Comédie · 1663 · 3 actes

L’intrigue des carosses à cinq sous

de Jean Simonin dit Chevalier

Représentation
≈ 1 h
Distribution
4 femmes, 4 hommes
Répliques
348
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Guillot H 76 ≈ 18 min 7
Lucrèce F 49 ≈ 10 min 7
Ragotin H 31 ≈ 8 min 5
Clidamant H 75 ≈ 8 min 7
Clarice F 46 ≈ 7 min 8
Lisette F 22 ≈ 5 min 6
Clindor H 35 ≈ 3 min 5
Béatrix F 9 ≈ 1 min 4
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle IIIIII
Guillot absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Lucrèce absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Ragotin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Clidamant absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Clarice absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Lisette absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Clindor absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Béatrix absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Acte I

Scène 1

Lisette, Lucrèce

Lisette

Mais, Madame, à quoi bon un tel déguisement ? Et que prétendez-vous par cet habillement ? Dites-moi s'il vous plaît ce que vous voulez faire.

Lucrèce

Tu sais bien que jamais je ne t'ai pu rien taire, Et comme je connais ton esprit fort discret, Je n'ai point de secret qui soit pour toi secret, Saches donc que mon mal est tellement extrême Qu'il serait malaisé d'en trouver un de même, Puisqu'il n'est que trop vrai qu'un mari sans raison, A depuis peu de temps ruiné ma maison, Et pour t'en dire ici la véritable cause, C'est qu'il joue à toute heure, et qu'il perd toute chose. Je n'avais plus chez nous, ô malheur inouï ! Pour tout bien, tout espoir, que deux mille louis, Qu'il vient de m'emporter et quelques pierreries, Qu'il va jouer et perdre à ces Académies : Dis-moi, que dois-je dire ou faire là-dessus.

Lisette

Pour moi mon avis est que ne les ayant plus Il faut pour les ravoir user de toute chose.

Lucrèce

C'est donc pourquoi j'ai fait cette métamorphose, Clindor ne portera que peu d'argent sur lui, Étant fort malheureux, il faut donc aujourd'hui, Comme ordinairement Ragot porte sa bourse, Auprès de ce valet chercher quelque ressource, Aussi bien que son maître il aime fort le jeu, Et quand il est après, il n'en prend pas pour peu ; Voilà ce qui me fait en ce moment prétendre, Que je pourrai ravoir ce que l'on m'a su prendre.

Lisette

Si bien que pour ravoir votre or et vos bijoux, Vous allez justement faire un tour de filou.

Lucrèce

Oui, c'est là mon dessein : dis-moi si tu l'approuves.

Lisette

Ne dit-on pas qu'on prend son bien où l'on le trouve ? Mais ne craignez-vous point que Clindor votre époux, Ne voie par vos traits, Madame, que c'est vous ?

Lucrèce

Le jeu, chère Lisette, occupe trop son âme, Pour, malgré cet habit, reconnaître sa femme.

Lisette

Je croyais vous voyant dedans ce bel atour, Que vous vous étiez mise en tête quelque amour ! En vous masculinant d'une telle manière, Que vous alliez donner à vos esprits carrière. Mais sachant à présent quel est votre dessein, Madame, je n'ai plus ce penser dans le sein, À Dieu ne plaise hélas, que votre humeur fut telle, Qu'amour vint sottement vous brouiller la cervelle : Car enfin que sait on ? Si je voyais pécher ; Je ne pourrais peut-être aussi m'en empêcher ; Comme le naturel au mal a de la pente, Ce mal qui fait du bien, facilement nous tente, À ce qu'au moins jadis ma mère m'en apprit, Je ne le saurais pas si l'on ne me l'eut dit, Et je ne suis pas fille à faire un tel passage ! Sans y faire devant passer le mariage. Si j'avais eu dessein de mordre à l'hameçon, Ragot m'en conte encor de la bonne façon. Il me dit tous les jours ; Mon aimable Lisette, Si tu veux nous ferons ensemble l'amourette, Va je t'épouserai s'il en vient un poupon. Je lui dis là-dessus brusquement, je t'en ponds, C'est pour ton nez, il faut ma foi que l'on t'en donne. Sais-tu si ce serait un poupon ou pouponne Et crois-tu que je sois une fille à cela ? Va lui dis je d'abord, va-t'en au piautre ! Va, Fais-je pas bien, Madame ?

Lucrèce

Oui, cela me contente ; Mais cherchons un remède au mal qui me tourmente. Tu peux t'imaginer après ce que j'ai dit Si je souffre à présent du corps et de l'esprit : Sortons donc promptement d'un si cruel supplice.

Lisette

Vous ne souffrez pas seule, et l'aimable Clarice Ressent ainsi que vous, un extrême tourment ; Clidamant son mari ne fait incessamment, Que courir tout le jour de carrosse en carrosse, Pour avec tous objets faire nouveau négoce, Aux dépens de sa femme il leur fait les yeux doux.

Lucrèce

Il chercherait fortune en carrosse à cinq sous ! Il irait pousser là quelques galanteries !

Lisette

S'il en pousse, Madame ; il en fait des rôties, Clarice votre amie en est au désespoir.

Lucrèce

Que sais-tu ?

Lisette

Béatrix m'apprit tout hier au soir, Et me dit qu'elle était de voir un tel volage, Dans un emportement, qui va jusqu'à la rage, Que Clarice viendrait vous trouver aujourd'hui Pour vous faire savoir l'excès de son ennui. Sens doute on la verra bientôt courir les rues, Ayant dedans l'esprit ces visions cornues, Ne vous l'ai-je pas dit ? Elle vous vient chercher.

Lucrèce

Va t'en pour un moment près d'ici te cacher, La surprise en sera peut-être aussi jolie, Que jamais incident le fut en comédie, Lorsqu'elle me verra dans cet habillement.

Elle se cache dans une aile du théâtre.

Lisette

J'obéis.

Scène 2

Lucrèce, Clarice, Béatrix, Lisette

Lucrèce

Oserais-je objet rare et charmant, Demander en quel lieu votre dessein vous mène ? Vous puis-je accompagner ?

Clarice

N'en prenez pas la peine, Comme je ne m'en vais qu'à quatre pas d'ici, Je me puis aisément passer de vous ainsi ? Je suis trop obligée à votre courtoisie, Ne vous connaissant point.

Lucrèce

Trêve de raillerie, Ce n'est pas d'aujourd'hui que j'ai de vos faveurs, Et nous nous sommes vus en autre part qu'ailleurs.

Clarice

Moi je vous aurais vu ? Dieux quelle menterie ! Cessez votre arrogance et votre effronterie, Je ne vous vis jamais autre part qu'en ce lieu, Trêve donc d'entretien, et là-dessus adieu.

Lucrèce

Comment ? Vous, qui m'aimez avec ardeur extrême. User avec moi d'un si grand stratagème Et si je vous disais que vous m'allez chercher.

Clarice

Je vous chercherais, moi ? Dieu m'en veuille empêcher, Mon cher petit Monsieur, je vous jure mon âme, Bien loin de vous chercher, que je cherche une femme.

Lucrèce

Vous cherchez une femme ? Oui, femme comme moi. Je vous contenterai comme elle sur ma foi.

