Acte I
Scène 1
Lisette, Lucrèce
Lisette
Mais, Madame, à quoi bon un tel déguisement ? Et que prétendez-vous par cet habillement ? Dites-moi s'il vous plaît ce que vous voulez faire.
Lucrèce
Tu sais bien que jamais je ne t'ai pu rien taire, Et comme je connais ton esprit fort discret, Je n'ai point de secret qui soit pour toi secret, Saches donc que mon mal est tellement extrême Qu'il serait malaisé d'en trouver un de même, Puisqu'il n'est que trop vrai qu'un mari sans raison, A depuis peu de temps ruiné ma maison, Et pour t'en dire ici la véritable cause, C'est qu'il joue à toute heure, et qu'il perd toute chose. Je n'avais plus chez nous, ô malheur inouï ! Pour tout bien, tout espoir, que deux mille louis, Qu'il vient de m'emporter et quelques pierreries, Qu'il va jouer et perdre à ces Académies : Dis-moi, que dois-je dire ou faire là-dessus.
Lisette
Pour moi mon avis est que ne les ayant plus Il faut pour les ravoir user de toute chose.
Lucrèce
C'est donc pourquoi j'ai fait cette métamorphose, Clindor ne portera que peu d'argent sur lui, Étant fort malheureux, il faut donc aujourd'hui, Comme ordinairement Ragot porte sa bourse, Auprès de ce valet chercher quelque ressource, Aussi bien que son maître il aime fort le jeu, Et quand il est après, il n'en prend pas pour peu ; Voilà ce qui me fait en ce moment prétendre, Que je pourrai ravoir ce que l'on m'a su prendre.
Lisette
Si bien que pour ravoir votre or et vos bijoux, Vous allez justement faire un tour de filou.
Lucrèce
Oui, c'est là mon dessein : dis-moi si tu l'approuves.
Lisette
Ne dit-on pas qu'on prend son bien où l'on le trouve ? Mais ne craignez-vous point que Clindor votre époux, Ne voie par vos traits, Madame, que c'est vous ?
Lucrèce
Le jeu, chère Lisette, occupe trop son âme, Pour, malgré cet habit, reconnaître sa femme.
Lisette
Je croyais vous voyant dedans ce bel atour, Que vous vous étiez mise en tête quelque amour ! En vous masculinant d'une telle manière, Que vous alliez donner à vos esprits carrière. Mais sachant à présent quel est votre dessein, Madame, je n'ai plus ce penser dans le sein, À Dieu ne plaise hélas, que votre humeur fut telle, Qu'amour vint sottement vous brouiller la cervelle : Car enfin que sait on ? Si je voyais pécher ; Je ne pourrais peut-être aussi m'en empêcher ; Comme le naturel au mal a de la pente, Ce mal qui fait du bien, facilement nous tente, À ce qu'au moins jadis ma mère m'en apprit, Je ne le saurais pas si l'on ne me l'eut dit, Et je ne suis pas fille à faire un tel passage ! Sans y faire devant passer le mariage. Si j'avais eu dessein de mordre à l'hameçon, Ragot m'en conte encor de la bonne façon. Il me dit tous les jours ; Mon aimable Lisette, Si tu veux nous ferons ensemble l'amourette, Va je t'épouserai s'il en vient un poupon. Je lui dis là-dessus brusquement, je t'en ponds, C'est pour ton nez, il faut ma foi que l'on t'en donne. Sais-tu si ce serait un poupon ou pouponne Et crois-tu que je sois une fille à cela ? Va lui dis je d'abord, va-t'en au piautre ! Va, Fais-je pas bien, Madame ?
Lucrèce
Oui, cela me contente ; Mais cherchons un remède au mal qui me tourmente. Tu peux t'imaginer après ce que j'ai dit Si je souffre à présent du corps et de l'esprit : Sortons donc promptement d'un si cruel supplice.
Lisette
Vous ne souffrez pas seule, et l'aimable Clarice Ressent ainsi que vous, un extrême tourment ; Clidamant son mari ne fait incessamment, Que courir tout le jour de carrosse en carrosse, Pour avec tous objets faire nouveau négoce, Aux dépens de sa femme il leur fait les yeux doux.
Lucrèce
Il chercherait fortune en carrosse à cinq sous ! Il irait pousser là quelques galanteries !
Lisette
S'il en pousse, Madame ; il en fait des rôties, Clarice votre amie en est au désespoir.
Lucrèce
Que sais-tu ?
Lisette
Béatrix m'apprit tout hier au soir, Et me dit qu'elle était de voir un tel volage, Dans un emportement, qui va jusqu'à la rage, Que Clarice viendrait vous trouver aujourd'hui Pour vous faire savoir l'excès de son ennui. Sens doute on la verra bientôt courir les rues, Ayant dedans l'esprit ces visions cornues, Ne vous l'ai-je pas dit ? Elle vous vient chercher.
Lucrèce
Va t'en pour un moment près d'ici te cacher, La surprise en sera peut-être aussi jolie, Que jamais incident le fut en comédie, Lorsqu'elle me verra dans cet habillement.
Elle se cache dans une aile du théâtre.
Lisette
J'obéis.
Scène 2
Lucrèce, Clarice, Béatrix, Lisette
Lucrèce
Oserais-je objet rare et charmant, Demander en quel lieu votre dessein vous mène ? Vous puis-je accompagner ?
Clarice
N'en prenez pas la peine, Comme je ne m'en vais qu'à quatre pas d'ici, Je me puis aisément passer de vous ainsi ? Je suis trop obligée à votre courtoisie, Ne vous connaissant point.
Lucrèce
Trêve de raillerie, Ce n'est pas d'aujourd'hui que j'ai de vos faveurs, Et nous nous sommes vus en autre part qu'ailleurs.
Clarice
Moi je vous aurais vu ? Dieux quelle menterie ! Cessez votre arrogance et votre effronterie, Je ne vous vis jamais autre part qu'en ce lieu, Trêve donc d'entretien, et là-dessus adieu.
Lucrèce
Comment ? Vous, qui m'aimez avec ardeur extrême. User avec moi d'un si grand stratagème Et si je vous disais que vous m'allez chercher.
Clarice
Je vous chercherais, moi ? Dieu m'en veuille empêcher, Mon cher petit Monsieur, je vous jure mon âme, Bien loin de vous chercher, que je cherche une femme.
Lucrèce
Vous cherchez une femme ? Oui, femme comme moi. Je vous contenterai comme elle sur ma foi.
Clarice
Laissons-le, Béatrix, faisons notre visite.
Béatrix
Peut-être ce Monsieur est une hermaphrodite.
Clarice
Laissons-le encore un coup, allons sortons d'ici, Mais Lisette paraît, tire nous de souci, Où peut-être Lucrèce ?
Lisette
Elle est ici tout proche.
Clarice
Où ? Je ne la vois point.
Lisette
Ô la dure caboche Elle est devant vos yeux, ne la voyez vous point ?
Béatrix
Il faut donc qu'elle y soit en chausses et pourpoint Car plus j'emploie ici les efforts de ma vue Je ne vois rien qu'un homme, ou bien j'ai la berlue.
Lisette
Comme on dupe aisément et les yeux et l'esprit, Lucrèce assurément gît dessous cet habit.
