Comédie · 1889

Le rondeau

d’Adolphe Carcassonne

Représentation
≈ 7 min
Distribution
5 femmes
Répliques
54
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Antoinette F 8 ≈ 3 min 2
Berthe F 13 ≈ 2 min 5
Blanche F 15 ≈ 1 min 3
Jeanne F 10 ≈ 1 min 2
Amélie F 6 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Le Rondeau
Antoinette absentabsentabsentabsent
Berthe absent
Blanche absentabsentabsent
Jeanne absentabsentabsentabsent
Amélie absentabsentabsentabsent
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Le Rondeau

Scène 1

Berthe, Blanche

Berthe

Il fait très chaud ; nous ferions mieux d'aller continuer notre rondeau sous le grand marronnier, à l'entrée de la campagne.

Elles reprennent le rondeau et elles sortent par la grille, tandis qu'Antoinette, la petite pauvresse, vient par la droite ; elle tient un panier à la main.

Blanche

Tu as raison, allons-y.

Scène 2

Antoinette

On entend au dehors les jeunes filles qui chantent le rondeau ; Antoinette regarde du coté de la grille.

Elle aperçoit le banc.

Elle s'assied et met son panier à côté d'elle.

Elle regarde vers la grille.

Elle appuie sa tête sur le dossier du banc.

Sa tête se balance un instant.

Elle s'endort. - Berthe entre.

Antoinette

On ne m'a rien donné... Pourtant, j'ai beaucoup marché et je suis bien fatiguée... Ce doit être un mal de demander aux gens, puisque j'ai honte en tendant la main... Mais que faire ? Grand-mère malade a besoin de secours... Je ne puis pas travailler, je ne suis pas assez forte... Si je le pouvais, je ne demanderais rien à personne... Oh ! Les belles demoiselles !... Comme elles s'amusent !... Que c'est joli de tourner comme ça, en chantant... Moi aussi, je saurais tourner et chanter... Mais on ne m'a rien donné pour grand-mère... puis, je suis fatiguée... Un banc, je vais m'y reposer un peu. Comme on est bien ici !... Je vois danser en rond ces belles demoiselles !... Comme c'est joli !... Elles sont bien contentes... Il fait frais... Comme on est bien !... Pourtant... Grand-mère... Grand-mère...

Scène 3

Berthe

Apercevant Antoinette sur le banc.

Elle s'approche.

Elle regarde un instant.

Elle va vers la grille et appelle à demi-voix :

À son appel, Blanche, Amélie et Jeanne entrent.

Berthe

Tout à l'heure, il m'a semblé voir une petite fille avec un panier à la main... Serait-elle partie ?... Non, la voilà... Tiens ! Elle dort. Comme elle est jolie sous ses pauvres habits!... Elle doit être bien malheureuse. Venez donc.

Scène 4

Berthe, Blanche, Jeanne, Amélie

Les jeunes filles s'approchent d'Antoinette.

Berthe

Mes amies, venez voir la petite dormeuse, elle m'intéresse beaucoup.

Blanche

Elle est très jolie.

Jeanne

Oui, elle est bien jolie.

Amélie

Parle moins haut, il ne faut pas éveiller la petite fille qui dort.

Jeanne

Le chat non plus.

Blanche

Elle a l'air malheureux.

Amélie

Son panier est vide.

Blanche

Berthe, regarde-la maintenant, elle sourit.

Après une pause et comme frappée d'une idée subite.

Berthe

C'est vrai... Elle doit faire un joli rêve, car sa figure est toute joyeuse... Si nous réalisions son rêve !

Blanche

Ce serait bien gentil, mais comment savoir...

Jeanne

Qu'est-ce que c'est, un rêve ?

Blanche

C'est croire avoir ce qu'on n'a pas.

Amélie

Alors, elle doit rêver qu'elle a de beaux habits, de l'argent, des poupées...

Jeanne

Et de bons gâteaux pour goûter.

Elle sort par la grille.

Berthe

J'ai une idée, attendez-moi un instant.

Amélie

Où va-t-elle ?

Blanche

Laissons-la faire, elle a bon coeur et elle nous donnera un bon conseil ou un bon exemple.

Jeanne

Comme les exemples d'écriture.

Regardant la grille.

Berthe rentre avec une petite écharpe de soie à la main.

Blanche

Pourquoi non ? On peut copier tout ce qui est bien... Voici Berthe.

Berthe

Voilà de quoi réaliser peut-être une partie de son rêve.

Se tournant vers les autres jeunes filles.

Blanche

Je te comprends, ma chère Berthe ; j'étais sûre que tu trouverais quelque chose. Viens, Amélie ! Viens, Jeanne !

Jeanne

Où ça ?

Elle sort, suivie de Berthe et de Jeanne.

Blanche

Viens toujours.

Scène 5

Berthe

Regardant du côté d'Antoinette.

Blanche rentre avec Amélie, qui porte une poupée, et Jeanne qui tient à la main une petite boite.

Berthe

J'ai souvent entendu dire par ma petite mère que sécher une larme aux yeux de ceux qui pleurent est une bonne action, et petite mère a bien raison. Le bonheur donné, ne fût-ce qu'un moment, aux malheureux que nous voyons souffrir, leur réjouit le coeur et revient nous dire : Tu as bien fait. Pauvre petite ! Qui sait combien de peines elle a déjà ?...

Scène 6

Berthe, Blanche, Amélie, Jeanne, Antoinette, Jeunes Filles

Berthe

Tu m'as bien comprise, ma chère Blanche ?