Clarice

Laissons-le, Béatrix, faisons notre visite.

Béatrix

Peut-être ce Monsieur est une hermaphrodite.

Clarice

Laissons-le encore un coup, allons sortons d'ici, Mais Lisette paraît, tire nous de souci, Où peut-être Lucrèce ?

Lisette

Elle est ici tout proche.

Clarice

Où ? Je ne la vois point.

Lisette

Ô la dure caboche Elle est devant vos yeux, ne la voyez vous point ?

Béatrix

Il faut donc qu'elle y soit en chausses et pourpoint Car plus j'emploie ici les efforts de ma vue Je ne vois rien qu'un homme, ou bien j'ai la berlue.

Lisette

Comme on dupe aisément et les yeux et l'esprit, Lucrèce assurément gît dessous cet habit.

Béatrix

Les femmes à présent portent le haut de chausses ! Je n'aurais jamais cru votre apparence fausse.

Lucrèce

Quoi vous méconnaissez qui vous connaît si bien, Et qui vous aime tant ?

Clarice

Je n'y comprenais rien, Et l'on ne vit jamais dans notre cour charmante ! Un homme d'une mine et d'humeur plus galante Pour moi, j'en suis surprise et ne le puis nier.

Béatrix

Vous n'entendez pas mal à vous hommifier.

Clarice

Pourquoi vous êtes vous mise en cette posture ?

Lucrèce

Pour tâcher de finir les tourments que j'endure.

Clarice

Ils ne sont pas plus grands, je crois que mon souci, Lorsque vous les saurez ; mais quelqu'un vient ici, Cherchons où nous conter le mal qui nous tourmente.

Scène 3

Ragotin, Clindor

Ragotin

Votre façon d'agir, Monsieur, est bien méchante.

Clindor

Nous avons de l'argent Ragot, nous voilà bien.

Ragotin

Monsieur encor un coup, ce tour-là ne vaut rien, Il faut que vous ayez une âme bien tigresse ; D'aller voler ainsi votre femme Lucrèce, Comment ? Tout emporter et tout prendre chez vous, Pour aller le porter à la gueule aux filous ? Car il n'est rien plus vrai qu'en ces Académies, Il se commet souvent force friponneries. Témoin certain manteau doublé du même drap, Dont à mon grand regret il me fut fait un rapt : Dans ce maudit endroit ; où tout chacun abonde, On y voit des futés s'il en est dans le monde ; Le fils dupe le père et le père le fils, Ils se pendraient plutôt qu'ils n'eussent vos louis Là dans ce maudit lieu plein de libertinage ; Et vous et vos louis sont d'abord au pillage, Et si tôt qu'ils ont mis mon maître au rang des gueux, Il sort, et ces matois partagent tout entre-eux. Si bien qu'après cela vous allez vous ébattre, À faire comme on dit, chez vous rafle de quatre, Et tout ce qui se peut rencontrer sous vos mains, Vous l'allez justement porter à des gredins, Qui n'ont le plus souvent pour toute leur richesse Qu'une paire de mains pour les tours de souplesse, Pour attraper la bourse aux pauvres innocents, Ainsi qu'ils vous ont fait malgré toutes vos dents. Des tours de ces adroits valent mieux que les vôtres Puisqu'ils savent fort bien vivre aux dépens des autres, Mais vous qui ne savez vivre qu'à vos dépens, Vous ne serez jamais rien qu'au rang des rampants Et vous serez contraint de faire quelque affaire, Qui très certainement nous sera fort contraire.

Clindor

Que tu raisonnes mal, ô le plus grand des fous !

Ragotin

Lorsque vous ne pourrez plus rien prendre chez vous, Vous irez autre part à la petite guerre, Et comme je vous suis, Monsieur, par toute terre, Si l'on vous met après la main sur le collet, On la mettra d'abord dessus votre valet ; Quoi que mon innocence aille jusqu'à l'extrême Si vous ne valez rien, on me croira de même, Et l'on nous mènera tout deux droit en prison ; Après si nous savons quelque belle oraison, Nous n'aurons s'il nous plaît dans ce lieu qu'à la dire, Jugez si nous aurons fort grand sujet de rire, Quand dedans peu de temps devant force témoins, On vous accourcira de votre tête au moins, Et moi qui n'ai rien fait pour aucun mal prétendre, On ne laissera pas joliment de me pendre. Monsieur, sur le plancher je sais danser fort bien, Mais je ne sais point l'art de danser dessus rien.

Clindor

Pour moi, je crois, Ragot, ta folie achevée.

Ragotin

Monsieur, c'est un plaisir d'aller tête levée, Ma mère-grand un jour me disait sur cela, Mon fils, qui bien fera toujours bien trouvera : Mille paroles, peuple ! Ô les belles sentences ! Qui les suivra n'ira jamais en décadences.

Clindor

Tout cela va fort bien, mais sans plus discourir, Donne moi quelque argent pour m'aller divertir.

Ragotin

Oui dà : cela, Monsieur, est plus que raisonnable, Sans pécune on n'est pas en compagnie aimable. Mais vous la ménagez de mauvaise façon ; Tâchez à l'avenir d'être joli garçon. Je sais qu'il ne faut pas passer pour un infâme, Qu'un homme sans argent est un vrai corps sans âme, Et que dans cet état les hommes sont moqués ; Allez vous réjouir, voilà deux sous marqués, Que je n'ai de vous jamais aucun reproche.

Clindor

Je pourrais bien ici vous casser la caboche Lorsque vous me traitez de cette façon là.

Ragotin

Monsieur, prenez plutôt tout ce qu'il vous plaira. La femme, à ce qu'on dit, est fort bonne sans tête, Mais pour moi, sans mon chef, je vaux moins qu'une bête, Ainsi laissez-le moi.

Clindor

Je prends trente louis. Je m'en vais.

Ragotin

Ils seront bientôt évanouis Diable, quel ménager ! On voit sur son visage Qu'il vendra tout dans peu pour vivre de ménage. Mais tandis qu'il s'en va pousser le paroli, Je m'en vais me donner d'un doigt de rossolis, Aussi bien quelqu'un vient.

Scène 4

Lucrèce, Clarice

Lucrèce

Enfin, ma chère amie Mon galant vient d'entrer dedans l'Académie : Et comme son valet s'en va boire beaucoup, Ce sera le moyen de mieux faire mon coup. Vous avez su de moi le sujet de ma peine, Et vous m'avez appris aussi ce qui vous gêne. Il ne reste donc plus qu'à chercher les moyens, D'alléger vos tourments en allégeant les miens ; Mais avec Béatrix prenez encore Lisette, Je n'ai pas besoin d'elle en ce que je projette. Cependant que je vais entrer dedans ce lieu, Employez tous vos soins à jouer votre jeu, Clidamant ne saurait aller chercher négoce ; Sans passer par ici pour entrer en carrosse : Je vous quitte un moment, adieu jusqu'au revoir, Ce que vous aurez fait, faites-le moi savoir, Envoyez-moi Lisette.

Elles se cachent.