Béatrix
Les femmes à présent portent le haut de chausses ! Je n'aurais jamais cru votre apparence fausse.
Lucrèce
Quoi vous méconnaissez qui vous connaît si bien, Et qui vous aime tant ?
Clarice
Je n'y comprenais rien, Et l'on ne vit jamais dans notre cour charmante ! Un homme d'une mine et d'humeur plus galante Pour moi, j'en suis surprise et ne le puis nier.
Béatrix
Vous n'entendez pas mal à vous hommifier.
Clarice
Pourquoi vous êtes vous mise en cette posture ?
Lucrèce
Pour tâcher de finir les tourments que j'endure.
Clarice
Ils ne sont pas plus grands, je crois que mon souci, Lorsque vous les saurez ; mais quelqu'un vient ici, Cherchons où nous conter le mal qui nous tourmente.
Scène 3
Ragotin, Clindor
Ragotin
Votre façon d'agir, Monsieur, est bien méchante.
Clindor
Nous avons de l'argent Ragot, nous voilà bien.
Ragotin
Monsieur encor un coup, ce tour-là ne vaut rien, Il faut que vous ayez une âme bien tigresse ; D'aller voler ainsi votre femme Lucrèce, Comment ? Tout emporter et tout prendre chez vous, Pour aller le porter à la gueule aux filous ? Car il n'est rien plus vrai qu'en ces Académies, Il se commet souvent force friponneries. Témoin certain manteau doublé du même drap, Dont à mon grand regret il me fut fait un rapt : Dans ce maudit endroit ; où tout chacun abonde, On y voit des futés s'il en est dans le monde ; Le fils dupe le père et le père le fils, Ils se pendraient plutôt qu'ils n'eussent vos louis Là dans ce maudit lieu plein de libertinage ; Et vous et vos louis sont d'abord au pillage, Et si tôt qu'ils ont mis mon maître au rang des gueux, Il sort, et ces matois partagent tout entre-eux. Si bien qu'après cela vous allez vous ébattre, À faire comme on dit, chez vous rafle de quatre, Et tout ce qui se peut rencontrer sous vos mains, Vous l'allez justement porter à des gredins, Qui n'ont le plus souvent pour toute leur richesse Qu'une paire de mains pour les tours de souplesse, Pour attraper la bourse aux pauvres innocents, Ainsi qu'ils vous ont fait malgré toutes vos dents. Des tours de ces adroits valent mieux que les vôtres Puisqu'ils savent fort bien vivre aux dépens des autres, Mais vous qui ne savez vivre qu'à vos dépens, Vous ne serez jamais rien qu'au rang des rampants Et vous serez contraint de faire quelque affaire, Qui très certainement nous sera fort contraire.
Clindor
Que tu raisonnes mal, ô le plus grand des fous !
Ragotin
Lorsque vous ne pourrez plus rien prendre chez vous, Vous irez autre part à la petite guerre, Et comme je vous suis, Monsieur, par toute terre, Si l'on vous met après la main sur le collet, On la mettra d'abord dessus votre valet ; Quoi que mon innocence aille jusqu'à l'extrême Si vous ne valez rien, on me croira de même, Et l'on nous mènera tout deux droit en prison ; Après si nous savons quelque belle oraison, Nous n'aurons s'il nous plaît dans ce lieu qu'à la dire, Jugez si nous aurons fort grand sujet de rire, Quand dedans peu de temps devant force témoins, On vous accourcira de votre tête au moins, Et moi qui n'ai rien fait pour aucun mal prétendre, On ne laissera pas joliment de me pendre. Monsieur, sur le plancher je sais danser fort bien, Mais je ne sais point l'art de danser dessus rien.
Clindor
Pour moi, je crois, Ragot, ta folie achevée.
Ragotin
Monsieur, c'est un plaisir d'aller tête levée, Ma mère-grand un jour me disait sur cela, Mon fils, qui bien fera toujours bien trouvera : Mille paroles, peuple ! Ô les belles sentences ! Qui les suivra n'ira jamais en décadences.
Clindor
Tout cela va fort bien, mais sans plus discourir, Donne moi quelque argent pour m'aller divertir.
Ragotin
Oui dà : cela, Monsieur, est plus que raisonnable, Sans pécune on n'est pas en compagnie aimable. Mais vous la ménagez de mauvaise façon ; Tâchez à l'avenir d'être joli garçon. Je sais qu'il ne faut pas passer pour un infâme, Qu'un homme sans argent est un vrai corps sans âme, Et que dans cet état les hommes sont moqués ; Allez vous réjouir, voilà deux sous marqués, Que je n'ai de vous jamais aucun reproche.
Clindor
Je pourrais bien ici vous casser la caboche Lorsque vous me traitez de cette façon là.
Ragotin
Monsieur, prenez plutôt tout ce qu'il vous plaira. La femme, à ce qu'on dit, est fort bonne sans tête, Mais pour moi, sans mon chef, je vaux moins qu'une bête, Ainsi laissez-le moi.
Clindor
Je prends trente louis. Je m'en vais.
Ragotin
Ils seront bientôt évanouis Diable, quel ménager ! On voit sur son visage Qu'il vendra tout dans peu pour vivre de ménage. Mais tandis qu'il s'en va pousser le paroli, Je m'en vais me donner d'un doigt de rossolis, Aussi bien quelqu'un vient.
Scène 4
Lucrèce, Clarice
Lucrèce
Enfin, ma chère amie Mon galant vient d'entrer dedans l'Académie : Et comme son valet s'en va boire beaucoup, Ce sera le moyen de mieux faire mon coup. Vous avez su de moi le sujet de ma peine, Et vous m'avez appris aussi ce qui vous gêne. Il ne reste donc plus qu'à chercher les moyens, D'alléger vos tourments en allégeant les miens ; Mais avec Béatrix prenez encore Lisette, Je n'ai pas besoin d'elle en ce que je projette. Cependant que je vais entrer dedans ce lieu, Employez tous vos soins à jouer votre jeu, Clidamant ne saurait aller chercher négoce ; Sans passer par ici pour entrer en carrosse : Je vous quitte un moment, adieu jusqu'au revoir, Ce que vous aurez fait, faites-le moi savoir, Envoyez-moi Lisette.
Elles se cachent.
Clarice
Adieu, votre servante : Ô Ciel fais réussir le dessein que je tente, Nous avons toutes trois chacune notre loup, Tâchons de n'être pas surprise tout d'un coup. Mais le voici déjà ; voyons ce qu'il veut faire, Et dessus son projet nous ferons notre affaire.
Scène 5
Clidamant, Guillot
Clidamant
Mais Guillot à quoi bon me vouloir arrêter ? Ne feras-tu jamais que me persécuter ?
Guillot
Monsieur, excusez-moi, si je vous persécute, C'est pour vous détourner de chercher chape-chute. Et qu'est-il de besoin de courir en lutin, Vous pour faire l'amour, moi pour mourir de faim ? Dans le temps que je souffre et mille et mille peines Vous faites le Rodrigue auprès de vos Chimènes, On vous voit tout le jour en fiacres à cinq sous, À faire l'entendu, le beau fils, les yeux doux, À nommer vos objets de merveilleux chefs d'oeuvres, Cependant que Guillot avale des couleuvres. Ah, Monsieur j'aimerais tout autant me voir mort, Que d'être à tout moment à courir le bon bord, À la Place Royale, et puis aux Tuileries, Luxembourg, l'Arsenal, ce sont nos galeries, Si vous voulez Monsieur que nous vivions sans bruit, Ne nous embarquons point sur la mer sans biscuit. Je sais de bonne part que l'amour vous fait vivre, Mais sans repaître un peu, je ne vous saurais suivre, Avant qu'aller plus loin, prenons le bon parti, Et faisons, s'il vous plaît, beati garniti.
