Prologue
Choeur d'Amours, de Grâces, de Plaisirs, et de Jeux
Un Plaisir, Deux Grâces, Un Des Jeux, Trois De La Troupe Des Jeux, Trois De La Troupe Des Plaisirs, Vénus, Mars, Bacchus, Choeur, Cérès
Un Plaisir
Le maître de ces lieux n'aime que la victoire, Il en fait ses plus chers désirs : Il néglige ici les plaisirs, Et tous ses soins sont pour la gloire.
Deux Grâces
Les jeux et les amours Ne règnent pas toujours.
Un Plaisir
C'était dans ces jardins, au bord de ces fontaines, Que l'aimable mère d'amour Espérait d'établir sa bienheureuse cour : Mais ses espérances sont vaines.
Deux Grâces
Les jeux et les amours Ne règnent pas toujours.
Un Des Jeux
Ne nous écartons pas de ces charmantes plaines, Allons nous retirer dans les bois d'alentour.
Trois De La Troupe Des Jeux
Ah ! Quelles peines De quitter un si beau séjour !
Trois De La Troupe Des Plaisirs
Le maître de ces lieux n'aime que la victoire, Il en fait ses plus chers désirs : Il néglige ici les plaisirs, Et tous ses soins sont pour la gloire.
Les amours, les grâces, les plaisirs et les jeux se retirent.
Deux Grâces
Les jeux et les amours Ne règnent pas toujours.
On entend des trompettes et des tambours dont le bruit se mêle au son de plusieurs instruments champêtres. Cependant Mars paraît sur son char avec Bellone.
Vénus
Revenez, amours, revenez ; Pourquoi quitter ces lieux où l'on est sans alarmes ? La beauté perd ses plus doux charmes, Sitôt que vous l'abandonnez : Revenez, amours, revenez. Beaux lieux, où les plaisirs suivaient partout mes pas, Que sont devenus vos appas ? Qu'un si charmant séjour est triste et solitaire ! Hélas ! Hélas ! Les amours n'y sont pas, Sans les amours, rien ne peut plaire. Revenez, amours, revenez ; Quel chagrin si pressant vous a tous emmenés ? Est-il quelque danger dont Mars ne vous délivre ? Il chasse les fureurs de ces lieux fortunés, À la seule victoire il permet de le suivre. Revenez, amours, revenez.
On n'entend plus le bruit des trompettes et des tambours, et plusieurs instruments champêtres jouent dans le temps que Mars descend.
Mars
Que rien ne trouble ici Vénus et les amours. Que sous d'aimables lois, dans ces douces retraites, On passe en repos d'heureux jours ; Que les hautbois, que les musettes L'emportent sur les trompettes, Et sur les tambours. Que rien ne trouble ici Vénus et les amours.
Bellone obéit, et s'envole.
Mars
Partez, allez, volez, redoutable Bellone. Laissez en paix ici les amours et les jeux ; Que Cérès, que Bacchus, s'avancent avec eux ; Éloignez ce qui les étonne. Portez aux ennemis de cet empire heureux Tout ce que la guerre a d'affreux : Vénus le veut, Mars vous l'ordonne. Partez, allez, volez, redoutable Bellone.
Vénus
Inexorable Mars, pourquoi déchaînez-vous Contre un héros vainqueur tant d'ennemis jaloux ? Faut-il que l'univers avec fureur conspire Contre ce glorieux empire Dont le séjour nous est si doux ? Sans une aimable paix peut-on jamais attendre De beaux jours ni d'heureux moments ? La plainte la plus tendre, Les plus doux soupirs des amants, Sont le seul bruit qu'on doit entendre En des lieux si charmants.
Mars
Que dans ce beau séjour rien ne vous épouvante, Un nouveau Mars rendra la France triomphante. Le destin de la guerre en ses mains est remis. Et si j'augmente Le nombre de ses ennemis, C'est pour rendre sa gloire encor plus éclatante. Le dieu de la valeur doit toujours l'animer.
Vénus
Vénus répand sur lui tout ce qui peut charmer.
Mars
Malheur, malheur à qui voudra contraindre Un si grand héros à s'armer.
Vénus
Tout doit l'aimer.
Mars
Tout doit le craindre.
Vénus
Tout doit le craindre, Tout doit l'aimer.
Bacchus et Cérès suivis de moissonneurs, de sylvains et de bacchantes, ramènent les amours, les Grâces, les plaisirs, et les jeux.
Vénus
Qu'il passe, au gré de ses désirs, De la gloire aux plaisirs, Des plaisirs à la gloire. Venez, aimables dieux, venez tous dans sa cour. Mêlez aux chants de victoire Les douces chansons d'amour.
Deux Grâces
Mêlons aux chants de victoire Les douces chansons d'amour.
Bacchus
Que tout le reste de la terre Porte envie au bonheur de ces lieux pleins d'attraits.
Choeur
Que tout le reste de la terre Porte envie au bonheur de ces lieux pleins d'attraits.
Mars
Au milieu de la guerre Goûtons les plaisirs de la paix.
La troupe des moissonneurs commence une danse agréable, et environne Cérès dans le temps qu'elle chante.
Deux Grâces
Au milieu de la guerre Goûtons les plaisirs de la paix.
Bacchus chante au milieu des sylvains et des bacchantes qui dansent.
Cérès
Trop heureux qui moissonne Dans les champs des amours ! Amants que rien ne vous étonne, L'espérance est un grand secours : Quand on vient à cueillir les fruits que l'amour donne, On est riche à jamais, et content pour toujours, Trop heureux qui moissonne Dans les champs des amours.
La troupe qui suit Cérès, et la troupe des suivants de Bacchus se réunissent, et expriment ensemble leur joie par une danse, que les autres dieux accompagnent de leurs chants ; et tous enfin se retirent pour faire place, et pour prendre part au magnifique divertissement qui va paraître.
Bacchus
Pour les plus fortunés, pour les plus malheureux, Dans l'empire amoureux, Le dieu du vin est nécessaire : S'il prend part aux plaisirs c'est pour les redoubler ; Il charme les chagrins des cours qu'on désespère : Bacchus a de quoi consoler De tous les maux qu'amour peut faire.
Mars
Qu'il passe au gré de ses désirs De la gloire aux plaisirs, Des plaisirs à la gloire ; Venez, aimables dieux, venez tous, dans sa cour : Mêlez aux chants de victoire Les douces chansons d'amour.
Deux Grâces
Mêlons aux chants de victoire Les douces chansons d'amour.
Bacchus
Que tout le reste de la terre Porte envie au bonheur de ces lieux pleins d'attraits.
Deux Grâces
Que tout le reste de la terre Porte envie au bonheur de ces lieux pleins d'attraits.
Mars
Au milieu de la guerre, Goûtons les plaisirs de la paix.
Deux Grâces
Au milieu de la guerre, Goûtons les plaisirs de la paix.
Acte I
Scène 1
Choeur de Combattants
La scène est à Athènes. Le théâtre représente le temple de Minerve.
Choeur de Combattants
Avançons, avançons ; que rien ne nous étonne ; Frappons, perçons, frappons ; qu'on n'épargne personne ; Il faut périr, il faut périr ; Il faut vaincre, ou mourir.
Scène 2
Aeglé, Choeur de Combattants
Aeglé
Quel que soit mon destin, il faut ici l'attendre, Minerve, c'est à vous que je viens recourir. Divinité qui devez prendre Le soin de nous défendre, Hâtez-vous de nous secourir.
Choeur de Combattants
Il faut vaincre, ou mourir.