Clarice

Adieu, votre servante : Ô Ciel fais réussir le dessein que je tente, Nous avons toutes trois chacune notre loup, Tâchons de n'être pas surprise tout d'un coup. Mais le voici déjà ; voyons ce qu'il veut faire, Et dessus son projet nous ferons notre affaire.

Scène 5

Clidamant, Guillot

Clidamant

Mais Guillot à quoi bon me vouloir arrêter ? Ne feras-tu jamais que me persécuter ?

Guillot

Monsieur, excusez-moi, si je vous persécute, C'est pour vous détourner de chercher chape-chute. Et qu'est-il de besoin de courir en lutin, Vous pour faire l'amour, moi pour mourir de faim ? Dans le temps que je souffre et mille et mille peines Vous faites le Rodrigue auprès de vos Chimènes, On vous voit tout le jour en fiacres à cinq sous, À faire l'entendu, le beau fils, les yeux doux, À nommer vos objets de merveilleux chefs d'oeuvres, Cependant que Guillot avale des couleuvres. Ah, Monsieur j'aimerais tout autant me voir mort, Que d'être à tout moment à courir le bon bord, À la Place Royale, et puis aux Tuileries, Luxembourg, l'Arsenal, ce sont nos galeries, Si vous voulez Monsieur que nous vivions sans bruit, Ne nous embarquons point sur la mer sans biscuit. Je sais de bonne part que l'amour vous fait vivre, Mais sans repaître un peu, je ne vous saurais suivre, Avant qu'aller plus loin, prenons le bon parti, Et faisons, s'il vous plaît, beati garniti.

Clidamant

Ce coquin n'a jamais son âme satisfaite.

Guillot

Vous vous allez jouer à pousser la fleurette, Et si je vous vais voir exprimer votre amour, Peut-être deviendrais-je amoureux à mon tour ; Puis, si la Béatrix, de Madame suivante, Vient à s'apercevoir qu'un autre objet me tente Et que je ne sois plus d'elle passionné, Le diable sera lors sur mon corps déchaîné, Et pour me maltraiter de mon humeur légère Elle viendra sur moi fondre toute en colère, Me disant furieuse, en ouvrant les naseaux, Je ne serai jamais viande pour tes oiseaux, Beau chercheur de midi, monsieur l'homme de chambre. Et me pourra peut-être avaler quelque membre. J'aime mieux n'être point en cette extrémité, Que de me voir jamais aucun membre gâté.

Clidamant

Lorsque je suis sensible, il faut que tu sois souche.

Guillot

Un exemple amoureux terriblement me touche, Et sitôt que j'entends parler sur ce sujet, Je me trouve d'abord je ne sais comment fait : Dès qu'un objet fripon vient à mes yeux paraître, L'eau me vient à la bouche et ne suis plus mon maître, Un feu s'épand en moi du bas jusques en haut, Je jase, comme on dit, dès que j'ai le pied chaud.

Clidamant

Quand d'un nouvel amour tu te laisserais prendre, Dis-moi, ta Béatrix pourrait-elle l'apprendre ? Elle n'en saurait rien, repose-t'en sur moi, Mais quelqu'un vient ici.

Guillot

Sont-ce femmes ?

Scène 6

Clidamant, Clarice, Guillot, Béatrix

Clidamant

Tais-toi. Mesdames, puis-je bien sans avoir votre haine, M'informer du sujet qui dans ce lieu vous mène ? Vous y puis-je servir ?

Clarice

Qu'il est humilié ! Le traître !

Guillot

Trouvez-vous chaussure à votre pied ?

Clidamant

Ah, je t'étranglerai si tu ne te sais taire.

Clarice

Nous allons au palais pour une grande affaire, Et le carrosse étant une commodité...

Clidamant

Je viens chercher aussi cette nécessité, Mais je ne vis jamais de si belles plaideuses.

Guillot

Poussez Monsieur, ce sont de nos solliciteuses.

Clidamant

Laisse-moi.

Clarice

Le perfide ! ah l'homme déloyal !

Guillot

Que je parle un moment.

Clidamant

Et bien, parle, animal.

Guillot

Dites-moi, s'il vous plaît, puisqu'il je vous trouve, Si sous ce masque loup vous ne seriez point louve, Car vous me paraissez sans vous flatter beaucoup. La plus vilaine bête enfin d'après le loup.

Clidamant

Quoi ? Je ne pourrai pas empêcher tes sottises ?

Béatrix

Cela n'est rien, Monsieur, ce sont des gaillardises.

Clidamant

Coquin, va vite voir si le carrosse est prêt.

Guillot

J'y vais, le malin corps !

Clidamant

Mesdames, s'il vous plaît, Acceptez mon service, il n'est rien qui m'arrête.

Guillot

Approchez vitement, votre monture est prête Autrement, on pourra vous souffler les deux fonds.

Clidamant

De peur de ce malheur, Mesdames avançons, Et ne demeurons pas dans ce lieu davantage,

Guillot

En nous voyant partir, criez tous bon voyage, Allons bon train cocher, touche tes bourriquets, Sans verser, s'il se peut, mène-nous au Palais.

Scène 7

Un Homme, Guillot, Homme

Un Homme

Arrête un peu, mon cher, as-tu là quelque place ?

Guillot

Oui si nous nous voulons écraser la carcasse, Oh, le joli dessein pour nous faire étouffer !

Homme

Que veut dire ce sot ?

Guillot

Gardez de m'échauffer Vous auriez de ma part des blessures mortelles.

Homme

Ce coquin...

Guillot

Détalons, maudites haridelles.

Acte II

Scène 1

Lucrèce

Lucrèce

Pour tâcher de ravoir toutes mes pierreries, Je m'étais préparée à beaucoup d'industries. Mais Clindor n'ayant vu personne dans ce lieu Il n'a pu s'embarquer par ce moyen au jeu. Si bien qu'en attendant que compagnie arrive, Il vient prendre un carrosse : il faut que je l'y suive. Si quelqu'un fut venu jouer pour l'amuser J'eusse pu trouver lieu de le déniaiser, Il parait : abordons-le et de façon galante. Sans douté vous cherchez notre maison roulante.

Scène 2

Clindor, Lucrèce, Petit Laquais

Clindor

Oui c'est pour ce sujet que je m'en viens ici.

Lucrèce

C'est un endroit fort propre à cacher le souci, Et pour plusieurs raisons, il faut que l'on avoue, Que qui sut l'inventer, mérite qu'on le loue. Dès qu'un homme se voit entrer dans le chagrin, Qu'il entre en ce carrosse, il le bannit soudain, On rencontre en ces lieux mille charmantes dames, On pousse des torrents de soupirs et de flammes : Enfin on en voit là de toutes les façons ; On y voit quelques fois des filles en garçons.

Clindor

Il est vrai que ce lieu se peut sans flatterie, Nommer le beau séjour de la galanterie, Où les plus grands plaisirs...

Lucrèce

Moi qui vous parle, moi, Savez-vous que j'en ai rangé dessous ma loi ? Et que la plus aimable et la plus vertueuse, Résiste rarement à ma flamme amoureuse.

Clindor

Monsieur, certainement un homme comme vous, Peut faire en se montrant quantité de jaloux : Le ciel en vous faisant, fit tout ce qu'il pût faire.