Clidamant
Ce coquin n'a jamais son âme satisfaite.
Guillot
Vous vous allez jouer à pousser la fleurette, Et si je vous vais voir exprimer votre amour, Peut-être deviendrais-je amoureux à mon tour ; Puis, si la Béatrix, de Madame suivante, Vient à s'apercevoir qu'un autre objet me tente Et que je ne sois plus d'elle passionné, Le diable sera lors sur mon corps déchaîné, Et pour me maltraiter de mon humeur légère Elle viendra sur moi fondre toute en colère, Me disant furieuse, en ouvrant les naseaux, Je ne serai jamais viande pour tes oiseaux, Beau chercheur de midi, monsieur l'homme de chambre. Et me pourra peut-être avaler quelque membre. J'aime mieux n'être point en cette extrémité, Que de me voir jamais aucun membre gâté.
Clidamant
Lorsque je suis sensible, il faut que tu sois souche.
Guillot
Un exemple amoureux terriblement me touche, Et sitôt que j'entends parler sur ce sujet, Je me trouve d'abord je ne sais comment fait : Dès qu'un objet fripon vient à mes yeux paraître, L'eau me vient à la bouche et ne suis plus mon maître, Un feu s'épand en moi du bas jusques en haut, Je jase, comme on dit, dès que j'ai le pied chaud.
Clidamant
Quand d'un nouvel amour tu te laisserais prendre, Dis-moi, ta Béatrix pourrait-elle l'apprendre ? Elle n'en saurait rien, repose-t'en sur moi, Mais quelqu'un vient ici.
Guillot
Sont-ce femmes ?
Scène 6
Clidamant, Clarice, Guillot, Béatrix
Clidamant
Tais-toi. Mesdames, puis-je bien sans avoir votre haine, M'informer du sujet qui dans ce lieu vous mène ? Vous y puis-je servir ?
Clarice
Qu'il est humilié ! Le traître !
Guillot
Trouvez-vous chaussure à votre pied ?
Clidamant
Ah, je t'étranglerai si tu ne te sais taire.
Clarice
Nous allons au palais pour une grande affaire, Et le carrosse étant une commodité...
Clidamant
Je viens chercher aussi cette nécessité, Mais je ne vis jamais de si belles plaideuses.
Guillot
Poussez Monsieur, ce sont de nos solliciteuses.
Clidamant
Laisse-moi.
Clarice
Le perfide ! ah l'homme déloyal !
Guillot
Que je parle un moment.
Clidamant
Et bien, parle, animal.
Guillot
Dites-moi, s'il vous plaît, puisqu'il je vous trouve, Si sous ce masque loup vous ne seriez point louve, Car vous me paraissez sans vous flatter beaucoup. La plus vilaine bête enfin d'après le loup.
Clidamant
Quoi ? Je ne pourrai pas empêcher tes sottises ?
Béatrix
Cela n'est rien, Monsieur, ce sont des gaillardises.
Clidamant
Coquin, va vite voir si le carrosse est prêt.
Guillot
J'y vais, le malin corps !
Clidamant
Mesdames, s'il vous plaît, Acceptez mon service, il n'est rien qui m'arrête.
Guillot
Approchez vitement, votre monture est prête Autrement, on pourra vous souffler les deux fonds.
Clidamant
De peur de ce malheur, Mesdames avançons, Et ne demeurons pas dans ce lieu davantage,
Guillot
En nous voyant partir, criez tous bon voyage, Allons bon train cocher, touche tes bourriquets, Sans verser, s'il se peut, mène-nous au Palais.
Scène 7
Un Homme, Guillot, Homme
Un Homme
Arrête un peu, mon cher, as-tu là quelque place ?
Guillot
Oui si nous nous voulons écraser la carcasse, Oh, le joli dessein pour nous faire étouffer !
Homme
Que veut dire ce sot ?
Guillot
Gardez de m'échauffer Vous auriez de ma part des blessures mortelles.
Homme
Ce coquin...
Guillot
Détalons, maudites haridelles.
Acte II
Scène 1
Lucrèce
Lucrèce
Pour tâcher de ravoir toutes mes pierreries, Je m'étais préparée à beaucoup d'industries. Mais Clindor n'ayant vu personne dans ce lieu Il n'a pu s'embarquer par ce moyen au jeu. Si bien qu'en attendant que compagnie arrive, Il vient prendre un carrosse : il faut que je l'y suive. Si quelqu'un fut venu jouer pour l'amuser J'eusse pu trouver lieu de le déniaiser, Il parait : abordons-le et de façon galante. Sans douté vous cherchez notre maison roulante.
Scène 2
Clindor, Lucrèce, Petit Laquais
Clindor
Oui c'est pour ce sujet que je m'en viens ici.
Lucrèce
C'est un endroit fort propre à cacher le souci, Et pour plusieurs raisons, il faut que l'on avoue, Que qui sut l'inventer, mérite qu'on le loue. Dès qu'un homme se voit entrer dans le chagrin, Qu'il entre en ce carrosse, il le bannit soudain, On rencontre en ces lieux mille charmantes dames, On pousse des torrents de soupirs et de flammes : Enfin on en voit là de toutes les façons ; On y voit quelques fois des filles en garçons.
Clindor
Il est vrai que ce lieu se peut sans flatterie, Nommer le beau séjour de la galanterie, Où les plus grands plaisirs...
Lucrèce
Moi qui vous parle, moi, Savez-vous que j'en ai rangé dessous ma loi ? Et que la plus aimable et la plus vertueuse, Résiste rarement à ma flamme amoureuse.
Clindor
Monsieur, certainement un homme comme vous, Peut faire en se montrant quantité de jaloux : Le ciel en vous faisant, fit tout ce qu'il pût faire.
Lucrèce
Je ne suis pas bien fait, mais j'ai le don de plaire, Et les plus fiers objets, sachant ce que je puis, Avec moi passeraient et les jours et les nuits.
Clindor
Enfin vous êtes donc homme à bonnes fortunes ?
Lucrèce
Il est vrai que j'en ai, qui ne sont pas communes : Et vous pouvez penser si des gens comme nous, Peuvent manquer d'avoir d'abord le rendez-vous.
Clindor
J'avouerai qu'en vous seul on voit toute la grâce.
Lucrèce
Et si je vous disais qu'en cette même place, Des Dames m'ont promis de me venir chercher. Venez-y, vous verrez combien je leur suis cher. Vous serez le témoin de toutes leurs caresses, Vous verrez si je suis heureux en mes maîtresses, Et comme je les rends sensibles à mes coups ; Il s'en pourra trouver quelques-unes pour vous, Et je veux aujourd'hui vous faire voir des choses, Que l'on ne vit jamais dans les Métamorphoses. Pour peu qu'à quelque objet je daigne offrir mes voeux, Je le fais condescendre à tout ce que je veux ; Ce sera vers le soir, venez-y je vous prie, Vous verrez en amour si j'ai de l'industrie.