Aeglé
Ô ciel ! ô juste ciel ! Vous est-il doux d'entendre Ces cris pleins de fureur que je ne puis souffrir ? Dieux ! Aimez-vous à voir tant de sang se répandre ?
Choeur de Combattants
Il faut périr, il faut périr, Il faut vaincre ou mourir.
Scène 3
Aeglé, Cléone, Choeur de Combattants
Aeglé
Est-ce aux athéniens, est-ce au parti contraire, Que l'avantage est demeuré ? Dis-moi pour qui le sort s'est enfin déclaré. Ton silence me désespère.
Cléone
Pardonnez à la peur qui me force à me taire. Mes yeux troublés d'effroi n'ont rien considéré : Thésée est le dieu tutélaire Qui me donne en ce temple un refuge assuré : Je ne sais rien de plus, et j'ai cru beaucoup faire De gagner en tremblant cet asile sacré.
Aeglé
Au milieu des clameurs, au travers du carnage, Thésée a jusqu'ici conduit mes pas errants : Son généreux courage A fait ses premiers soins de m'ouvrir un passage Entre deux effroyables rangs De morts et de mourants. N'as-tu point admiré l'ardeur noble et guerrière Dont il court au péril et s'expose au trépas ? Ah qu'un jeune héros dans l'horreur des combats Couvert de sang, et de poussière, Aux yeux d'une princesse fière A de charmants appas !
Cléone
Thésée est aimable, il vous aime ; Tout cède à sa valeur extrême ; Vous pouvez sans rougir souffrir à votre tour Que jusqu'à votre cour il porte sa victoire. Il n'est rien de si beau que les noeuds de l'amour Quand ils sont formés par la gloire.
Aeglé
Il n'est rien de si beau que les noeuds de l'amour Quand ils sont formés par la gloire.
Choeur de Combattants
Il faut périr, il faut périr, Il faut vaincre, ou mourir.
Scène 4
Aeglé, Arcas
Aeglé
Le ciel ne veut-il point mettre fin à nos peines ? Éclaircis-nous, Arcas, quel est le sort d'Athènes ?
Arcas
Le combat dure encor, il est sanglant, affreux, Et le succès en est douteux. Le roi m'a commandé de prendre Le soin de l'avertir s'il fallait vous défendre, Et ce n'est que pour vous qu'il est touché d'effroi...
Aeglé
Thésée est-il avec le roi ?
Arcas
Des plus fiers ennemis il écarte la foule, On reconnaît sa trace aux flots du sang qui coule : Une grêle de traits ne l'a point retenu.
Elle dit ce qui suit à Cléone.
Aeglé
Ô dieux ! ... Mon secret est connu ; Je crains devant Arcas d'en faire trop entendre, Cléone, s'il se peut, obtiens qu'il aille apprendre Ce que Thésée est devenu.
Scène 5
Cléone, Arcas, Choeur de Combattants
Cléone
Laissons aller la princesse, Prier en paix la déesse. Arcas, je veux voir en ce jour Jusqu'où va pour moi ton amour.
Arcas
Peux-tu douter de ma tendresse ?
Cléone
J'en doute encor, je le confesse. Tu m'as fait des serments cent fois Que tu suivrais toujours mes lois, Et qu'il te serait doux de mourir pour me plaire ; Mais la plupart des amants Sont sujets à faire Bien des faux serments.
Arcas
Tu n'as qu'à commander, tu seras satisfaite.
Cléone
Cherche Thésée, et suis ses pas Jusqu'à sa victoire parfaite, Ou jusqu'à son trépas.
Arcas
D'où vient qu'en sa faveur ton âme s'inquiète ?
Cléone
Si tu veux que je t'aime, Arcas, Fais ce que je souhaite, Et ne réplique pas.
Arcas
Pour un autre que moi Cléone s'intéresse ? Prétends-tu que je sois un amant qui me presse De me charger d'un soin à mon amour fatal ? C'est un plaisir charmant de servir sa maîtresse, Mais c'est un chagrin sans égal De servir son rival. L'ordre du roi m'engage À prendre soin de vous.
Cléone
L'ennemi jusqu'ici n'ose porter sa rage. Tout le monde est aux mains, veux-tu seul fuir les coups ?
Arcas
Ce grand empressement me donne de l'ombrage.
Cléone
La valeur à mes yeux a des charmes bien doux, Et le moindre soupçon m'outrage : Je ne veux point avoir d'époux Qui soit jaloux, Ni d'amant qui soit sans courage.
Arcas
Faut-il qu'un étranger ait pour toi tant d'appas ?
Cléone
Je te l'ai déjà dit, et je te le répète, Si tu veux que je t'aime, Arcas Fais ce que je souhaite, Et ne réplique pas.
Arcas
Hé bien, je suivrai ton envie, J'en veux faire toujours ma loi ; La peur de te déplaire est mon plus grand effroi : Je crains peu d'exposer ma vie, Je ne puis hasarder rien qui ne soit à toi.
Choeur de Combattants
Avançons, avançons ; que rien ne nous étonne ; Frappons, perçons, frappons, qu'on n'épargne personne ; Il faut périr, il faut périr, Il faut vaincre, ou mourir.
Scène 6
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE, Choeur de Combattants, Aeglé, Un Combattant
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE
Prions, prions la déesse De nous dégager Du danger Qui nous presse Prions, prions la déesse.
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE
Prions, prions, la déesse.
Choeur de Combattants
Mourez, mourez, perfides cours, Tombez sous les coups des vainqueurs.
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE
Dieux ! Quelle barbarie !
Aeglé
Entendrons-nous toujours ces horribles clameurs ?
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE
Dieux ! Quelle barbarie !
Choeur de Combattants
Mourez, mourez, perfides cours, Tombez sous les coups des vainqueurs.
Un Combattant
Sauve un malheureux qui te prie. Ah je meurs ! Ah je meurs !
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE
Dieux ! Quelle barbarie !
Un Combattant
Ah je meurs ! Ah je meurs ! Sauve un malheureux qui te prie.
Choeur de Combattants
Mourez, mourez, perfides cours, Tombez sous les coups des vainqueurs.
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE
Ô Minerve ! Arrêtez la cruelle furie Qui désole notre patrie : Écartez loin de nous la guerre et ses horreurs ; Ciel ! Épargnez le sang, contentez-vous de pleurs,
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE
Ciel ! Épargnez le sang, contentez-vous de pleurs.
Choeur de Combattants
Liberté, liberté. Victoire, victoire, victoire. Courons, courons tous à la gloire. Combattons avec fermeté. Défendons notre liberté. Liberté, liberté. Emportons la victoire. Victoire, victoire, victoire. Liberté, liberté. Victoire, victoire, victoire.
Scène 7
Roi, LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE, Tous
Roi
Les mutins sont vaincus, leurs chefs sont immolés, Leur vaine espérance est détruite. Tous les peuples voisins qu'ils avaient appelés Sont dans nos fers, ou sont en fuite.
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE
Rendons grâces aux dieux.
ensemble
Tous
Rendons grâces aux dieux.
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE
Puisque le juste ciel à nos voeux est propice, Allons, empressons-nous d'offrir un sacrifice À la divinité qui protège ces lieux. Rendons grâces aux dieux.
Tous
Rendons grâces aux dieux.
Scène 8
Roi, Aeglé
Roi
Cessez, charmante, AEglé, de répandre des larmes, Commençons après tant d'alarmes À jouir d'un destin plus doux : Puisque je vois mon trône affermi par les armes, J'y veux joindre de nouveaux charmes En le partageant avec vous.