Lucrèce

Je ne suis pas bien fait, mais j'ai le don de plaire, Et les plus fiers objets, sachant ce que je puis, Avec moi passeraient et les jours et les nuits.

Clindor

Enfin vous êtes donc homme à bonnes fortunes ?

Lucrèce

Il est vrai que j'en ai, qui ne sont pas communes : Et vous pouvez penser si des gens comme nous, Peuvent manquer d'avoir d'abord le rendez-vous.

Clindor

J'avouerai qu'en vous seul on voit toute la grâce.

Lucrèce

Et si je vous disais qu'en cette même place, Des Dames m'ont promis de me venir chercher. Venez-y, vous verrez combien je leur suis cher. Vous serez le témoin de toutes leurs caresses, Vous verrez si je suis heureux en mes maîtresses, Et comme je les rends sensibles à mes coups ; Il s'en pourra trouver quelques-unes pour vous, Et je veux aujourd'hui vous faire voir des choses, Que l'on ne vit jamais dans les Métamorphoses. Pour peu qu'à quelque objet je daigne offrir mes voeux, Je le fais condescendre à tout ce que je veux ; Ce sera vers le soir, venez-y je vous prie, Vous verrez en amour si j'ai de l'industrie.

Clindor

Je vous promets ma foi, que je m'y trouverai.

Lucrèce

Par ce que je ferai, je vous étonnerai ; Mais je crois que j'entends venir notre voiture : Arrête-là cocher, cherchons quelqu'avanture, À qui nos feux aidons puissent être expliqués.

Clindor

Tiens petit enfant bleu, prend mes cinq sous marqués.

Lucrèce

Misérable mortel : prends les miens, je te prie ; As-tu déjà quelqu'un ? Aurons nous compagnie ?

Petit Laquais

Femmes, filles et moines, enfin des trois mendiants, Il ne nous manque plus que des comédiens.

Lucrèce

Allons nous ferons là quelque plaisante histoire.

Petit Laquais

Hé, Monsieur, donnez-moi quelque chose pour boire.

Clindor

Va, nous t'en donnerons, mets la portière bas.

Lucrèce

Quelqu'un vient, plaçons-nous, cocher double le pas.

Scène 3

Clarice, Béatrix, Lisette

Clarice

A-t-on jamais parlé d'une telle aventure ? J'allais expressément dedans cette voiture, A dessein de savoir ce que fait mon mari, Quand il trouve un objet digne d'être chéri, Et comme je voyais deux assez belles dames, Pour s'attirer de lui des soupirs tout de flammes, Je n'eusse jamais cru qu'un bonheur merveilleux, L'eut rendu malgré lui de sa femme amoureux.

Béatrix

Madame vos façons ne sont pas trop honnêtes, De chercher en carrosse à faire des conquêtes, Car enfin toutes deux nous en sommes témoins.

Clarice

Le lâche ! À mon loup seul il rendait tous ces soins.

Lisette

Mais vous voyez pourtant que son coeur est tout vôtre.

Clarice

Oui, parce qu'il m'a prise en ce lieu pour une autre, Si je ne fusse entrée en carrosse avec lui, Comme les autres fois, j'en tenais aujourd'hui : S'il venait comme on dit des cornes à la tète, J'en aurais Dieu merci d'une longueur honnête. Mais il faut cependant que je voie en ce jour, Jusques où peut aller l'excès de son amour. Tantôt en m'en contant de la bonne manière, Le plus que je pouvais j'affectais d'être fière, Car il faut qu'un objet à se rendre soit lent, Pour mieux faire valoir de l'amour le talent : Pourtant j'appréhendais de paraître trop lente Et qu'ayant comme il a l'humeur fort inconstante, Il n'allât présenter et son coeur et sa foi En ma présence même à quelqu'autre qu'à moi ; C'est pourquoi Béatrix je me suis radoucie, Jusques à me promettre à lui toute ma vie, Et je lui pouvais bien promettre ce bonheur, Sans, comme tu le sais, risquer pour mon honneur. Mais je le veux railler.

Béatrix

C'est le moins qu'il mérite, Il nous le faut berner tantôt à sa visite, Alors qu'il vous viendra faire ici les yeux doux.

Lisette

Comme il vous a donné ce lieu pour rendez vous, Et que d'amour il est, tout à-fait susceptible, Nous le verrons ; bientôt, la chose est infaillible.

Béatrix

Si j'étais que de vous... mais je les vois venir.

Clarice

Cachons nous pour les voir un peu s'entretenir.

Scène 4

Clidamant, Guillot

Clidamant

Guillot que je me sens épris de cette dame ! Et que sans l'avoir vue enfin elle m'enflamme.

Guillot

Mais vous n'en avez vu que la taille et le port, Car son loup...

Clidamant

Son esprit m'a su prendre d'abord, Son mérite est si grand, qu'on ne s'en peut défendre.

Guillot

Je vous trouve Monsieur par trop facile à prendre, L'on ne vous verra point sans vous railler beaucoup, De vous être laissé prendre ainsi par le loup, Mais gardez s'il vous plaît, dans votre amour étrange, De faire ici la bête, et que le loup vous mange.

Clidamant

Tout ce que tu me dis, ne m'en détourne point, Je l'aime ; et son esprit me charme au dernier point. Ah, Guillot quel plaisir on a dans ces carrosses.

Guillot

Quel plaisir de se voir charrier par des rosses, Par des harengs forêts des chevaux si hideux, Que j'aimerais autant être en charrette à boeufs, Qu'on soit dedans le fond ou dedans la portière, On voit rosses devant, on voit rosses derrière, On a beau regarder de l'un à l'autre bout, On ne voit jamais rien que des rosses partout.

Clidamant

Gardez pour trop rosser, qu'ici je ne vous rosse.

Guillot

Comme un chirurgien vous cherchez plaie et bosse, Mais ne m'en faites pas en cette occasion, Car je suis ennemi de la contusion. Monsieur si nous avons à demeurer ensemble, Ne nous battons jamais, ou qu'on nous désassemble, Devant que quelque coup soit sur moi déchargé, Sans autre compliment je vous donne congé.

Clidamant

A-t-on vu quelquefois qu'un valet chasse un maître ?

Guillot

Si vous ne l'avez vu, vous le voyez paraître, Avant que nous ayons quelque difficulté, Que chacun de nous deux aille de son côté ; Il est très assuré que vous êtes mon maître Et moi votre valet, quoi qu'indigne de l'être : Mais si vous me traitez autrement que fort bien, Dès ce même moment, nous ne nous serons rien.

Clidamant

D'où vient que contre moi ta colère s'enflamme ? Tu te lâches toujours.

Guillot

Vous avez une femme, Dont le Ciel par l'hymen vous a fait un présent, Charmante et dont le bien est pour vous suffisant. Cependant vous allez courir la prétentaine. Pensez-vous qu'une femme aime telle fredaine, Et qu'en continuant à faire l'éventé, Elle n'en fasse pas autant de son côté ? Croyez-vous que Madame enfin soit une bête, Pour ne se mettre pas la jalousie en tête ? Et que si vous courez à tout moment ainsi Vous ne la voyez pas bientôt courir aussi ?

Clidamant

Je me rirai toujours de ce que tu sais dire.