Clindor
Je vous promets ma foi, que je m'y trouverai.
Lucrèce
Par ce que je ferai, je vous étonnerai ; Mais je crois que j'entends venir notre voiture : Arrête-là cocher, cherchons quelqu'avanture, À qui nos feux aidons puissent être expliqués.
Clindor
Tiens petit enfant bleu, prend mes cinq sous marqués.
Lucrèce
Misérable mortel : prends les miens, je te prie ; As-tu déjà quelqu'un ? Aurons nous compagnie ?
Petit Laquais
Femmes, filles et moines, enfin des trois mendiants, Il ne nous manque plus que des comédiens.
Lucrèce
Allons nous ferons là quelque plaisante histoire.
Petit Laquais
Hé, Monsieur, donnez-moi quelque chose pour boire.
Clindor
Va, nous t'en donnerons, mets la portière bas.
Lucrèce
Quelqu'un vient, plaçons-nous, cocher double le pas.
Scène 3
Clarice, Béatrix, Lisette
Clarice
A-t-on jamais parlé d'une telle aventure ? J'allais expressément dedans cette voiture, A dessein de savoir ce que fait mon mari, Quand il trouve un objet digne d'être chéri, Et comme je voyais deux assez belles dames, Pour s'attirer de lui des soupirs tout de flammes, Je n'eusse jamais cru qu'un bonheur merveilleux, L'eut rendu malgré lui de sa femme amoureux.
Béatrix
Madame vos façons ne sont pas trop honnêtes, De chercher en carrosse à faire des conquêtes, Car enfin toutes deux nous en sommes témoins.
Clarice
Le lâche ! À mon loup seul il rendait tous ces soins.
Lisette
Mais vous voyez pourtant que son coeur est tout vôtre.
Clarice
Oui, parce qu'il m'a prise en ce lieu pour une autre, Si je ne fusse entrée en carrosse avec lui, Comme les autres fois, j'en tenais aujourd'hui : S'il venait comme on dit des cornes à la tète, J'en aurais Dieu merci d'une longueur honnête. Mais il faut cependant que je voie en ce jour, Jusques où peut aller l'excès de son amour. Tantôt en m'en contant de la bonne manière, Le plus que je pouvais j'affectais d'être fière, Car il faut qu'un objet à se rendre soit lent, Pour mieux faire valoir de l'amour le talent : Pourtant j'appréhendais de paraître trop lente Et qu'ayant comme il a l'humeur fort inconstante, Il n'allât présenter et son coeur et sa foi En ma présence même à quelqu'autre qu'à moi ; C'est pourquoi Béatrix je me suis radoucie, Jusques à me promettre à lui toute ma vie, Et je lui pouvais bien promettre ce bonheur, Sans, comme tu le sais, risquer pour mon honneur. Mais je le veux railler.
Béatrix
C'est le moins qu'il mérite, Il nous le faut berner tantôt à sa visite, Alors qu'il vous viendra faire ici les yeux doux.
Lisette
Comme il vous a donné ce lieu pour rendez vous, Et que d'amour il est, tout à-fait susceptible, Nous le verrons ; bientôt, la chose est infaillible.
Béatrix
Si j'étais que de vous... mais je les vois venir.
Clarice
Cachons nous pour les voir un peu s'entretenir.
Scène 4
Clidamant, Guillot
Clidamant
Guillot que je me sens épris de cette dame ! Et que sans l'avoir vue enfin elle m'enflamme.
Guillot
Mais vous n'en avez vu que la taille et le port, Car son loup...
Clidamant
Son esprit m'a su prendre d'abord, Son mérite est si grand, qu'on ne s'en peut défendre.
Guillot
Je vous trouve Monsieur par trop facile à prendre, L'on ne vous verra point sans vous railler beaucoup, De vous être laissé prendre ainsi par le loup, Mais gardez s'il vous plaît, dans votre amour étrange, De faire ici la bête, et que le loup vous mange.
Clidamant
Tout ce que tu me dis, ne m'en détourne point, Je l'aime ; et son esprit me charme au dernier point. Ah, Guillot quel plaisir on a dans ces carrosses.
Guillot
Quel plaisir de se voir charrier par des rosses, Par des harengs forêts des chevaux si hideux, Que j'aimerais autant être en charrette à boeufs, Qu'on soit dedans le fond ou dedans la portière, On voit rosses devant, on voit rosses derrière, On a beau regarder de l'un à l'autre bout, On ne voit jamais rien que des rosses partout.
Clidamant
Gardez pour trop rosser, qu'ici je ne vous rosse.
Guillot
Comme un chirurgien vous cherchez plaie et bosse, Mais ne m'en faites pas en cette occasion, Car je suis ennemi de la contusion. Monsieur si nous avons à demeurer ensemble, Ne nous battons jamais, ou qu'on nous désassemble, Devant que quelque coup soit sur moi déchargé, Sans autre compliment je vous donne congé.
Clidamant
A-t-on vu quelquefois qu'un valet chasse un maître ?
Guillot
Si vous ne l'avez vu, vous le voyez paraître, Avant que nous ayons quelque difficulté, Que chacun de nous deux aille de son côté ; Il est très assuré que vous êtes mon maître Et moi votre valet, quoi qu'indigne de l'être : Mais si vous me traitez autrement que fort bien, Dès ce même moment, nous ne nous serons rien.
Clidamant
D'où vient que contre moi ta colère s'enflamme ? Tu te lâches toujours.
Guillot
Vous avez une femme, Dont le Ciel par l'hymen vous a fait un présent, Charmante et dont le bien est pour vous suffisant. Cependant vous allez courir la prétentaine. Pensez-vous qu'une femme aime telle fredaine, Et qu'en continuant à faire l'éventé, Elle n'en fasse pas autant de son côté ? Croyez-vous que Madame enfin soit une bête, Pour ne se mettre pas la jalousie en tête ? Et que si vous courez à tout moment ainsi Vous ne la voyez pas bientôt courir aussi ?
Clidamant
Je me rirai toujours de ce que tu sais dire.
Guillot
Monsieur tout doucement il ne faut point tant rire, Je sais un quolibet tout-à-fait familier, Qui dit que rira bien qui rira le dernier. Si comme vous, Madame allait courir la ville, Pour se faire conter la fleurette gentille, Qu'elle se fit traîner en carrosse public, Et qu'au jeu de coureuse elle vous fit repic, Qu'en cherchant comme vous autre, par sa fortune, En carrosse commun elle devint commune, Qu'à toute heure elle mit votre honneur en péril, Dites-moi s'il vous plaît, le jeu vous plairait il ?
Clidamant
Non.
Guillot
Mais cette façon vous étant coutumière, Elle pourrait agir de la même manière, Et comme vous mettez son honneur aux abois. Vous rendre bien souvent des fèves pour des pois. Joint qu'elle s'y ferait suivre de sa suivante Et si dans ces harnois quelque galant les tente, Et que toutes les deux y perdent leurs vertus Monsieur qui de nous deux sera le plus camus ?