Aeglé
Avec moi ! Vous ! Seigneur !
Roi
Que votre trouble cesse. C'est peut-être, un peu tard vouloir plaire à vos yeux, Je ne suis plus au temps de l'aimable jeunesse, Mais je suis, roi, belle princesse, et roi victorieux. Faites grâce à mon âge en faveur de ma gloire, Voyez le prix du rang qui vous est destiné : La vieillesse sied bien sur un front couronné, Quand on y voit briller l'éclat de la victoire. Parlez charmante AEglé, parlez à votre tour.
Aeglé
Depuis que j'ai perdu mon père Vos soins ont prévenu mes voeux dans votre cour. Je dois vous respecter, Seigneur, je vous révère...
Roi
Vous parlez de respect quand je parle d'amour.
Aeglé
Mais votre foi, Seigneur, à Médée est promise ?
Roi
Je sais que lorsqu'on la méprise On s'expose aux fureurs de ses ressentiments. Toute la nature est soumise À ses affreux commandements, L'enfer la favorise, Elle confond les éléments, Le ciel même est troublé par ses enchantements. Mais j'ai fait élever en secret dans Trézene Un fils qui peut m'ôter de peine : Je veux qu'en épousant Medée au lieu de moi, Il dégage ma foi.
Aeglé
Mais si malgré vos soins, Médée ambitieuse, Ne s'attache qu'au rang que vous me présentez ?
Roi
Que vous êtes ingénieuse À trouver des difficultés ! Que Médée en fureur, s'arme, menace, tonne, Il faut que ma main vous couronne Quand il m'en coûterait et l'empire, et le jour. Un grand cour qui se sent animé par l'amour Ne doit jamais trouver de péril qui l'étonne. J'atteste Minerve à vos yeux, J'atteste le maître des cieux, Et sa foudroyante justice...
Aeglé
Tout est prêt pour le sacrifice Chacun s'avance dans ces lieux, Rendons grâces aux dieux.
Scène 9
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE, Choeur de Prêtresses de Minerve
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE
Cet empire puissant que votre soin conserve Vient reconnaître ici votre divin secours, Favorable Minerve ! Protégez-nous toujours.
Choeur de Prêtresses de Minerve
Favorable Minerve ! Protégez-nous toujours.
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE
Le péril était redoutable : Mais vous nous inspirez un courage indomptable Qui de notre malheur a détourné le cours, Ô Pallas favorable ! Protégez-nous toujours.
Choeur de Prêtresses de Minerve
Ô Pallas favorable ! Protégez-nous toujours.
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE
Il faut profiter Du bonheur de nos armes. C'est trop écouter Le bruit des alarmes, Le cours de nos larmes Se doit arrêter, Songeons à goûter Un sort plein de charmes ; Il faut profiter Du bonheur de nos armes.
Choeur de Prêtresses de Minerve
Chantez tous en paix, Chantez la victoire, Et que la mémoire En vive à jamais : Chantez les attraits Dont brille la gloire ; Chantez tous en paix, Chantez la victoire.
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE
Le calme est bien doux Après un grand orage. La gloire est pour nous, La honte et la rage Seront le partage Des voisins jaloux : Tout cède à nos coups, Tout cède au courage : Le calme est bien doux Après un grand orage.
Choeur de Prêtresses de Minerve
Chantons tour à tour Dans ces lieux aimables, Des dieux favorables Y font leur séjour : Les seuls traits d'amour Y sont redoutables : Chantons tour à tour Dans ces lieux aimables.
Scène 10
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE, Choeurs
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE
Ô Minerve savante ! Ô guerrière Pallas ! Que par votre faveur puissante Une félicité charmante Nous offre chaque jour mille nouveaux appas, Ô Minerve savante ! Ô guerrière Pallas !
Choeurs
Animez nos cours, et nos bras, Rendez la victoire constante, Conduisez nos soldats, Partout, devant leurs pas, Jetez le trouble et l'épouvante ; Ô Minerve savante ! Ô guerrière Pallas !
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE
Souffrez qu'un jeu sacré dans ces lieux vous présente Une image innocente De guerre et de combats.
On forme un combat à la manière des anciens.
Choeurs
Ô Minerve savante ! Ô guerrière Pallas !
Choeurs
Que la guerre sanglante Passe en d'autres états, Ô Minerve savante ! Ô guerrière Pallas ! Que la foudre grondante Détourne ses éclats : Ô Minerve savante ! Ô guerrière Pallas !
LA GRANDE PRÊTRESSE de MINERVE
Puissions-nous voir toujours Athènes triomphante, Puisse son roi vainqueur des plus grands potentats La rendre heureuse et florissante.
Choeurs
Ô Minerve savante ! Ô guerrière Pallas !
Acte II
Scène 1
Médée, Dorine
Le théâtre change et représente le Palais d'AEgée roi d'Athènes.
Médée
Doux repos, innocente paix, Heureux, heureux un coeur qui ne vous perd jamais ! L'impitoyable amour m'a toujours poursuivie ; N'était-ce point assez des maux qu'il m'avait faits ! Pourquoi ce dieu cruel avec de nouveaux traits Vient-il encor troubler le reste de ma vie ? Doux repos, innocente paix, Heureux, heureux un coeur qui ne vous perd jamais !
Dorine
Recommencez d'aimer, reprenez l'espérance ; Thésée est un héros charmant, Méprisez en l'aimant L'ingrat Jason qui vous offense. Il faut par le changement Punir l'inconstance, C'est une douce vengeance De faire un nouvel amant.
Médée
La gloire de Thésée à mes yeux paraît belle, On l'a vu triompher dés qu'il a combattu ; Le destin de Médée est d'être criminelle, Mais son cour était fait pour aimer la vertu.
Dorine
Le dépit veut que l'on s'engage Sous de nouvelles lois, Quand on s'abuse au premier choix ; On n'est pas volage Pour ne changer qu'une fois.
Médée
Un tendre engagement va plus loin qu'on ne pense ; On ne voit pas, lorsqu'il commence, Tout ce qu'il doit coûter un jour : Mon cour aurait encor sa première innocence S'il n'avait jamais eu d'amour. Mon frère et mes deux fils ont été les victimes De mon implacable fureur ; J'ai rempli l'univers d"horreur, Mais le cruel amour a fait seul tous mes crimes.
Dorine
Espérez de former de plus aimables noeuds. Une cruelle expérience Vous apprend que l'amour est un mal dangereux ; Mais l'ennuyeuse indifférence Ne rend pas un coeur plus heureux. Aimez, aimez Thésée, aimez sa gloire extrême.
Médée
Mais qui me répondra qu'il m'aime ?
Dorine
Peut-il trouver un sort plus beau ?
Médée
Peut-être que mon cour cherche un malheur nouveau. Mon dépit, tu le sais, dédaigne de se plaindre : Il est difficile à calmer, S'il venait à se rallumer, Il faudrait du sang pour l'éteindre.
Dorine
Que ne peut point Médée avec l'art de charmer ? Que puis-je ? Hélas ! Parlons sans feindre. Les enfers quand je veux sont contraints à s'armer, Mais on ne force point un coeur à s'enflammer ; Mes charmes les plus forts ne sauraient l'y contraindre, Ah je n'en ai que trop pour forcer à me craindre, Et trop peu pour me faire aimer.
Scène 2
Roi, Médée
Roi
Je vois le succès favorable Des soins que vous m'avez promis, Médée et son art redoutable Ont gardé ce palais contre mes ennemis. J'ai différé longtemps de tenir ma promesse, Je devrais être votre époux.