Guillot

Monsieur tout doucement il ne faut point tant rire, Je sais un quolibet tout-à-fait familier, Qui dit que rira bien qui rira le dernier. Si comme vous, Madame allait courir la ville, Pour se faire conter la fleurette gentille, Qu'elle se fit traîner en carrosse public, Et qu'au jeu de coureuse elle vous fit repic, Qu'en cherchant comme vous autre, par sa fortune, En carrosse commun elle devint commune, Qu'à toute heure elle mit votre honneur en péril, Dites-moi s'il vous plaît, le jeu vous plairait il ?

Clidamant

Non.

Guillot

Mais cette façon vous étant coutumière, Elle pourrait agir de la même manière, Et comme vous mettez son honneur aux abois. Vous rendre bien souvent des fèves pour des pois. Joint qu'elle s'y ferait suivre de sa suivante Et si dans ces harnois quelque galant les tente, Et que toutes les deux y perdent leurs vertus Monsieur qui de nous deux sera le plus camus ?

Clidamant

Ton esprit n'est rempli que de mille sottises, Et tu ne m'entretiens jamais que de bêtises,

Guillot

Ce qu'on doit craindre encor en carrosse à cinq sous, C'est qu'on livre son coeur à la gueule des loups ; On ne rencontre là que chétives donzelles, Qui... vous m'entendez bien passent pour telles qu'elles ! Et si Satan allait un beau jour s'aviser De se vêtir en dame et pour vous courtiser Dessus son laid minois qu'il allât mettre un masque, Et que monsieur mon maître et son amour fantasque Allât conter fleurette à ce démon follet, Et qu'il se trouvât pris par ce diable au collet, Une serait pas temps alors de s'en dédire ; Bien loin de vous quitter, il n'en ferait que rire, Et quand il vous tiendrait une fois dans son lieu, Dieu sait s'il vous ferait grande chère et beau feu. Tout cela ne vaut rien sachez que si Madame ; Vous voit jamais brûler d'une nouvelle flamme, Qu'elle vous voie user d'un trafic si gaillard, Elle vous laissera faire l'amour à part ; Et voyant en amour que vous faites ripaille Elle se servira du droit de représailles, Puis après vous dira pour vous crever d'ennui, Ainsi que cet oiseau : comme il te fait fais lui.

Clidamant

Ah, qu'elle n'est pas femme à faire telle faute, Elle a trop de sagesse et l'âme par trop haute, Pour me tromper jamais,

Guillot

Et, Monsieur, que sait-on ? L'occasion, dit-on, fait souvent le larron.

Clidamant

Mais je la vois venir ; évitons sa rencontre.

Scène 5

Clarice, Guillot, Clidamant, Béatrix, Lisette

Clarice

Justes Dieux ! Il me fuit d'abord que je me montre.

Guillot

Monsieur, approchez-vous.

Clidamant

Te tairas-tu, maraud ?

Guillot

Faites lui mettre un loup, vous l'aimerez bientôt.

Clarice

Comment donc? vous fuyez alors qu'on vous appelle?

Guillot

Il ressemble au chien de feu Jean de Nivelle,

Clarice

Mais qui vous rend, Monsieur, de si mauvaise humeur?

Clidamant

J'ai perdu mon argent.

Clarice

Ou plutôt votre coeur.

Clidamant

Ah ! Madame1 saches que je suis toujours vôtre, Et Guillot vous peut dire.

Guillot

Oui, c'est un bon apôtre.

Clidamant

Que je vous aime autant...

Guillot

Madame, par ma foi, Il vous aime en un point... enfin... que sais-je moi ? Je ne puis pas avoir l'éloquence assez forte, Pour vous bien l'exprimer, ou le diable m'emporte.

Clarice

Je vous laisse rêver, adieu, je vais chez nous.

Clidamant

Madame, n'auriez-vous pas vol remontre sur vous ? La mienne est demeurée au logis sur ma table.

Clarice

La voilà, je m'en vais.

Guillot

Il la voudrait au diable, Pauvre souffre-douleur que tu me fais pitié ! Il faut que vous soyez, Monsieur, sans amitié.

Clidamant

Ah! depuis que j'ai vu cette adorable dame, Je ne saurais souffrir aucunement ma femme. Ne serai-je jamais au bien heureux moment, Que je dois voir ici cet objet si charmant? Mais las! je l'aperçois : ô dieux qu'elle a de grâce! Madame, vous daignez vous rendre en cette place ; Ah ! que vous me comblez de faveurs en ce jour.

Clarice

On ne saurait moins faire ayant beaucoup d'amour,

Guillot

Peste qu'elle l'entend, la matoise est rusée, Dès la seconde vue elle est apprivoisée.

Clidamant

Madame, je vous offre, et mon coeur et mon bien.

Guillot

Il n'en sortira pas sans y laisser du sien.

Clarice

Voyez la trahison , la perfidie extrême, En tiendrais-je à présent si je n'étais moi-même?

Clidamant

Acceptez, s'il vous plaît, mon service et ma foi.

Clarice

Je ne refuse point ce qui n'est du qu'à moi, C'est une vanité, mais comme je vous aime Ce serait , me trahir si vous n'aimiez de même, Ainsi deux coeurs unis ne doivent être qu'un.

Guillot

Ils vont mettre bientôt tout leur bien en commun Mais comme il fait l'amour à sa chère poupine, Qu'a lui conter douceur le drôle se calme. Si pour moi vous vouliez avoir le coeur bénin, Nous pourrions bien aussi nous donner du câlin.

Béatrix

Quoi, tu voudrais à deux donner tes amourettes?

Guillot

Pourquoi non ? Un bon coq à bien douze poulettes.

Lisette

Vraiment c'est pour ton nez, ou t'en donnera deux.

Guillot

$avez-vous que je suis rudement Et amoureux, qu'au moins le valet peut avoir deux Climènes. Lorsque le maître en a trois ou quatre douzaines.

Clarice

Monsieur, votre valet vous met en grand crédit?

Guillot

Nous avons en amour tous deux bon appétit.

Clidamant

Tout ce qu'il dit n'est rien que pour nous faire rire ; Madame, autre que vous no cause mon martyre, Oui, de vous adorer je fais tout mon bonheur, J'en jure par vos yeux et dessus mon honneur...

Guillot

Ah ! Ne le croyez pas, il jure par coutume, Il est chargé d'honneur comme un crapaud de plumes.

Clidamant

Ah ! C'est trop m'interrompre.

Guillot

Et bien je ne dis mot,

Clidamant

Vous vous ferez frotter si vous faites le sot, Daignerez-vous souffrir adorable personne, Qu'au nom de mon amour ce présent je vous donne ?

Clarice

Ce serait vous fâcher si je refusais rien, Tous les biens sont communs, alors qu'on s'aime bien, Et comme vous savez à quel point je vous aime... Il me fait un présent de ma montre à moi-même, L'ingrat, le déloyal.

Clarice, Lisette et Béatrix sortent.

Guillot

Ah ! Tout beau, s'il vous plaît, Si vous voulez aimer, aimez sans intérêt : Comment, Monsieur, donner la montre de sa femme? Mais il faut être fou ?...

Clidamant

Veux-tu te taire infâme ? Quoi, je ne puis pas être un moment en repos ! Traître, il faut qu'en ce lieu je te brise les os.