Clidamant
Ton esprit n'est rempli que de mille sottises, Et tu ne m'entretiens jamais que de bêtises,
Guillot
Ce qu'on doit craindre encor en carrosse à cinq sous, C'est qu'on livre son coeur à la gueule des loups ; On ne rencontre là que chétives donzelles, Qui... vous m'entendez bien passent pour telles qu'elles ! Et si Satan allait un beau jour s'aviser De se vêtir en dame et pour vous courtiser Dessus son laid minois qu'il allât mettre un masque, Et que monsieur mon maître et son amour fantasque Allât conter fleurette à ce démon follet, Et qu'il se trouvât pris par ce diable au collet, Une serait pas temps alors de s'en dédire ; Bien loin de vous quitter, il n'en ferait que rire, Et quand il vous tiendrait une fois dans son lieu, Dieu sait s'il vous ferait grande chère et beau feu. Tout cela ne vaut rien sachez que si Madame ; Vous voit jamais brûler d'une nouvelle flamme, Qu'elle vous voie user d'un trafic si gaillard, Elle vous laissera faire l'amour à part ; Et voyant en amour que vous faites ripaille Elle se servira du droit de représailles, Puis après vous dira pour vous crever d'ennui, Ainsi que cet oiseau : comme il te fait fais lui.
Clidamant
Ah, qu'elle n'est pas femme à faire telle faute, Elle a trop de sagesse et l'âme par trop haute, Pour me tromper jamais,
Guillot
Et, Monsieur, que sait-on ? L'occasion, dit-on, fait souvent le larron.
Clidamant
Mais je la vois venir ; évitons sa rencontre.
Scène 5
Clarice, Guillot, Clidamant, Béatrix, Lisette
Clarice
Justes Dieux ! Il me fuit d'abord que je me montre.
Guillot
Monsieur, approchez-vous.
Clidamant
Te tairas-tu, maraud ?
Guillot
Faites lui mettre un loup, vous l'aimerez bientôt.
Clarice
Comment donc? vous fuyez alors qu'on vous appelle?
Guillot
Il ressemble au chien de feu Jean de Nivelle,
Clarice
Mais qui vous rend, Monsieur, de si mauvaise humeur?
Clidamant
J'ai perdu mon argent.
Clarice
Ou plutôt votre coeur.
Clidamant
Ah ! Madame1 saches que je suis toujours vôtre, Et Guillot vous peut dire.
Guillot
Oui, c'est un bon apôtre.
Clidamant
Que je vous aime autant...
Guillot
Madame, par ma foi, Il vous aime en un point... enfin... que sais-je moi ? Je ne puis pas avoir l'éloquence assez forte, Pour vous bien l'exprimer, ou le diable m'emporte.
Clarice
Je vous laisse rêver, adieu, je vais chez nous.
Clidamant
Madame, n'auriez-vous pas vol remontre sur vous ? La mienne est demeurée au logis sur ma table.
Clarice
La voilà, je m'en vais.
Guillot
Il la voudrait au diable, Pauvre souffre-douleur que tu me fais pitié ! Il faut que vous soyez, Monsieur, sans amitié.
Clidamant
Ah! depuis que j'ai vu cette adorable dame, Je ne saurais souffrir aucunement ma femme. Ne serai-je jamais au bien heureux moment, Que je dois voir ici cet objet si charmant? Mais las! je l'aperçois : ô dieux qu'elle a de grâce! Madame, vous daignez vous rendre en cette place ; Ah ! que vous me comblez de faveurs en ce jour.
Clarice
On ne saurait moins faire ayant beaucoup d'amour,
Guillot
Peste qu'elle l'entend, la matoise est rusée, Dès la seconde vue elle est apprivoisée.
Clidamant
Madame, je vous offre, et mon coeur et mon bien.
Guillot
Il n'en sortira pas sans y laisser du sien.
Clarice
Voyez la trahison , la perfidie extrême, En tiendrais-je à présent si je n'étais moi-même?
Clidamant
Acceptez, s'il vous plaît, mon service et ma foi.
Clarice
Je ne refuse point ce qui n'est du qu'à moi, C'est une vanité, mais comme je vous aime Ce serait , me trahir si vous n'aimiez de même, Ainsi deux coeurs unis ne doivent être qu'un.
Guillot
Ils vont mettre bientôt tout leur bien en commun Mais comme il fait l'amour à sa chère poupine, Qu'a lui conter douceur le drôle se calme. Si pour moi vous vouliez avoir le coeur bénin, Nous pourrions bien aussi nous donner du câlin.
Béatrix
Quoi, tu voudrais à deux donner tes amourettes?
Guillot
Pourquoi non ? Un bon coq à bien douze poulettes.
Lisette
Vraiment c'est pour ton nez, ou t'en donnera deux.
Guillot
$avez-vous que je suis rudement Et amoureux, qu'au moins le valet peut avoir deux Climènes. Lorsque le maître en a trois ou quatre douzaines.
Clarice
Monsieur, votre valet vous met en grand crédit?
Guillot
Nous avons en amour tous deux bon appétit.
Clidamant
Tout ce qu'il dit n'est rien que pour nous faire rire ; Madame, autre que vous no cause mon martyre, Oui, de vous adorer je fais tout mon bonheur, J'en jure par vos yeux et dessus mon honneur...
Guillot
Ah ! Ne le croyez pas, il jure par coutume, Il est chargé d'honneur comme un crapaud de plumes.
Clidamant
Ah ! C'est trop m'interrompre.
Guillot
Et bien je ne dis mot,
Clidamant
Vous vous ferez frotter si vous faites le sot, Daignerez-vous souffrir adorable personne, Qu'au nom de mon amour ce présent je vous donne ?
Clarice
Ce serait vous fâcher si je refusais rien, Tous les biens sont communs, alors qu'on s'aime bien, Et comme vous savez à quel point je vous aime... Il me fait un présent de ma montre à moi-même, L'ingrat, le déloyal.
Clarice, Lisette et Béatrix sortent.
Guillot
Ah ! Tout beau, s'il vous plaît, Si vous voulez aimer, aimez sans intérêt : Comment, Monsieur, donner la montre de sa femme? Mais il faut être fou ?...
Clidamant
Veux-tu te taire infâme ? Quoi, je ne puis pas être un moment en repos ! Traître, il faut qu'en ce lieu je te brise les os.
Guillot
Pardon.
Clidamant
Coquin Madame.....
Guillot
Ah ! La bonne, rencontre.
Clidamant
Que veut dire ceci ?
Guillot
Regardes votre montre, Afin que nous puissions savoir quelle heure il est; Vous le méritez bien, Monsieur, puis qu'il vous plaît, Mais votre destinée eût été bien meilleure, Si quand elle était là, la montre eût sonné l'heure, Et qu'avant qu'elle pût d'ici déménager, Vous l'eussiez pu réduire à l'heure du berger.
Clidamant
Non, je n'y comprends rien, plus mon âme s'occupe...
Guillot
Et moi je comprends fort qu'on vous a pris pour dupe, Il valait beaucoup mieux faire l'amour chez vous, Que d'en aller conter en carrosse à cinq sous.
Clidamant
Odieux ! Mais Clindor vient à la place royale.
Guillot
Tout vient ici de vrai, mais la montre détale.
Scène 6
Clindor, Lucrèce, Guillot, Clidamant
Clindor
Adieu, Messieurs, je suis votre humble serviteur.