Médée
L'hymen n'a rien qui presse Ni pour moi, ni pour vous.
Roi
Vous pouvez sans chagrin souffrir que je diffère. Avec un époux plein d'appas L'hymen a de la peine à plaire ; Quelle peur ne doit-il pas faire Quand l'époux ne plaît pas ? Désormais sans péril je puis faire paraître Un fils que dans ma cour je n'osais reconnaître. Il peut venir dans peu de temps.
Médée
Laissons-là votre fils, Seigneur, je vous entends La jeune AEglé vous paraît belle, Chaque jour, je m'en aperçois ; Si vous m'abandonnez pour elle, Thésée est seul digne de moi.
Roi
Ne nous piquons point de constance ; Consentons à nous dégager. Goûtons d'intelligence La douceur de changer.
Médée
Quand on suit une amour nouvelle, C'est une trahison cruelle De laisser dans l'engagement Un cour tendre et fidèle ; Mais rien n'est si charmant Qu'une inconstance mutuelle.
Roi
Heureux deux amants inconstants, Quand ils le sont en même temps.
Scène 3
Arcas, Roi
Arcas
Seigneur, songez à vous.
Roi
Quel malheur nous menace ?
Arcas
Thésée est si puissant qu'il peut vous alarmer, Ses glorieux exploits charment la populace, Au lieu d'un héritier qui manque à votre race, Pour votre successeur on le veut proclamer.
Roi
Il faut arrêter cette audace.
Scène 4
Dorine, Arcas
Dorine
Demeure, écoute un mot, Arcas.
Arcas
Mon devoir près du roi m'appelle, Il faut que je suive ses pas.
Dorine
Autrefois tu m'étais fidèle, Tu jurais de m'aimer d'une ardeur éternelle.
Arcas
Nous sommes dans un temps de trouble et de combats.
Dorine
Cléone a des appas, On te voit souvent avec elle, N'est-ce point une amour nouvelle Qui fait ton embarras ? Tu rougis ? Tu ne réponds pas ?
Arcas
Mon devoir près du roi m'appelle, Il faut que je suive ses pas.
Scène 5
Dorine
Dorine
C'est donc là tout le prix d'une amour trop sincère. N'aimons jamais, ou n'aimons guère : Il est dangereux d'aimer tant, Ce n'est pas le plus sûr pour plaire. Bien souvent on croit faire Un amant heureux et content, Et l'on ne fait qu'un inconstant.
Scène 6
Peuples, Dorine
Peuples
Régnez, héros indomptable ; Régnez rendez nous heureux.
Dorine
Le peuple vient ici. Sa faveur est semblable Au transport des cours amoureux ; L'ardeur des plus grands feux N'est pas la plus durable.
Peuples
Régnez, héros indomptable, Rendez, rendez-nous heureux.
Scène 7
Choeur, Deux Vieillards Athéniens, Thésée
La populace d'Athènes se réjouit de la victoire que la valeur de Thésée vient de remporter, et le veut proclamer pour successeur d'Aegée.
Choeur
Que l'on doit être Content d'avoir un maître Vainqueur des plus grands rois ! Que l'on entende Chanter partout ses exploits : Joignons nos voix. Que toujours il nous défende, Qu'il triomphe, qu'il commande, Qu'il jouisse des douceurs De régner sur tous les cours.
Deux Vieillards Athéniens
Pour le peu de bon temps qui nous reste Rien n'est si funeste Qu'un noir chagrin. Le plaisir se présente, Chantons quand on chante, Vivons au gré du destin. L'affreuse vieillesse Qui doit voir sans cesse La mort s'approcher, Trouve assez la tristesse Sans la chercher. Achevons nos vieux ans sans alarmes ; La vie a des charmes Jusqu'à la fin. Le plaisir se présente, Chantons quand on chante, Vivons au gré du destin. L'affreuse vieillesse Qui doit voir sans cesse La mort s'approcher, Trouve assez la tristesse Sans la chercher.
Choeur
Que la victoire Le comble ici de gloire ; Suivons, aimons ses lois. Que l'on entende Chanter partout ses exploits : Joignons nos voix. Que toujours il nous défende, Qu'il triomphe, qu'il commande, Qu'il jouisse des douceurs De régner sur tous les cours.
Les peuples se retirent. Thésée veut entrer dans l'appartement du roi, Médée en sort qui arrête Thésée.
Thésée
C'est assez, amis, c'est assez, Allez, et que chacun en bon ordre se rende Aux endroits qu'au besoin il faudra qu'il défende : Allez, je suis content de vos soins empressés, Si vous voulez que je commande, Allez, allez, obéissez.
Scène 8
Médée, Thésée
Thésée passe dans l'appartement de Médée.
Médée
Thésée où courez-vous ? Que prétendez-vous faire ?
Thésée
Chercher le roi, le voir, et calmer sa colère.
Médée
Le roi souffrira-t-il que vous donniez la loi ?
Thésée
Il n'aura pas lieu de se plaindre, Si l'on a trop d'ardeur pour moi, C'est un feu que j'ai soin d'éteindre.
Médée
Vous êtes de trop bonne foi ; Quand on a fait trembler un roi, Apprenez qu'on en doit tout craindre.
Thésée
Sans un charme puissant qui m'attache à sa cour J'irais chercher ailleurs une guerre nouvelle. La gloire m'enflamma dès que je vis le jour, Tout mon cour était fait pour elle ; Mais dans un jeune cour, la gloire la plus belle Fait aisément place à l'amour.
Médée
Un peu d'amoureuse tendresse Sied bien aux plus fameux vainqueurs ; Si l'amour est une faiblesse, C'est la faiblesse des grands cours. Parlez, que rien ne vous alarme J'obligerai le roi de vous tout accorder.
Thésée
C'est la belle AEglé qui me charme, Elle est l'unique prix que je veux demander.
Médée
C'est AEglé ? Dites-vous, AEglé, qui vous engage ?
Thésée
Je sais que la grandeur a pour vous des attraits, Régnez avec le roi, régnez tous deux en paix, AEglé, l'aimable AEglé, n'est qu'un trop beau partage.
Médée
Je crains pour votre amour un obstacle fatal.
Thésée
Si Médée est pour moi qui peut m'être contraire ?
Médée
Vous avez le roi pour rival.
Thésée
Malgré sa foi promise, AEglé pourrait lui plaire ?
Médée
Laissez-moi voir AEglé, laissez-moi voir le roi, Vous connaîtrez bientôt les soins que je vais prendre Allez, allez, m'attendre, Et fiez-vous à moi.
Scène 9
Médée
Médée
Dépit mortel, transport jaloux, Je m'abandonne à vous. Et toi, meurs pour jamais, tendresse trop fatale ; Que le barbare amour, que j'avais cru si doux, Se change dans mon cour en furie infernale. Dépit mortel, transport jaloux, Je m'abandonne à vous. Inventons quelque peine affreuse, et sans égale : Préparons avec soin, nos plus funestes coups. Ah ! Si l'ingrat que j'aime échappe à mon courroux, Au moins, n'épargnons pas mon heureuse rivale. Dépit mortel, transport jaloux, Je m'abandonne à vous.
Acte III
Scène 1
Cléone, Aeglé
Cléone
Vous allez voir bientôt votre amant dans ces lieux.
Aeglé
Je le verrai victorieux. Après de mortelles alarmes Qu'un bienheureux retour est doux pour les amants ! L'amour s'accroît par les tourments, Les biens qu'il fait payer avec le plus de larmes N'en deviennent que plus charmants.