Guillot

Pardon.

Clidamant

Coquin Madame.....

Guillot

Ah ! La bonne, rencontre.

Clidamant

Que veut dire ceci ?

Guillot

Regardes votre montre, Afin que nous puissions savoir quelle heure il est; Vous le méritez bien, Monsieur, puis qu'il vous plaît, Mais votre destinée eût été bien meilleure, Si quand elle était là, la montre eût sonné l'heure, Et qu'avant qu'elle pût d'ici déménager, Vous l'eussiez pu réduire à l'heure du berger.

Clidamant

Non, je n'y comprends rien, plus mon âme s'occupe...

Guillot

Et moi je comprends fort qu'on vous a pris pour dupe, Il valait beaucoup mieux faire l'amour chez vous, Que d'en aller conter en carrosse à cinq sous.

Clidamant

Odieux ! Mais Clindor vient à la place royale.

Guillot

Tout vient ici de vrai, mais la montre détale.

Scène 6

Clindor, Lucrèce, Guillot, Clidamant

Clindor

Adieu, Messieurs, je suis votre humble serviteur.

Lucrèce

Nous n'avons jamais eu tant de bien et d'honneur, Qu'on en a de se voir en votre compagnie, Adieu.

Clindor

Je suis à vous.

Guillot

Que de cérémonie.

Clindor

Qui vous croyait ici, cher ami Clidamant.

Guillot

Il ne s'y voit que trop pour son contentement?

Clidamant

Ah ! Que j'ai de chagrin.

Clindor

Qui le peut faire naître ?

Guillot

Demandez-lui monsieur quelle heure il peut bien être.

Clindor

Tais-toi. mais qu'avez-vous qui vous met en courroux ?

Clidamant

Des dames en carrosse avaient pris rendez-vous, Pour venir en ces lieux, elles y sont venues,

Guillot

Oui, mais avec sa montre elles sont disparues.

Clindor

Hé bien ! pour une montre est-ce un si grand malheur?

Clidamant

Non, mais j'en adore une et c'est là ma douleur,

Clindor

Il est vrai qu'elle est grande.

Guillot

Ah ! Les maudits carrosses, Où l'on prend, coeur, argent, ou l'on fait tous négoces,..

Clindor

J'en sors et ne crois pas que l'on m'ait pris le mien.

Guillot

Que savez vous Monsieur, en jureriez vous bien,

Il fouille en sa poche.

Clindor

Je le verrai bientôt, il n'est rien plus facile. Ouais, je ne trouve rien.

Guillot

Adieu votre mazille.

Clidamant

Quoi Clindor auriez vous trouvé quelques filous?

Clindor

J'avais porté sur moi quantité de bijoux, Et l'on m'a tout volé, la maudite rencontre !

Guillot

Les bijoux sont allés sans doute avec la montre, Je ne m'étonne plus si ces dignes Messieurs, Vous disaient qu'ils étaient si fort vos serviteurs Qu'ils n'avaient jamais eu tant de bien en leur vie, Qu'ils en avaient reçu de votre compagnie.

Clindor

Encore si j'avais en ce lieu mon valet....

Guillot

Monsieur, chez chaque orfèvre envoyez un billet. Pour moi, si je les trouve avecque mon Olinde... Et nous, Monsieur, allons chercher nos louves d'Inde.

Acte III

Scène 1

Clarice, Lucrèce

Clarice

Avouons toutes deux qu'en carrosse à cinq sous, Nous avons fait des tours qui sont dignes de nous. Puisque vous en avez tiré vos pierreries Et qu'un mari m'a dit forces galanteries : Mais quoi s'il s'est rendu dans ce lieu mon amant Je n'en dois le bonheur qu'à mon loup seulement; Pour vous on ne peut trop admirer votre adresse.

Lucrèce

Il est vrai que j'ai fait le trait avec souplesse; Je vais pour mon argent jouer d'un autre tour

Clarice

Moi jouer Clidamant jusqu'à la fin du jour.

Lucrèce

Si Ragotin paraît ; voici quelque ressource ; Nous nous retrouverons dès que j'aurai la bourse. Ne vous éloignez pas s'il vous plaît de ces lieux.

Scène 2

Ragotin

Ragotin

La peste le bon vin, mais il est furieux; J'en devais par ma foi prendre moins d'une draGme, Car je me sens brûler jusques au diaphragme. J'avouerai que cet homme était menteur alors, Qui disait qu'un bon vin soutenait bien un corps, Et qu'un doigt détournait d'aller dedans la tombe. J'en ai bu comme un diable, et je sens que je tombe. Mon ami, mon garçon, mon Fanfan, mon cher coeur, En cette occasion montre de la vigueur..

Scène 3

Lucrèce, Ragotin

Lucrèce

Ah ! L'étrange malheur! que je suis misérable! Est il un sort au monde à mon sort comparable? Dire que j'ai joué, c'est dire j'ai perdu.

Ragotin

Qu'avez-vous donc, Monsieur ? Qui vous rend éperdu ?

Lucrèce

Ce que j'ai ? J'ai perdu plus de mille pistoles, Et je puis bien au moins perdre quelques paroles.

Ragotin

Ah Monsieur, perdez-en, je n'y résiste pas, Comme un désespéré, criez au meurtre, hélas, Pestez et tempêtez après les destinées, Luttez si vous voulez contre les Pyrénéens, Et comme un charretier dans votre passion, Jurez, je verrai tout sans nulle émotion.

Lucrèce

Ah mort !

Ragotin

Fort bien.

Lucrèce

M'avoir quitté de la manière! Avec trente louis, je vais dans la rivière Les jeter, si je n'ai quelqu'un pour les jouer, Mais quoi, sais-je aucun jeu ?

Ragotin

Je veux l'amadouer, Il vaut mieux les gagner, que souffrir qu'il les jette Il ne sait pas le jeu, je n'y suis pas mazette, Monsieur les voulez-vous jouer dedans ce lieu ?

Lucrèce

Je le voudrais bien, mais je ne sais pas le jeu.

Ragotin

Ho! nous vous le pourrons facilement apprendre, Pourvu que vous vouliez présentement m'entendre, Quelle carte est-ce là !

Lucrèce

C'est le roi de carreau.

Ragotin

L'innocent' l'As de coeur, peste du jouvenceau. Et ces deux autres là ?

Lucrèce

Ce sont je crois deux trèfles.

Ragotin

S'il s'en allait au Temple, il aurait bien des nèfles. À quel jeu jouerons nous ?

Lucrèce

À quelque jeu nouveau, Au Lansquenet.

Ragotin

Coupez.

Lucrèce

Je n'ai point de couteau.

Ragotin

Au diable soit la bête et l'ignorance crasse.

Lucrèce

Étant de qualité j'aurais mauvaise grâce, De jouer avec toi, puis as-tu de l'argent ?

Ragotin

Apprenez que je suis moins que vous indigent. Que je ne suis jamais sans quinze cent pistoles, Je vais vous les tirer pour prouver mes paroles.

Lucrèce

Honnête homme parbleu, puisqu'il a de l'argent.

Ragotin

Çà, Monsieur, s'il vous plaît, commençons maintenant. Coupez ; à vous la main.