Lucrèce
Nous n'avons jamais eu tant de bien et d'honneur, Qu'on en a de se voir en votre compagnie, Adieu.
Clindor
Je suis à vous.
Guillot
Que de cérémonie.
Clindor
Qui vous croyait ici, cher ami Clidamant.
Guillot
Il ne s'y voit que trop pour son contentement?
Clidamant
Ah ! Que j'ai de chagrin.
Clindor
Qui le peut faire naître ?
Guillot
Demandez-lui monsieur quelle heure il peut bien être.
Clindor
Tais-toi. mais qu'avez-vous qui vous met en courroux ?
Clidamant
Des dames en carrosse avaient pris rendez-vous, Pour venir en ces lieux, elles y sont venues,
Guillot
Oui, mais avec sa montre elles sont disparues.
Clindor
Hé bien ! pour une montre est-ce un si grand malheur?
Clidamant
Non, mais j'en adore une et c'est là ma douleur,
Clindor
Il est vrai qu'elle est grande.
Guillot
Ah ! Les maudits carrosses, Où l'on prend, coeur, argent, ou l'on fait tous négoces,..
Clindor
J'en sors et ne crois pas que l'on m'ait pris le mien.
Guillot
Que savez vous Monsieur, en jureriez vous bien,
Il fouille en sa poche.
Clindor
Je le verrai bientôt, il n'est rien plus facile. Ouais, je ne trouve rien.
Guillot
Adieu votre mazille.
Clidamant
Quoi Clindor auriez vous trouvé quelques filous?
Clindor
J'avais porté sur moi quantité de bijoux, Et l'on m'a tout volé, la maudite rencontre !
Guillot
Les bijoux sont allés sans doute avec la montre, Je ne m'étonne plus si ces dignes Messieurs, Vous disaient qu'ils étaient si fort vos serviteurs Qu'ils n'avaient jamais eu tant de bien en leur vie, Qu'ils en avaient reçu de votre compagnie.
Clindor
Encore si j'avais en ce lieu mon valet....
Guillot
Monsieur, chez chaque orfèvre envoyez un billet. Pour moi, si je les trouve avecque mon Olinde... Et nous, Monsieur, allons chercher nos louves d'Inde.
Acte III
Scène 1
Clarice, Lucrèce
Clarice
Avouons toutes deux qu'en carrosse à cinq sous, Nous avons fait des tours qui sont dignes de nous. Puisque vous en avez tiré vos pierreries Et qu'un mari m'a dit forces galanteries : Mais quoi s'il s'est rendu dans ce lieu mon amant Je n'en dois le bonheur qu'à mon loup seulement; Pour vous on ne peut trop admirer votre adresse.
Lucrèce
Il est vrai que j'ai fait le trait avec souplesse; Je vais pour mon argent jouer d'un autre tour
Clarice
Moi jouer Clidamant jusqu'à la fin du jour.
Lucrèce
Si Ragotin paraît ; voici quelque ressource ; Nous nous retrouverons dès que j'aurai la bourse. Ne vous éloignez pas s'il vous plaît de ces lieux.
Scène 2
Ragotin
Ragotin
La peste le bon vin, mais il est furieux; J'en devais par ma foi prendre moins d'une draGme, Car je me sens brûler jusques au diaphragme. J'avouerai que cet homme était menteur alors, Qui disait qu'un bon vin soutenait bien un corps, Et qu'un doigt détournait d'aller dedans la tombe. J'en ai bu comme un diable, et je sens que je tombe. Mon ami, mon garçon, mon Fanfan, mon cher coeur, En cette occasion montre de la vigueur..
Scène 3
Lucrèce, Ragotin
Lucrèce
Ah ! L'étrange malheur! que je suis misérable! Est il un sort au monde à mon sort comparable? Dire que j'ai joué, c'est dire j'ai perdu.
Ragotin
Qu'avez-vous donc, Monsieur ? Qui vous rend éperdu ?
Lucrèce
Ce que j'ai ? J'ai perdu plus de mille pistoles, Et je puis bien au moins perdre quelques paroles.
Ragotin
Ah Monsieur, perdez-en, je n'y résiste pas, Comme un désespéré, criez au meurtre, hélas, Pestez et tempêtez après les destinées, Luttez si vous voulez contre les Pyrénéens, Et comme un charretier dans votre passion, Jurez, je verrai tout sans nulle émotion.
Lucrèce
Ah mort !
Ragotin
Fort bien.
Lucrèce
M'avoir quitté de la manière! Avec trente louis, je vais dans la rivière Les jeter, si je n'ai quelqu'un pour les jouer, Mais quoi, sais-je aucun jeu ?
Ragotin
Je veux l'amadouer, Il vaut mieux les gagner, que souffrir qu'il les jette Il ne sait pas le jeu, je n'y suis pas mazette, Monsieur les voulez-vous jouer dedans ce lieu ?
Lucrèce
Je le voudrais bien, mais je ne sais pas le jeu.
Ragotin
Ho! nous vous le pourrons facilement apprendre, Pourvu que vous vouliez présentement m'entendre, Quelle carte est-ce là !
Lucrèce
C'est le roi de carreau.
Ragotin
L'innocent' l'As de coeur, peste du jouvenceau. Et ces deux autres là ?
Lucrèce
Ce sont je crois deux trèfles.
Ragotin
S'il s'en allait au Temple, il aurait bien des nèfles. À quel jeu jouerons nous ?
Lucrèce
À quelque jeu nouveau, Au Lansquenet.
Ragotin
Coupez.
Lucrèce
Je n'ai point de couteau.
Ragotin
Au diable soit la bête et l'ignorance crasse.
Lucrèce
Étant de qualité j'aurais mauvaise grâce, De jouer avec toi, puis as-tu de l'argent ?
Ragotin
Apprenez que je suis moins que vous indigent. Que je ne suis jamais sans quinze cent pistoles, Je vais vous les tirer pour prouver mes paroles.
Lucrèce
Honnête homme parbleu, puisqu'il a de l'argent.
Ragotin
Çà, Monsieur, s'il vous plaît, commençons maintenant. Coupez ; à vous la main.
Lucrèce
Sur les deux cartes vôtres, Que jouez-vous, l'ami ? les trente louis nôtres?
Ragotin
Oui-dà, je le veux bien.
Lucrèce
Celle-là c'est pour moi. Mais beau jeu bon argent.
Ragotin
Tout est de bon aloi.
Lucrèce
Pourquoi venir parler sur le jeu de la sorte. Savez-vous que je suis un homme qui m'emporte C'est trop, il faut au nez les cartes vous lancer.
Ragotin
Monsieur, attendez-moi, je vais les ramasser.
Lucrèce
Tandis que bonnement les cartes il ramasse, Plions-lui sa toilette et de fort bonne grâce, Et songeons promptement à déloger d'ici.