Cléone
Thésée est triomphant, chacun le veut pour maître.
Aeglé
Ne verrai-je point paraître Un si glorieux vainqueur ? Il négligera peut-être La conquête de mon cour.
Cléone
On n'est pas inconstant pour aimer la victoire. Si le passage est beau de l'amour à la gloire, Rien n'est si doux que le retour De la gloire à l'amour.
Aeglé
Non, son amour n'est point extrême : Faut-il qu'il trouve ailleurs tant de soins importants ? Il n'ignore pas que je l'aime, Il doit songer que je l'attends.
Aeglé
La gloire n'est que trop pressante, Un héros doit la suivre avec empressement ; Mais dès que la gloire est contente, L'amour doit promptement Ramener un amant.
Scène 2
Arcas, Aeglé, Cléone
Arcas
Le roi m'ordonne de vous dire Qu'il vous fera bientôt régner : Rien ne trouble plus son empire... Vous tremblez ? Votre cour soupire ? Le roi tout vieux qu'il est n'est pas à dédaigner. Lorsque par le feu du bel âge Un jeune cour se sent pressé, Dans une ardente amour sans effort on l'engage : On triomphe bien davantage Quand on enflamme un coeur que les ans ont glacé.
Aeglé
Si tu connais, Arcas, le trouble qui me presse, Ne va point découvrir la peine où tu me vois.
Cléone
Si tu veux m'obliger oblige la princesse : Fais, s'il se peut par ton adresse Que le roi tourne ailleurs son choix.
Arcas
Tu me donnes toujours d'assez fâcheux emplois.
Aeglé
Il n'est point de grandeur charmante Sans l'amour et sans ses douceurs : Rien ne plaît, rien n'enchante, Sans l'amour et sans ses douceurs : Rien ne contente Les jeunes cours Sans l'amour et sans ses douceurs : Il n'est point de grandeur charmante Sans l'amour et sans ses douceurs.
Scène 3
Médée, Aeglé
Médée
Princesse savez-vous ce que peut ma colère Quand on l'oblige d'éclater ?
Aeglé
Je prétends ne rien faire Qui vous doive irriter.
Médée
Et n'est-ce rien que de trop plaire ?
Aeglé
Je renonce à l'hymen du roi Si je lui plais, c'est malgré moi. Ce n'est point dans le rang suprême Qu'on trouve les plus doux appas, Et souvent un bonheur extrême Est plus sûr dans un rang plus bas.
Médée
Vous aimez donc Thésée ? Ah ! N'en rougissez pas, Il n'est que trop digne qu'on l'aime. Je m'intéresse en votre amour ; Parlez, vous connaîtrez mon cour à votre tour.
Aeglé
J'avais toujours bravé l'amour et sa puissance Avant que d'avoir vu ce glorieux vainqueur ; Mais la gloire et l'amour tous deux d'intelligence Ne sont que trop puissants pour vaincre un jeune cour. Que votre soin au mien réponde, J'espère que le roi deviendra votre époux : Régnez par son hymen dans une paix profonde, Laissez-moi ce héros, mon sort est assez doux ; Quand vous posséderiez tout l'empire du monde, Mon cour n'en serait point jaloux.
Médée
Mais enfin, si le roi commande, Vous êtes soumise à sa loi.
Aeglé
Ma vie est au pouvoir du roi, Et je veux bien qu'elle en dépende : Mais c'est en vain qu'il demande Un cour qui n'est plus à moi.
Médée
Vous m'en avez trop dit, il est temps qu'entre nous La confidence soit égale. Il faut vous dégager d'une chaîne fatale.
Aeglé
La mort, la seule mort rompra des noeuds si doux.
Médée
Je veux que dés demain le roi soit votre époux : Vous aimez un héros qui ne peut être à vous, Et Médée est votre rivale ; Prenez soin d'éviter mon funeste courroux.
Aeglé
Nos deux cours sont unis par un amour fidèle.
Médée
En dépit de l'amour je les veux diviser.
Aeglé
La chaîne qui nous lie est si forte et si belle.
Médée
J'aurai plus de plaisir si je la puis briser.
Aeglé
Non, j'aime mieux la mort qu'une lâche inconstance, Tout l'enfer à mes yeux n'aura rien de si noir ; Malgré Médée et sa vengeance, Mon amour fera son devoir.
La scène change, et représente un désert épouvantable rempli de monstres furieux.
Médée
Voyons si votre amour est tel qu'il veut paraître, Puisque vous le voulez vous allez me connaître : Je vais vous faire voir Ce que c'est que Médée et quel est son pouvoir.
Scène 4
Aeglé, Cléone, Arcas
Aeglé
Dieux ! Où sommes nous !
Cléone
Que d'objets horribles !
Arcas
Quels monstres terribles !
Aeglé
Quel affreux courroux !
Aeglé
Dieux ! Où sommes-nous !
Aeglé
Me laissez-vous, cruelle, Dans cette horreur mortelle ? Ah cruelle ! Où me laissez-vous ?
Aeglé
Dieux ! Où sommes nous ?
Scène 5
Cléone, Arcas, Dorine
Cléone
Contre ce monstre qui m'alarme Viens me défendre Arcas.
Un fantôme emporte l'épée d'Arcas.
Arcas
Ne crains rien avant mon trépas. Ô ciel ! On me désarme ! Tu peux beaucoup ici, belle Dorine, hélas ! Ne l'abandonne pas.
Cléone
Belle, Dorine, hélas ! Ne m'abandonne pas. Ne l'abandonne pas.
Dorine
Il est bon d'être nécessaire ; C'est un charme puissant pour plaire Où peu de cours ont résisté : Un grand secours qu'on espère Est un grand trait de beauté.
Arcas
Ce n'est pas d'aujourd'hui que je te trouve belle.
Cléone
Où pourrait-il voir plus d'attraits ?
Dorine
Je sais trop votre amour nouvelle.
Cléone
Non, non, je le promets, Non, je ne l'aimerai jamais.
Dorine
Pour se tirer de peine Chacun promet assez ; Mais la promesse est vaine Lorsque les périls sont passés.
Cléone
Ne doute point de ma promesse.
Dorine
Non, je ne prétends point regagner désormais D'un si volage amant la trompeuse tendresse ; Non, non, je le promets ; Non, je ne l'aimerai jamais.
Cléone
Non, non, je le promets, Non, je ne l'aimerai jamais.
Scène 6
Médée, Cléone
Médée
Qu'on ne me trouble point, qu'on leur ouvre un passage. C'est sur d'autres que vous que doit tomber ma rage, Fuyez de ce funeste lieu.
Cléone
Adieu, Dorine, adieu.
Scène 7
Médée, CHOEUR des habitants des Enfers
Médée
Sortez, ombres, sortez de la nuit éternelle. Voyez le jour pour le troubler. Hâtez-vous d'obéir quand ma voix vous appelle, Que l'affreux désespoir, que la rage cruelle Prennent soin de vous assembler. Sortez, ombres, sortez de la nuit éternelle.
CHOEUR des habitants des Enfers
Sortons de la nuit éternelle.
Médée
Venez peuple infernal, venez, Avancez malheureux coupables, Soyez aujourd'hui déchaînés : Goûtez l'unique bien des cours infortunés, Ne soyons pas seuls misérables.
CHOEUR des habitants des Enfers
Goûtons l'unique bien des cours infortunés, Ne soyons pas seuls misérables.
