen me livrera l'ingrate qui m'offense ; Elle a vu ma douleur avec indifférence : Je veux être sensible à ses gémissements ; Et, si je ne puis voir son coeur en ma puissance, Je jouirai de ses tourments. Heureux qui peut goûter une douce vengeance, etc. ! Il faut nous éloigner du peuple qui s'avance ; Ce superbe appareil, ces riches ornements, Tout ici de ma rage accroît la violence : Allons hâter l'éclat de nos ressentiments.

Ils sortent.

Mérope

Heureux qui peut goûter une douce vengeance,etc. !

Scène 3

Suite du Grand Prêtre

Le choeur répète les trois derniers vers.

Les cérémonies du mariage de Persée et d'Andromède que le grand-prêtre de l'Hyménée et sa suite veulent commencer, sont interrompues par Mérope.

Suite du Grand Prêtre

Hymen ! Ô doux Hymen ! sois propice à nos voeux ; Viens unir ces amants fidèles, Viens les rendre à jamais heureux. Prends soin de conserver leurs ardeurs mutuelles, Allume en leur faveur les plus beaux de tes feux : Que leurs coeurs soient comblés de douceurs éternelles ; Qu'ils soient toujours contents et toujours amoureux. Charmant hymen, que tes chaînes sont belles, Lorsque l'amour en a formé les noeuds ! Hymen ! Ô doux Hymen ! Sois propice à nos voeux, etc.

Scène 4

Mérope, Céphée

Mérope

Persée, il n'est plus temps de garder le silence : J'avais cru vouloir votre mort ; Mais mon coeur avec vous est trop d'intelligence, Et, prêtre à me venger, je ressens un transport Cent fois plus pressant et plus fort Que le transport de la vengeance. Votre rival approche, il en veut à vos jours : Mille ennemis vous environnent. Évitez leur fureur, servez-vous du secours Que les dieux propices vous donnent. Volez ne trouverez plus d'autres chemins ouverts.

Céphée

Armons-nous ; punissons plus l'audace des rebelles.

Mérope

Sauvez-vous ; profitez de mes avis fidèles : C'est à fuir seulement que vous devez songer.

Céphée

Si les dieux m'ont prêté des ailes, Ce n'est pas pour fuir le danger.

Scène 5

Phinée, Céphée, Cassiope

Phinée

Persée, il faut périr ; meurs, et laisse Andromède Au pouvoir d'un heureux rival !

Persée, Céphée et leur suite poursuivent Phinée et sa suite.

Céphée

Perfides ! Recevez le châtiment fatal De la fureur qui vous possède ! Tous les combattants Cédez, cédez à notre effort ; Vous n'éviterez pas la mort.

Les combattants s'éloignent.

Cassiope

Quelles horreurs ! quelles alarmes ! Dieux ! soyez touchés de mes larmes ! Tous les combattants Cédez, cédez à notre effort, etc.

Scène 6

Céphée

Céphée

Le soin de vous défendre en ces lieux me rappelle. Craignez tout d'un peuple rebelle ; Quel sang n'ose-t-il point verser ? Un trait, que sur Persée on a voulu lancer, A frappé votre soeur d'une atteinte mortelle. Junon, implacable pour nous, Anime les mutins de son fatal courroux. Leur rage croît, leur nombre augmente : Persée en vain toujours combat avec chaleur. Que servent les efforts qu'il tente ? Le nombre tôt ou tard accable la valeur.

Scène 7

Phinée, Céphée, Persée

Phinée

Qu'il n'échappe pas, qu'il périsse, Cet étranger audacieux Qui prétend régner en ces lieux !

Céphée

Ciel ! Ô ciel soyez-nous propice !

Phinée

Qu'il n'échappe, qu'il périsse !

Céphée

Défendez-nous, ô justes dieux !

Persée pétrifie Phinée et sa suite, en leur montrant la tête de Méduse.

Persée

Ne craignez rien ; fermez les yeux, Je vais punir leur injustice. Voyez leur funeste supplice.

Céphée

Quel prodige ! Quel changement !

Le palais de Vénus descend.

Céphée

La tête de Méduse a fait leur châtiment... Cessons de redouter la fortune cruelle ; Le ciel nous promet d'heureux jours ; Vénus vient à notre secours ; Elle amène l'Amour et l'Hymen avec elle.

Scène 8

Vénus

Céphée, Cassiope, Persée, et Andromède, sont élevés dans le ciel, et des étoiles brillantes les environnent.

Vénus

Mortels, vivez en paix ; vos malheurs sont finis. Jupiter vous protège en faveur de son fils ; À ce dieu si puissant tous les dieux veulent plaire, Et Junon même enfin apaise sa colère. Cassiope, Céphée, et vous, heureux époux, Prenez place au ciel avec nous. Les souverains destins ordonnent Que des feux éclatants toujours vous environnent.

Les courtisans de Céphée, les Éthiopiens et les Éthiopiennes témoignent leur joie par leurs danses.

Vénus

Héros victorieux, Andromède est à vous ; Votre Valeur et l'Hymen vous la donnent : La gloire et l'Amour vous couronnent ; Fut-il jamais un triomphe plus doux ? Héros victorieux, Andromède est à vous.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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