Scène 4
Ragotin
Ragotin
Je vais à vous, Monsieur; ne parlez plus ainsi Et laissez-nous jouer, Messieurs, sans nous rien dire; Coupez, ou diable est-il, il s'est caché pour rire, [Espérant que la peur me saisirait tes sens, Mais, peste, il ne lient rien, je connais bien mes gens. Et puis son innocence allant jusqu'à l'extrême Pourrait-il jamais faire une action de même ? Cherchons-le cependant, quoiqu'il ne soit pas fin, S'il s'en était allé, j'en aurais du chagrin : Ah ! C'est trop vous cacher, Monsieur, de l'ignorance, Hola ! Ne suis-je point dupé par l'innocence. Ouais, je n'aperçois rien, il n'est plus en ce lieu, Je suis volé sans doute, il ne sait pas le jeu ? Monsieur! Au diablezot, il a plié bagage, C'est moi-même qui suis l'innocent personnage, Si mon maître survient, je suis pendu tout net, Il vient.
Scène 5
Clindor, Ragotin
Clindor
Je voudrais bien rencontrer mon valet, Afin de pouvoir mieux mettre ordre à mon affaire, Le voilà, Ragotin, parle, qui te fait taire ?
Ragotin
Ah ! J'ai la gueule morte en ma grande douleur.
Clindor
Comment t'a-t-on appris jusqu'où Ya mon malheur.
Ragotin
Dans ce monde. Monsieur, tout chacun a sa peine, Vous savez bien la vôtre, et je sais bien la mienne.
Clindor
Dis-le moi, t'a-t-on fait quelque chose en ce lieu ?
Ragotin
Un certain innocent qui, sans savoir le jeu M'a fait jouer ici ; j'ai tiré votre bourse, Il a tout emporté, puis il a pris sa course.
Clindor
Ah ! traître , tu seras pendu dedans ce lieu.
Ragotin
Monsieur, est-ce ma faute ? Il ne sait pas le jeu.
Clindor
Hélas ! je suis perdu si tu ne le fais prendre, Il n'est rien plus certain que je te ferai pendre, Dépêche vitement de courir après lui : Après tant de malheurs il faut mourir d'ennui.
Scène 6
Guillot, Clidamant
Guillot
Mais, Monsieur, voulez-vous avec vos amourettes, Courir incessamment et louves et louvettes ? Et n'êtes-vous point las d'aller et nuit et jour En ces chiens de harnois exprimer votre amour ! On ne voit rien que vous à toute heure en hommage, En carrosse de ville ; en fiacre de louage ; N'étiez-vous pas encore hier à courir les champs, Où vous poussâtes là mille soupirs touchants, Auprès d'une beauté sensible à votre peine : Aujourd'hui dans Charonne et demain dans Vincennes, À Boulogne, Passy, Saint-Cloud, chez la du Rier Cocher, vous faites-là le repas familier, Vous vous divertissez de la bonne manière. Dans ce charmant logis où l'on fait chère entière, Et quand vous aurez pris vos aimables ébats, Vous rentrez en carrosse , et puis au petit pas, Mon cher, remène-nous par le Cours de la Reine, Là, vous goguenardez avec votre Chimène, Puis vous étant donné, comme on dit, du menu, Alors que vous avez tout votre soûl Et toute la journée et toute la nuitée, Vous allez reposer votre tête éventée. Monsieur, si vous menez encore long-temps ce train, C'est prendre de l'enfer justement le chemin.
Clidamant
Ah ! Loin de te railler au fort de mon martyre, Cherchons plutôt l'objet pour qui mon coeur soupire.
Guillot
Comme de nos harnois c'est ici le bureau, Cessez d'inquiéter votre dijgne cerveau , Vous-y verrez bientôt venir vos demoiselles 5e camper en ces lieux comme des sentinelles, Pour voir les damoiseaux afin d'espionner, Qui leur pourra donner quelque chose à gagner: Dès qu'elles peuvent voir un homme d'apparence Elles sont à l'affût pour avoir sa finance, S'il vient s'encarrosser pour chasser son ennui, Elles ne manquent pas de s'y mettre avec lui, Et ne peut s'échapper des mains de ces coquettes Qu'il ne soit aussi sec qu'un paquet d'allumettes. Comme elles sont, Monsieur, adroites à cela, Vous imaginez-vous qu'elles s'en tiennent là ? Celle que vous aimez de ce métier se pique, Et vous êtes, ma foi, sa meilleure pratique, Ainsi vous la verrez bientôt dedans ce lieu.
Clidamant
Que je serais heureux, ah ! Guillot, plut à Dieu!
Scène 7
Guillot, Clidamant, Lisette
Guillot
Monsieur, j'en vois déjà quelqu'une qui se montre, Cherchez fortune ailleurs, nous n'avons plus de montre,
Clidamant
Tais-toi.
Lisette
Mon cher ami cesse de te fâcher. Ma maîtresse m'a dit de vous venir chercher, Monsieur, et vous trouvant votre montre rendre. vous
Guillot
De peur qu'elle n'échappe, il la faut vite prendre.
Clidamant
Si tu me parles plus, je te vais étrangler.
Guillot
Ah1- j'aime beaucoup mieux, monsieur, ne point parler, Je m'en vais observer un si profond silence, Que vous enragerez.
Clidamant
Dis-moi ce qui l'offense, Et la peut obliger a rendre ce présent.
Lisette
Elle en a, ce dit-elle, un sujet suffisant.
Clidamant
Mais encor, quel est-il ? Et qu'ai-je pu lui faire?
Lisette
Vous me faites pitié, je ne puis vous le taire, Ma maîtresse se plaint, disant qu'en ce moment Qu'elle a su s'en aller, il fallait promptement Dès qu'elle vous quittait hâtivement fa suivre, Pour montrer qu'en amour vous saviez fort bien vivre ; Elle a connu par-là que votre amour est lent.
Clidamant
Ah ! Que dit-elle ? Est-il rien de si violent ? Dites-lui s'il vous plaît que je brûle pour elle, Que l'on ne vit jamais un amant si fidèle, Et que si je n'ai l'heur de la voir en ces lieux, Je suis dans un état tout-à-fait périlleux, Je lui dirai pourquoi je ne l'ai pas suivie.
Lisette
Comme elle vous aimait au-delà de sa vie...
Clidamant
Reportez ce présent à cet objet charmant Lui donnant de ma part encor ce diamant, Et pour vous, s'il vous plaît, prenez ceci, ma fille.
Lisette
Hé, monsieur!
Clidamant
Je le veux.
Guillot
Ah ! Comme elle le pille.
Clidamant
Mais me promettez-vous que je la pourrai voir ?
Lisette
Je vais tout de ce pas y faire mon pouvoir.
Scène 8
Clidamant, Guillot, Clarice, Lisette
Clidamant
Que dis-tu cher Guillot ?
Guillot
Je n'oserais rien dire.
Clidamant
Ah! parle, je le veux.
Guillot
Monsieur, laissez-moi rire. Continuez mon fils. Ah! le joli garçon, Vous allez bientôt faire une bonne maison, Si vous menez encor quelque temps cette vie, Nous vous verrons dans peu chef de la gueuserie. Mais j'aperçois ici venir vos trois filous : Voilà notre brebis à la gueule des loups.
Clidamant
Ah ! que je suis heureux de vous revoir, madame, Être en un lieu sans vous, c'est être sans mon âme.
Clarice
Pour un homme qui dit aimer si puissamment, Vous deviez ce me semble agir tout autrement Me suivre en m'en allant.
Clidamant
Ah! dans cette rencontre, Vous m'eussiez accusé d'avoir suivi ma montre.