Médée
Redoublez en ce jour le soin que vous prenez De mes vengeances redoutables.
CHOEUR des habitants des Enfers
Ordonnez, ordonnez.
Médée
Ma rivale m'expose à des maux effroyables ; Qu'elle ait part aux tourments qui vous sont destinés : Tous les enfers impitoyables Auront peine à former des horreurs comparables Aux troubles qu'elle m'a donné : Goûtons l'unique bien des cours infortunés, Ne soyons pas seuls misérables.
Les habitants des enfers expriment la douceur qu'ils trouvent dans les ordres que Médée leur donne de donner des frayeurs, et de faire de la peine à Aeglé.
CHOEUR des habitants des Enfers
Goûtons l'unique bien des cours infortunés, Ne soyons pas seuls misérables. On nous tourmente Sans cesse aux enfers, Que l'on ressente Nos feux et nos fers. Tout doit se troubler, Tout doit trembler. La colère Ne laisse jamais Nos cours en paix ; Les plaintes qu'on peut faire Nous doivent toujours plaire, Et nous ne plaignons guère Les yeux qui sont en pleurs : Dans la rage, Les maux qu'on partage Ne sont pas sans douceurs. On nous déchaine, Suivons nos fureurs ; Dans notre peine Troublons tous les cours. Un grand désespoir Est doux à voir. La colère Ne laisse jamais Nos cours en paix ; Les plaintes qu'on peut faire Nous doivent toujours plaire, Et nous ne plaignons guère Les yeux qui sont en pleurs : Dans la rage, Les maux qu'on partage Ne sont pas sans douceurs.
Scène 8
CHOEUR des habitants des Enfers, Aeglé
Les habitants des enfers épouvantent AEglé. Elle les fuit, et ils la suivent.
CHOEUR des habitants des Enfers
Que tout frémisse : Qu'avec nous tout gémisse : Quelle douceur de voir souffrir !
Aeglé
Ah quel effroyable supplice ! Faites-moi promptement mourir.
CHOEUR des habitants des Enfers
Que tout frémisse : Qu'avec nous tout gémisse : Quelle douceur de voir souffrir !
Acte IV
Scène 1
Aeglé, Médée
Thésée endormi descend conduit par des spectres volants.
Aeglé
Cruelle, ne voulez-vous pas Faire cesser ma peine ? Au moins achevez, inhumaine, Achevez mon trépas.
Médée
Satisfaites le roi, contentez mon envie, Si vous voulez sortir de cet affreux sejour.
Aeglé
Hélas ! Laissez-moi mon amour, Prenez plutôt ma vie.
Médée
Ma rage en vous perdant ne peut être assouvie, C'est grâce, c'est pitié de vous ôter le jour.
Aeglé
Vous aurez beau me poursuivre, Vous aurez beau m'alarmer, Ce n'est qu'en cessant de vivre Que je puis cesser d'aimer.
Médée
Achevez de savoir de quoi je suis capable ; La plus horrible mort n'a rien de comparable Au coup qui vous menace en ce fatal instant : Moi-même j'en frémis tant il est effroyable.
Aeglé
Est-ce un crime si punissable D'avoir un coeur tendre et constant ?
Médée
Il n'est que trop aisé de percer un coeur tendre : Toute ma rage enfin va paraître à vos yeux.
Aeglé
Quel spectacle vient me surprendre ? C'est Thésée endormi qu'on transporte en ces lieux.
Scène 2
Médée
Les furies sortent tenant un tison ardent d'une main, et un couteau de l'autre.
Médée
Venez à mon secours implacables furies. Que le sang innocent recommence à couler ; Il faut encor nous signaler Par de nouvelles barbaries, Venez à mon secours implacables furies.
Scène 3
Aeglé, Médée
Les furies rentrent dans les enfers, le théâtre change, et représente une île enchantée.
Aeglé
Faut-il voir contre moi tous les enfers armés ?
Médée
Tremblez en apprenant quel est votre supplice. Votre amant va périr, c'est vous qui m'animez À m'en faire à vos yeux un affreux sacrifice.
Aeglé
Vous pouvez vouloir qu'il périsse ? Et vous dites que vous l'aimez ?
Elle parle aux furies.
Médée
Il faut voir qui des deux l'aimera davantage, Plutôt que le céder, j'aime mieux que la mort En fasse entre nous le partage, Et l'amour n'en est que plus fort Quand il passe jusqu'à la rage. Dépêchez, achevez votre sanglant ouvrage.
Aeglé
Arrêtez, retenez leurs coups, J'épouserai le roi, je suivrai votre envie : Je cède ce héros, que son cour soit à vous, Rien ne m'est si cher que sa vie.
Médée
Mais aurez-vous bien le pouvoir De lui paraître ingrate, insensible, volage ?
Aeglé
C'est lui faire un cruel outrage, J'aimerais mieux ne le point voir.
Médée
Non il faut lui montrer une âme déloyale Qui l'immole sans peine à la grandeur royale Tandis que je feindrai d'agir en sa faveur : Enfin je veux gagner son cour Par le secours de ma rivale.
Aeglé
Dieux ! Quelle contrainte fatale !
Médée
Pour le prix de ses jours attirez ses mépris, Ou je vais...
Aeglé
Non, qu'il vive, il n'importe à quel prix : Je veux tout, je puis tout pour sauver ce que j'aime ; Mon amour vous promet de se trahir lui-même.
Médée
Cessez donc de trembler : voyez en un moment Changer ces lieux affreux en un séjour charmant.
Scène 4
Médée, Thésée
Médée
Voyez ce que j'ai soin de faire Pour un trop malheureux amant.
Thésée
Où suis-je ? Et d'où me vient ce nouvel ornement ?
Médée
J'ai voulu vous aider à plaire.
Thésée
Mon épée ! Ah rendez-la moi.
Médée
On va vous l'apporter. Si vous craignez le roi, Je serai vos plus fortes armes.
Il aperçoit AEglé.
Thésée
Après tout ce que je vous dois... Est-ce vous ? Ma princesse, est-ce vous que je vois ? Mais où détournez-vous vos regards pleins de charmes ?
Médée
Quoy ? Vous ne tournez pas les yeux Sur un amant si glorieux ?
Thésée
Belle AEglé, dites-moi, quel crime ai-je pu faire ?
Médée
N'appreéhendez-vous point qu'on ose se venger ?
Thésée
Non, elle aura beau m'outrager, Elle me sera toujours chère.
Médée
Tant d'amour ne vous touche pas ? Ingrate, croyez-vous qu'un trône ait plus d'appas ?
Thésée
Vous m'aviez tant promis de n'être point légère ?
Médée
De quoi ne vient point à bout Un roi qui veut plaire ? La constance ne tient guère Contre un amant qui peut tout. Le roi doit redouter que mon dépit n'éclate : Pour regagner son cour, je vais encor le voir. Essayez, cependant, d'attendrir cette ingrate : Si tous nos soins unis ne peuvent l'émouvoir, Votre amour seul peut-être aura plus de pouvoir.
Scène 5
Thésée, Aeglé
Thésée
AEglé ne m'aime plus, et n'a rien à me dire ? Qu'avez-vous fait des noeuds que l'amour fit pour nous ? Quoi pour les briser tous. Un jour, un seul jour peut suffire ? J'aurais abandonné le plus puissant empire Pour garder des liens si doux.
Aeglé
Cessez d'aimer une volage ; Servez-vous de votre courage Pour chercher un plus heureux sort.