Lucrèce

Sur les deux cartes vôtres, Que jouez-vous, l'ami ? les trente louis nôtres?

Ragotin

Oui-dà, je le veux bien.

Lucrèce

Celle-là c'est pour moi. Mais beau jeu bon argent.

Ragotin

Tout est de bon aloi.

Lucrèce

Pourquoi venir parler sur le jeu de la sorte. Savez-vous que je suis un homme qui m'emporte C'est trop, il faut au nez les cartes vous lancer.

Ragotin

Monsieur, attendez-moi, je vais les ramasser.

Lucrèce

Tandis que bonnement les cartes il ramasse, Plions-lui sa toilette et de fort bonne grâce, Et songeons promptement à déloger d'ici.

Scène 4

Ragotin

Ragotin

Je vais à vous, Monsieur; ne parlez plus ainsi Et laissez-nous jouer, Messieurs, sans nous rien dire; Coupez, ou diable est-il, il s'est caché pour rire, [Espérant que la peur me saisirait tes sens, Mais, peste, il ne lient rien, je connais bien mes gens. Et puis son innocence allant jusqu'à l'extrême Pourrait-il jamais faire une action de même ? Cherchons-le cependant, quoiqu'il ne soit pas fin, S'il s'en était allé, j'en aurais du chagrin : Ah ! C'est trop vous cacher, Monsieur, de l'ignorance, Hola ! Ne suis-je point dupé par l'innocence. Ouais, je n'aperçois rien, il n'est plus en ce lieu, Je suis volé sans doute, il ne sait pas le jeu ? Monsieur! Au diablezot, il a plié bagage, C'est moi-même qui suis l'innocent personnage, Si mon maître survient, je suis pendu tout net, Il vient.

Scène 5

Clindor, Ragotin

Clindor

Je voudrais bien rencontrer mon valet, Afin de pouvoir mieux mettre ordre à mon affaire, Le voilà, Ragotin, parle, qui te fait taire ?

Ragotin

Ah ! J'ai la gueule morte en ma grande douleur.

Clindor

Comment t'a-t-on appris jusqu'où Ya mon malheur.

Ragotin

Dans ce monde. Monsieur, tout chacun a sa peine, Vous savez bien la vôtre, et je sais bien la mienne.

Clindor

Dis-le moi, t'a-t-on fait quelque chose en ce lieu ?

Ragotin

Un certain innocent qui, sans savoir le jeu M'a fait jouer ici ; j'ai tiré votre bourse, Il a tout emporté, puis il a pris sa course.

Clindor

Ah ! traître , tu seras pendu dedans ce lieu.

Ragotin

Monsieur, est-ce ma faute ? Il ne sait pas le jeu.

Clindor

Hélas ! je suis perdu si tu ne le fais prendre, Il n'est rien plus certain que je te ferai pendre, Dépêche vitement de courir après lui : Après tant de malheurs il faut mourir d'ennui.

Scène 6

Guillot, Clidamant

Guillot

Mais, Monsieur, voulez-vous avec vos amourettes, Courir incessamment et louves et louvettes ? Et n'êtes-vous point las d'aller et nuit et jour En ces chiens de harnois exprimer votre amour ! On ne voit rien que vous à toute heure en hommage, En carrosse de ville ; en fiacre de louage ; N'étiez-vous pas encore hier à courir les champs, Où vous poussâtes là mille soupirs touchants, Auprès d'une beauté sensible à votre peine : Aujourd'hui dans Charonne et demain dans Vincennes, À Boulogne, Passy, Saint-Cloud, chez la du Rier Cocher, vous faites-là le repas familier, Vous vous divertissez de la bonne manière. Dans ce charmant logis où l'on fait chère entière, Et quand vous aurez pris vos aimables ébats, Vous rentrez en carrosse , et puis au petit pas, Mon cher, remène-nous par le Cours de la Reine, Là, vous goguenardez avec votre Chimène, Puis vous étant donné, comme on dit, du menu, Alors que vous avez tout votre soûl Et toute la journée et toute la nuitée, Vous allez reposer votre tête éventée. Monsieur, si vous menez encore long-temps ce train, C'est prendre de l'enfer justement le chemin.

Clidamant

Ah ! Loin de te railler au fort de mon martyre, Cherchons plutôt l'objet pour qui mon coeur soupire.

Guillot

Comme de nos harnois c'est ici le bureau, Cessez d'inquiéter votre dijgne cerveau , Vous-y verrez bientôt venir vos demoiselles 5e camper en ces lieux comme des sentinelles, Pour voir les damoiseaux afin d'espionner, Qui leur pourra donner quelque chose à gagner: Dès qu'elles peuvent voir un homme d'apparence Elles sont à l'affût pour avoir sa finance, S'il vient s'encarrosser pour chasser son ennui, Elles ne manquent pas de s'y mettre avec lui, Et ne peut s'échapper des mains de ces coquettes Qu'il ne soit aussi sec qu'un paquet d'allumettes. Comme elles sont, Monsieur, adroites à cela, Vous imaginez-vous qu'elles s'en tiennent là ? Celle que vous aimez de ce métier se pique, Et vous êtes, ma foi, sa meilleure pratique, Ainsi vous la verrez bientôt dedans ce lieu.

Clidamant

Que je serais heureux, ah ! Guillot, plut à Dieu!

Scène 7

Guillot, Clidamant, Lisette

Guillot

Monsieur, j'en vois déjà quelqu'une qui se montre, Cherchez fortune ailleurs, nous n'avons plus de montre,

Clidamant

Tais-toi.

Lisette

Mon cher ami cesse de te fâcher. Ma maîtresse m'a dit de vous venir chercher, Monsieur, et vous trouvant votre montre rendre. vous

Guillot

De peur qu'elle n'échappe, il la faut vite prendre.

Clidamant

Si tu me parles plus, je te vais étrangler.

Guillot

Ah1- j'aime beaucoup mieux, monsieur, ne point parler, Je m'en vais observer un si profond silence, Que vous enragerez.

Clidamant

Dis-moi ce qui l'offense, Et la peut obliger a rendre ce présent.

Lisette

Elle en a, ce dit-elle, un sujet suffisant.

Clidamant

Mais encor, quel est-il ? Et qu'ai-je pu lui faire?

Lisette

Vous me faites pitié, je ne puis vous le taire, Ma maîtresse se plaint, disant qu'en ce moment Qu'elle a su s'en aller, il fallait promptement Dès qu'elle vous quittait hâtivement fa suivre, Pour montrer qu'en amour vous saviez fort bien vivre ; Elle a connu par-là que votre amour est lent.

Clidamant

Ah ! Que dit-elle ? Est-il rien de si violent ? Dites-lui s'il vous plaît que je brûle pour elle, Que l'on ne vit jamais un amant si fidèle, Et que si je n'ai l'heur de la voir en ces lieux, Je suis dans un état tout-à-fait périlleux, Je lui dirai pourquoi je ne l'ai pas suivie.

Lisette

Comme elle vous aimait au-delà de sa vie...

Clidamant

Reportez ce présent à cet objet charmant Lui donnant de ma part encor ce diamant, Et pour vous, s'il vous plaît, prenez ceci, ma fille.