Blanche

Et j'en suis contente, ma chère Berthe.

Elle s'approche d'Anloinette sur la pointe des pieds.

Elle lui met l'écharpe sur les épaules, puis elle contourne légèrement et elle vient à gauche.

Berthe

Eh bien ! Tâchons de réaliser le rêve. Petite dormeuse, tu n'as pas de beaux habits, voilà mon écharpe de soie.

Elle glisse la bourse dans la poche d'Antoinette et elle va rejoindre Berthe.

Blanche

Petite dormeuse, tu n'as pas d'argent, voilà ma bourse, je l'ai garnie autant que je l'ai pu.

À la poupée.

Elle embrasse la poupée, elle la met dans le panier et elle va rejoindre Berthe et Blanche.

Amélie

Petite dormeuse, tu n'as pas de poupée, voilà la mienne. Adieu, ma bonne Minette, sois bien sage.

Elle met la boite dans le panier.

Elle rejoint les autres jeunes filles.

Jeanne

Petite dormeuse, tu n'as pas de gâteaux à la crème, de tartes à la confiture, en voilà ; tu verras comme c'est bon. Bon appétit, petite dormeuse.

Blanche

Et maintenant, que faut-il faire ?

Jeanne

Il faut aller goûter.

Berthe

Voilà que le jour baisse et la pauvre petite dort toujours. Peut-être elle demeure bien loin et elle a besoin de se remettre en route. Je crois qu'il est bon de la réveiller.

Blanche

Nous le pouvons en reprenant le rondeau ; ça lui fera un gentil réveil.

Amélie

Oui, faisons le rondeau.

Les jeunes filles dansent en rond et en chantant. Au bout d'un instant, Antoinette fait un mouvement.

Blanche

Et élevons la voix.

Elles vont vers le fond, à droite. Antoinette s'éveille lentement.

Berthe

Elle s'éveille... Allons vers le fond et voyons ce qu'elle va faire.

Elle se lève.

Elle fait quelques pas vers le milieu de la scène et elle remarque l'écharpe qu'elle a sur elle.

Après un silence.

Elle met la main dans sa poche et elle en sort la bourse.

Elle l'ouvre.

Elle remet la bourse dans sa poche ; elle ouvre le panier, d'où elle sort la poupée.

Elle l'embrasse et elle la remet dans le panier d'où elle sort la boite contenant les gâteaux.

Elle en prend un qu'elle porte à sa bouche, mais elle s'arrête soudainement.

Elle remet le gâteau dans la boite et la boite dans le panier.

Sur un signe de Berthe, les jeunes filles s'approchent d'Antoinette.

Antoinette

Tiens ! Je me suis endormie... Il est peut-être tard et grand'mère m'attend... Allons, en route ! Ô la belle écharpe ! Qui donc l'a mise sur mes épaules ?... Je sens quelque chose dans ma poche... Une bourse ! Oh ! Que d'argent !... Et une pièce d'or... Mais ce n'est pas possible !... Puis, mon panier où il n'y avait rien et qui est plein... La jolie poupée !... Comme je t'aimerais, si tu étais ma petite fille !... Des gâteaux aussi!... Ils ont l'air d'être bien bons... Non, ces gâteaux ne sont pas à moi, et s'ils étaient à moi, il faudrait les garder pour grand'mère. Voyons, est-ce que je suis éveillée ?... Est-ce que je rêve?... Non... mais j'ai rêvé tout à l'heure. Grand'mère m'a dit que les enfants ont des anges qui veillent sur eux et que ces anges viennent leur parler pendant leur sommeil. Eh bien ! Tout à l'heure, quand je dormais, j'ai entendu de jolies voix qui me parlaient... Bien sûr, c'étaient les anges qui veillent sur moi et qui m'ont donné ces jolies choses.

Elle joint les mains.

Les jeunes filles se donnent la main et font, en chantant, le rondeau autour d'Antoinette ; arrivées à "Celle qui tous plaira le mieux" elles s'arrêtent.

Antoinette

Grand'mère dit aussi qu'il faut les remercier... Ô mes anges gardiens ! Merci !..

Antoinette

Mes anges gardiens, les voilà, je reconnais leurs voix.

Jeanne

Comment t'appelles-tu ?

Antoinette

Je m'appelle Antoinette.

Jeanne

Eh bien ! Antoinette, il faut embrasser celle que tu aimes le mieux.

Antoinette

Mais alors... Mais alors... Il faut que je vous embrasse toutes.

Antoinette les embrasse.

Jeunes Filles

Embrasse-nous donc.

Antoinette

C'est vous qui avez fait tout cela pour moi, merci, mes belles demoiselles, merci !... Et maintenant, je retourne auprès de grand'mère.

Berthe

Va, ma chère Antoinette, mais reviens jeudi prochain.

Jeunes Filles

Oui, oui, reviens jeudi.

Elle prend son panier et elle fait une révérence.

Elle va vers la droite, arrivée au fond, elle se retourne et elle envoie un long baiser aux jeunes filles, en répétant.

Antoinette

Merci encore. Grand'mère va être bien contente, et comme elle dit que les prières des pauvres vont au ciel, elle priera Dieu pour vous. Merci, mes belles demoiselles. Merci.

Elle se retourne vers les jeunes filles.

Elles se donnent la main et elles se dirigent, en chantant, vers l'entrée de la campagne.

Berthe

À jeudi. Et nous, mes amies, reprenons le rondeau.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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