Thésée
Je ne m'en servirai que pour chercher la mort. Si la belle AEglé m'est ravie Je ne prétends plus rien : Je perds l'unique bien Qui m'aurait fait aimer la vie.
Aeglé
Hélas !
Thésée
Ah ! Quel soupir échappe à votre cour !
Aeglé
Ce soupir échappé n'est que pour la grandeur.
Thésée
Vos beaux yeux répandent des larmes ?
Aeglé
Non, non, sans m'attendrir je verrai vos douleurs.
Thésée
Vous voulez me cacher vos pleurs ? Pourquoi m'en dérober les charmes ?
Aeglé
Ah ! Que vous me donnez de mortelles alarmes ? On vous a peut-être entendu Thésée, et vous êtes perdu.
Thésée
On ne nous entend point, non, ma belle princesse, Si vous m'aimez toujours ne craignez rien pour moi.
Aeglé
Que nous payerons cher l'excès de ma tendresse ? Il y va de vos jours, j'épouserai le roi.
Thésée
C'est trop appréhender que le roi ne s'irrite. Il faut vous dire tout, l'amour m'en sollicite ; Je suis fils du roi,
Aeglé
Vous, seigneur !
Thésée
Je n'ai montré d'abord que ma seule valeur, C'était à mon propre mérite Que je voulais devoir ma gloire et votre cour.
Aeglé
Le roi, le monde entier prendraient en vain les armes, Il n'est rien de si fort que Médée, et ses charmes, Nous sommes les objets de ses transports jaloux. S'ils n'en voulaient qu'à moi je les braverais tous, Mais ils m'ont su frapper par où je suis sensible.
Thésée
Quoi, le roi sera votre époux ?
Aeglé
Je ne puis vous sauver sans cet hymen horrible.
Thésée
Laissez armer plutôt tout l'enfer en courroux ; Le trépas est cent fois plus doux Qu'un secours si terrible ; Vivez pour moi, s'il est possible, Ou laissez-moi mourir pour vous.
Aeglé
Quel injustice ! Que de tourments ! Ah quel supplice De briser des noeuds si charmants !
Scène 6
Médée, Aeglé, Thésée
Médée
Finissez vos regrets, c'est trop, c'est trop vous plaindre, Je viens d'entendre tout il n'est plus temps de feindre.
Aeglé
Pardonnez à l'amour qui ne m'a pas permis De tenir ce que j'ai promis.
Thésée
Vengez-vous sur moi seul de notre amour extrême.
Aeglé
C'est par mon seul trépas qu'il faut nous désunir.
Thésée
Sa vie est la faveur que je veux obtenir.
Aeglé
Conservez ce héros, sauvez-le pour vous-même.
Aeglé
Épargnez ce que j'aime, C'est moi, c'est moi qu'il faut punir.
Médée
Je vous aime, Thésée, et vous l'allez connaître, Le crime enfin commence à me paraître affreux, Je respecte de si beaux noeuds, Ma rage a beau s'armer, vous en êtes le maître ; Votre vertu m'inspire un dépit généreux, Je rendrai ce que j'aime heureux Puisque mon amour ne peut l'être.
Aeglé
Quel bonheur surprenant pour nos cours amoureux !
Thésée reprend son épée. Médée continue.
Médée
Espérez tout de mon secours. Vous pouvez reprendre vos armes. Gardez vos tendres amours, Goûtez-en les charmes, Aimez sans alarmes, Aimez-vous toujours.
Aeglé
Gardons nos tendres amours, Goûtons-en les charmes, Aimons sans alarmes, Aimons-nous toujours.
Médée
Habitants fortunés de ces lieux si charmants ; Commencez les plaisirs de ces heureux amants.
Scène 7
Deux Bergères, Deux Autres Bergères Chantent, Un Des Habitants De L'île Enchantée, Choeur
Les habitants de l'île enchantée forment des danses galantes sur l'air de la chanson des bergères.
Les habitants de l'île enchantée dansent sur l'air de la chanson des bergères, qui est joué par des instruments champêtres. Un des habitants de l'île enchantée chante au milieu de tous les autres, qui s'assemblent autour de lui, pour chanter, et pour danser.
chantent ensemble
Deux Bergères
Que nos prairies Seront fleuries ! Les cours glacés Pour jamais en sont chassés. Ces lieux tranquilles Sont les asiles Des doux plaisirs, Et des heureux loisirs : La terre est belle, La fleur nouvelle Rit aux zéphirs. Que nos prairies Seront fleuries ! Les cours glacés Pour jamais en sont chassés. C'est dans nos bois Qu'amour a fait ses lois : Leur vert feuillage Doit toujours durer, Un cour sauvage N'y doit point entrer. Que nos prairies Seront fleuries ! Les cours glacés Pour jamais en sont chassés. La seule affaire D'une bergère C'est de songer À l'amour de son berger. Lorsqu'il la mène, Bien qu'elle prenne De longs détours, Tous les chemins sont courts : Sa bergerie Est moins chérie Que ses amours. La seule affaire D'une bergère C'est de songer À l'amour de son berger. Quand son amant La quitte un seul moment, Nos champs pour elle N'ont plus d'autre bien, Elle en querelle Jusques à son chien. La seule affaire D'une bergère C'est de songer À l'amour de son berger.
ensemble
Deux Autres Bergères Chantent
Aimons, tout nous y convie, On aime ici sans danger, Il est permis de changer, Chacun y suit son envie : Mais, heureux, cent, et cent fois, Un amant qui fait un choix Qui dure autant que sa vie ! Fuyons le bruit des villages, Fuyons l'éclat du grand jour, Les fruits charmants de l'amour Sont dans les sombres bocages. N'ayons point de peur des loups, Ne craignons que les jaloux Qui sont encor plus sauvages.
Première chanson.
Un Des Habitants De L'île Enchantée
Quel plaisir d'aimer Sans contrainte ! Nous pouvons former Des voeux sans crainte.
Choeur
Quel plaisir d'aimer Sans contrainte ! Nous pouvons former Des voeux sans crainte.
Un Des Habitants De L'île Enchantée
Jusques aux langueurs, Et jusqu'aux larmes, Pour les tendres cours Tout a des charmes.
Choeur
Jusques aux langueurs, Et jusqu'aux larmes, Pour les tendres cours Tout a des charmes.
Un Des Habitants De L'île Enchantée
C'est le plus discret Qui doit plaire ; Il faut du secret Et du mystère.
Choeur
C'est le plus discret Qui doit plaire ; Il faut du secret Et du mystère.
Un Des Habitants De L'île Enchantée
On dit les rigueurs De sa bergère, Mais pour les faveurs, On s'en doit taire.
Choeur
On dit les rigueurs De sa bergère, Mais pour les faveurs, On s'en doit taire.
Seconde chanson.
Un Des Habitants De L'île Enchantée
L'amour plaît malgré ses peines, L'amour plaît aux cours constants :
Choeur
L'amour plaît malgré ses peines, L'amour plaît aux cours constants :
Un Des Habitants De L'île Enchantée
On ne peut porter ses chaînes Assez tôt, ni trop longtemps.
Choeur
On ne peut porter ses chaînes Assez tôt, ni trop longtemps.
Un Des Habitants De L'île Enchantée
Sans amour, tout est sans âme, L'amour seul nous rend contents ;
Choeur
Sans amour, tout est sans âme, L'amour seul nous rend contents ;
Un Des Habitants De L'île Enchantée
On ne peut sentir sa flamme Assez tôt, ni trop longtemps.
Choeur
On ne peut sentir sa flamme Assez tôt, ni trop longtemps.