Clarice
L'excuse est fort adroite.
Clidamant
Apaisez ce courroux.
Clarice
Allez je vous pardonne et je suis toute à vous.
Guillot
Les voilà bons amis, comme elle l'amadoue, En lui prenant son bien la drôlesse le joue.
Clidamant
Madame obligez-moi, que je vous puisse voir. Montrez ce beau visage où gîte tout mon espoir.
Guillot
Oui c'est bien raisonner, levez votre visière C'est peut-être Monsieur quelque vieille , sorcière.
Clarice
Si je me démasquais, vous seriez bien confus, Voyant mon peu d'attraits, vous ne m'aimeriez plus.
Clidamant
Quand vous n'auriez en vous que votre seule grâce, Je vous...
Clarice
Vous me verrez avant que le jour passe, Mais avant que me voir, voulez vous m'obliger.
Clidamant
Je braverais pour vous jusqu'au plus grand danger. Madame , ce que j'ai de plus considérable, Daignez vous en servir s il vous est agréable ; Ma personne, mon bien, le tout vous est acquis-
Clarice
Je voudrais seulement quatre ou cinq cents louis*
Guillot
Seulement, ce n'est rien, non redoublez la dose, Vous n'avez rien, Monsieur, qu'à rayer cette clause Qui ne passera point de mon consentement. N'avez vous pas son coeur, sa montre, un diamant? Sans nous venir encor escroquer notre bourse : Où pourrions-nous après trouver quelque ressource.
Clidamant
Ah ! je m'en vais ici terminer ton destin.
Guillot
Que m'importe? aussi bien je vais mourir de faim ?
Clarice
Pouvez vous me donner ce que je vous demande ? Il est certain que c'est une laveur bien grande, Mais je verrai par là jusqu'où va votre ardeur, Si vous me l'accordez....
Guillot
Autant pour le broHeur.
Clidamant
Je vous les vais donner présentement, Madame.
Guillot
Moi je vais de ce pas tout dire à votre femme.
Clidamant
Tu vas à ma fureur être sacrifié, Je te vais assommer
Clarice
Vous êtes marié !
Clidamant
Moi marié, Madame? ah! c'est une imposture. Que ce maraud vous dit : tu périras je jure.
Clarice
Un homme marié qui ferait comme vous, Attirerait du ciel sur lui tout le courroux, Ne pouvant trop punir sa perfidie extrême :
Clidamant
Madame, assurément croyez que je vous aime, Que je n'aurai jamais d'autre femme que vous.
Guillot
Madame, par ma foi, s'il était votre époux, Deux femmes sûrement, s'il ne tirait ses chausses ? Le feraient bientôt pendre , où les lois seraient fausses.
Clidamant
Il nous le faut laisser parler tant qu'il voudra. Madame, cependant qu'il se tourmentera, Vous pouvez de ma part accepter cette somme*
Clarice
Le traître ! Je l'accepte,
Lisette
Ah, mon Dieu l'honnête homme !
Guillot
Vous n'avez plus qu'à faire encore un même tour, Pour vous faire nommer Monseigneur d'Argencourt Vous , en usez mon maître avec tant de franchise, Qu'elles vous pilleront jusqu'à votre chemise.
Scène 9
Lucrèce, Guillot, Clidamant, Clarice
Lucrèce
Comment déjà Madame être rendue ici ?
Guillot
Vous n'êtes pas tout seul d'amoureux,dieu merci. Nous allons voir beau jeu si dame jalousie, Se vient mettre une fois dedans sa fantaisie.
Clidamant
Serais-je bien ici témoin d'un rendez-vous?
Lucrèce
Cela pourrait bien être, en êtes-vous jaloux.
Clidamant
Il semble qu'en ce lieu vous vouliez me déplaire.
Lucrèce
Peut-être ? que sait-on ? Cela se pourrait faire.
Clarice
Ah ! Messieurs, s'il vous plaît, parlez sans passion,
Lucrèce
Je suis à tout moment dedans l'occasion, Et s'il ne tient ici qu'à le faire paraître, Je vous ferai bien voir que j'y puis passer maître, Et que je ne crains point des gens faits comme vous. Nous avons quelque fois fait le coup de dessous. Et nous savons pousser une botte si preste, Qu'il n'est point d'homme à qui nous ne donnions le reste.
Guillot
Le vaillant champion ! Ne dites rien Monsieur, Ce cher petit cadet pourrait faire malheur, On dit qu'un petit homme a toujours du courage.
Lucrèce
Le coeur vous en dit-il ? Dégainons, j'en enrage.
Clidamant
Si nous n'étions devant le plus beau des objets, Je vous montrerais bien....
Guillot
Monsieur, non occides.
Clarice
Pour finir promptement votre désordre extrême M'aimez-vous puissamment.
Clidamant
Hélas ! si je vous aime ? Pouvez-vous bien douter d'une telle amitié ?
Clarice
J'en doute avec raison, vous croyant marié.
Clidamant
Je ne le fus jamais, je vous jure Madame,
Clarice
Qui suis-je donc Monsieur, suis-je pas votre femme. Vous ne me dites rien.
Guillot
Ah, qu'il est confondu ! Monsieur consolez-vous, rien ne sera perdu, Vous en auriez été dans une autre rencontre, Pour votre diamant, votre argent et la montre.
Clarice
Là, courtisez-moi donc, mon aimable galant, Quoi votre amour pour moi n'est-il plus violent ?
Clidamant
Ah ! Le ciel par deux fois l'ayant fait naître extrême, Madame il est certain qu'il faut que je vous aime Et que je ne saurais jamais aimer que vous, Mais je puis à mon tour paraître un peu jaloux. Cet amant...
Clarice
Vous doit être un sujet d'allégresse Puisque sous cet habit vous y voyez Lucrèce, Qui s'est su déguiser pour rattraper son bien, Mais j'aperçois Clindor, paix-là, ne disons rien.
Scène 10
Clindor, Ragotin, Lucrèce, Guillot, Clidamant
Clindor
Et bien coquin, dis moi, sais-tu quelques nouvelles? Ne l'a-t-on rien appris de mes perles cruelles, Ces extrêmes malheurs me rendent abattu.
Ragotin
Oui-dà Monsieur, j'en sais.
Clindor
Quelles ?
Ragotin
Tout est perdu.
Clindor
Tu mourras aujourd'hui de la main de ton maître. Mais si je ne me trompe, enfin je vois paraître Ce galant.
Lucrèce
Suis-je exact à me rendre en ce lieu,
Ragotin
C'est cet homme Monsieur qui ne sait pas le jeu.
Clindor
Ah, vous m'avez volé, vous périrez infâme.
Guillot
Monsieur, ne tuez pas s'il vous plaît votre femme, Il n'est pas de besoin ici de l'immoler,
Clindor
Quoi! Madame, c'est vous qui m'avez su voler?
Guillot
Puisque tous deux vos biens se trouvent en vos femmes, Pour elles il vous faut renouveler \os flammes, Messieurs, ton* vos discours sont ici superflus, Mon maître, aimez chez vous, et vous ne jouet plus. Donnez-nous cependant chacun notre maîtresse*
Clidamant
Oui, nous vous les donnons.
Ragotin
Gentillesse.
Guillot
Messieurs, quand vous irez en carrosse à cinq.