Acte V
Scène 1
Médée
Le théâtre change et représente un palais, que les enchantements de Médée font paraître, et où l'on voit les apprêts d'un superbe festin.
Médée
Ah faut-il me venger En perdant ce que j'aime ! Que fais-tu ma fureur, où vas-tu m'engager ? Punir ce cour ingrat c'est me punir moi-même, J'en mourrai de douleur, je tremble d'y songer, Ah faut-il me venger En perdant ce que j'aime ! Ma rivale triomphe, et me voit outrager : Quoi, laisser son amour sans peine, et sans danger ? Voir le spectacle affreux de son bonheur extrême ? Non, il faut me venger En perdant ce que j'aime.
Scène 2
Dorine, Médée
Dorine
Que Thésée est content de son bienheureux sort !
Médée
Dorine, c'en est fait, tout est prêt pour sa mort.
Dorine
Quoi ce grand appareil est sa mort qu'on prépare ? Le roi le doit choisir ici pour successeur ; Votre soin pour lui se déclare.
Médée
J'ai caché mon dépit sous ma feinte douceur ; La vengeance ordinaire est trop peu pour mon cour, Je la veux horrible et barbare. Je m'éloignais tantôt exprès pour tout savoir. Du secret de Thésée il faut me prévaloir, Le roi l'ignore encor, et pour me satisfaire Contre un fils inconnu j'arme son propre père : J'immolai mes enfants, j'osai les égorger ; Je ne serai pas seule inhumaine, et perfide, Je ne puis me venger À moins d'un parricide.
Scène 3
Médée, Roi
Médée
Ce vase par mes soins vient d'être empoisonné ; Vous n'aurez qu'à l'offrir... vous semblez étonné ?
Roi
Ce héros m'a servi, malgré moi je l'estime, Puis-je lui préparer un injuste trépas ?
Médée
L'espoir de votre amour, la paix de vos états, Tout dépend d'immoler cette grande victime. Contre un rival heureux faut-il qu'on vous anime ? La vengeance a bien des appas, Est-ce trop la payer s'il vous en coûte un crime ?
Roi
Je n'ai rien fait jusqu'à ce jour Qui puisse ternir ma mémoire ; Si près de mon tombeau faut-il trahir ma gloire ? Ne vaudrait-il pas mieux étouffer mon amour ?
Médée
Vous avez un fils à Trézene, Il faudra toujours l'éloigner : Votre peuple pour lui n'aura que de la haine, Il adore Thésée, il veut le voir régner. Laisserez-vous un fils sans nom, et sans empire, Tandis qu'un étranger jouira de son sort, Et peut-être osera s'assurer par sa mort...
Roi
Je cède aux sentiments que la nature inspire, Je me rends, l'amour seul n'était pas assez fort.
Médée
Que la vengeance A d'attraits pour des cours jaloux ! N'épargnons point qui nous offense, Vengeons-nous, vengeons-nous, L'amour même, n'est pas plus doux Que la vengeance.
Scène 4
Médée, Choeur, Roi, Thésée
Médée
Ne craignez rien parfaits amants Les plaisirs suivront vos tourments.
Choeur
Ne craignez rien parfaits amants Les plaisirs suivront vos tourments.
Médée
Recevez la récompence De votre constance.
Choeur
Ne craignez rien parfaits amants Les plaisirs suivront vos tourments.
Roi
Oublions le passé, ma colère est finie ; Puisqu'Athènes le veut je consens qu'après moi Ce héros soit un jour son légitime roi. Commençons la cérémonie. Qu'on apprenne à servir Thésée en souverain. Prenez ce vase de ma main.
Le roi considère avec étonnement l'épée de Thésée, et la reconnaît pour être celle qu'il a laissée pour servir un jour à la reconnaissance de son fils.
Thésée
Je jure sur ce fer qui m'a comblé de gloire, Que je vous servirai contre vos ennemis, Et que vous n'aurez point de sujet plus soumis...
Roi
Que vois-je ? Quelle épée ! Ah qui l'aurait pu croire ! Ô ciel ! J'allais perdre mon fils ! J'avais laissé ce fer pour ta reconnaissance, Mon fils, ah mon cher fils, où nous exposais-tu ?
Médée s'enfuit voyant Thésée reconnu par son père.
Thésée
Ce fer eût dans mes mains trahi votre espérance En vous montrant un fils qui n'eut point combattu, Sans prendre aucun secours d'une illustre naissance Je voulais éprouver jusqu'où va la vertu.
Scène 5
Roi, Thésée, Choeur
Roi
Ah ! Perfide Médée ! ... elle fuit l'inhumaine, Qu'on la poursuive, allez, ne la respectez plus ; Mais la poursuite en sera vaine, Elle sait des chemins qui nous sont inconnus !
Thésée
C'est assez d'éviter sa haine ; Soyons heureux, Seigneur : Notre parfait bonheur Suffira pour sa peine.
Roi
Notre parfait bonheur Suffira pour sa peine.
Roi
Je suis charmé de vos appas, Je ne m'en défends pas, Trop aimable AEglé, je vous aime ; Mais je veux être heureux dans un autre moi-même ; Mon rival m'est trop cher pour en être jaloux, Je reconnais mon fils à son amour extrême, C'est le sort de mon sang de s'enflammer pour vous. Que l'hymen prépare Des noeuds pleins d'attraits Soyez unis à jamais, Que l'amour répare Tous les maux qu'il vous a faits Soyez unis à jamais.
Choeur
Soyez unis à jamais.
Thésée
Les plus belles chaînes Coûtent des soupirs ; Il faut passer par les peines Pour arriver aux plaisirs.
Roi
Que l'hymen prépare Des noeuds pleins d'attraits.
Choeur
Soyez unis à jamais.
Roi
Que l'amour répare Tous les maux qu'il vous a faits.
Choeur
Soyez unis à jamais.
Scène 6
Médée
Dans le temps que Médée fuit, le palais paraît embrasé, et les mets du festin préparé se convertissent en des animaux horribles.
Médée
Vous n'êtes pas encor délivrés de ma rage : Je n'ai point préparé la pompe de ces lieux Pour servir au bonheur d'un amour qui m'outrage ; Je veux que les enfers détruisent mon ouvrage, C'est ainsi qu'en partant je vous fais mes adieux.
Scène 7
Choeur
Choeur
Secourez-nous, justes dieux ! Quelle flamme épouvantable ! Quels ennemis furieux ! Secourez-nous, justes dieux ! Une mort inévitable S'offre partout à nos yeux ! Secourez-nous, justes dieux !
Scène 8
Minerve, Choeur
Le théâtre change et représente un palais magnifique et brillant.
dans la gloire
Minerve
Vivez, vivez contents dans ces aimables lieux.
Choeur
Vivons, vivons contents dans ces aimables lieux.
Minerve
Bienheureux qui peut naître Sous un règne si glorieux ! Vivez, vivez contents dans ces aimables lieux. Vivons, vivons contents dans ces aimables lieux. Un roi digne de l'être Est le don le plus grand des cieux. Vivez, vivez contents dans ces aimables lieux. Vivons, vivons contents dans ces aimables lieux.
Scène 9
Toutes les voix, et tous les instruments, des deux choeurs se réunissent. Les plus considérables courtisans du roi d'Athènes, environnés d'une troupe d'esclaves, forment une espèce de fête galante pour se réjouir de la reconnaissance de Thésée ; Arcas et Cléone chantent au milieu de leur danse, un grand seigneur de la cour d'AEgée, quatre courtisans, douze esclaves de la suite.