Lisette

Hé, monsieur!

Clidamant

Je le veux.

Guillot

Ah ! Comme elle le pille.

Clidamant

Mais me promettez-vous que je la pourrai voir ?

Lisette

Je vais tout de ce pas y faire mon pouvoir.

Scène 8

Clidamant, Guillot, Clarice, Lisette

Clidamant

Que dis-tu cher Guillot ?

Guillot

Je n'oserais rien dire.

Clidamant

Ah! parle, je le veux.

Guillot

Monsieur, laissez-moi rire. Continuez mon fils. Ah! le joli garçon, Vous allez bientôt faire une bonne maison, Si vous menez encor quelque temps cette vie, Nous vous verrons dans peu chef de la gueuserie. Mais j'aperçois ici venir vos trois filous : Voilà notre brebis à la gueule des loups.

Clidamant

Ah ! que je suis heureux de vous revoir, madame, Être en un lieu sans vous, c'est être sans mon âme.

Clarice

Pour un homme qui dit aimer si puissamment, Vous deviez ce me semble agir tout autrement Me suivre en m'en allant.

Clidamant

Ah! dans cette rencontre, Vous m'eussiez accusé d'avoir suivi ma montre.

Clarice

L'excuse est fort adroite.

Clidamant

Apaisez ce courroux.

Clarice

Allez je vous pardonne et je suis toute à vous.

Guillot

Les voilà bons amis, comme elle l'amadoue, En lui prenant son bien la drôlesse le joue.

Clidamant

Madame obligez-moi, que je vous puisse voir. Montrez ce beau visage où gîte tout mon espoir.

Guillot

Oui c'est bien raisonner, levez votre visière C'est peut-être Monsieur quelque vieille , sorcière.

Clarice

Si je me démasquais, vous seriez bien confus, Voyant mon peu d'attraits, vous ne m'aimeriez plus.

Clidamant

Quand vous n'auriez en vous que votre seule grâce, Je vous...

Clarice

Vous me verrez avant que le jour passe, Mais avant que me voir, voulez vous m'obliger.

Clidamant

Je braverais pour vous jusqu'au plus grand danger. Madame , ce que j'ai de plus considérable, Daignez vous en servir s il vous est agréable ; Ma personne, mon bien, le tout vous est acquis-

Clarice

Je voudrais seulement quatre ou cinq cents louis*

Guillot

Seulement, ce n'est rien, non redoublez la dose, Vous n'avez rien, Monsieur, qu'à rayer cette clause Qui ne passera point de mon consentement. N'avez vous pas son coeur, sa montre, un diamant? Sans nous venir encor escroquer notre bourse : Où pourrions-nous après trouver quelque ressource.

Clidamant

Ah ! je m'en vais ici terminer ton destin.

Guillot

Que m'importe? aussi bien je vais mourir de faim ?

Clarice

Pouvez vous me donner ce que je vous demande ? Il est certain que c'est une laveur bien grande, Mais je verrai par là jusqu'où va votre ardeur, Si vous me l'accordez....

Guillot

Autant pour le broHeur.

Clidamant

Je vous les vais donner présentement, Madame.

Guillot

Moi je vais de ce pas tout dire à votre femme.

Clidamant

Tu vas à ma fureur être sacrifié, Je te vais assommer

Clarice

Vous êtes marié !

Clidamant

Moi marié, Madame? ah! c'est une imposture. Que ce maraud vous dit : tu périras je jure.

Clarice

Un homme marié qui ferait comme vous, Attirerait du ciel sur lui tout le courroux, Ne pouvant trop punir sa perfidie extrême :

Clidamant

Madame, assurément croyez que je vous aime, Que je n'aurai jamais d'autre femme que vous.

Guillot

Madame, par ma foi, s'il était votre époux, Deux femmes sûrement, s'il ne tirait ses chausses ? Le feraient bientôt pendre , où les lois seraient fausses.

Clidamant

Il nous le faut laisser parler tant qu'il voudra. Madame, cependant qu'il se tourmentera, Vous pouvez de ma part accepter cette somme*

Clarice

Le traître ! Je l'accepte,

Lisette

Ah, mon Dieu l'honnête homme !

Guillot

Vous n'avez plus qu'à faire encore un même tour, Pour vous faire nommer Monseigneur d'Argencourt Vous , en usez mon maître avec tant de franchise, Qu'elles vous pilleront jusqu'à votre chemise.

Scène 9

Lucrèce, Guillot, Clidamant, Clarice

Lucrèce

Comment déjà Madame être rendue ici ?

Guillot

Vous n'êtes pas tout seul d'amoureux,dieu merci. Nous allons voir beau jeu si dame jalousie, Se vient mettre une fois dedans sa fantaisie.

Clidamant

Serais-je bien ici témoin d'un rendez-vous?

Lucrèce

Cela pourrait bien être, en êtes-vous jaloux.

Clidamant

Il semble qu'en ce lieu vous vouliez me déplaire.

Lucrèce

Peut-être ? que sait-on ? Cela se pourrait faire.

Clarice

Ah ! Messieurs, s'il vous plaît, parlez sans passion,

Lucrèce

Je suis à tout moment dedans l'occasion, Et s'il ne tient ici qu'à le faire paraître, Je vous ferai bien voir que j'y puis passer maître, Et que je ne crains point des gens faits comme vous. Nous avons quelque fois fait le coup de dessous. Et nous savons pousser une botte si preste, Qu'il n'est point d'homme à qui nous ne donnions le reste.

Guillot

Le vaillant champion ! Ne dites rien Monsieur, Ce cher petit cadet pourrait faire malheur, On dit qu'un petit homme a toujours du courage.

Lucrèce

Le coeur vous en dit-il ? Dégainons, j'en enrage.

Clidamant

Si nous n'étions devant le plus beau des objets, Je vous montrerais bien....

Guillot

Monsieur, non occides.

Clarice

Pour finir promptement votre désordre extrême M'aimez-vous puissamment.

Clidamant

Hélas ! si je vous aime ? Pouvez-vous bien douter d'une telle amitié ?

Clarice

J'en doute avec raison, vous croyant marié.

Clidamant

Je ne le fus jamais, je vous jure Madame,

Clarice

Qui suis-je donc Monsieur, suis-je pas votre femme. Vous ne me dites rien.

Guillot

Ah, qu'il est confondu ! Monsieur consolez-vous, rien ne sera perdu, Vous en auriez été dans une autre rencontre, Pour votre diamant, votre argent et la montre.

Clarice

Là, courtisez-moi donc, mon aimable galant, Quoi votre amour pour moi n'est-il plus violent ?

Clidamant

Ah ! Le ciel par deux fois l'ayant fait naître extrême, Madame il est certain qu'il faut que je vous aime Et que je ne saurais jamais aimer que vous, Mais je puis à mon tour paraître un peu jaloux. Cet amant...

Clarice

Vous doit être un sujet d'allégresse Puisque sous cet habit vous y voyez Lucrèce, Qui s'est su déguiser pour rattraper son bien, Mais j'aperçois Clindor, paix-là, ne disons rien.

Scène 10

Clindor, Ragotin, Lucrèce, Guillot, Clidamant

Clindor

Et bien coquin, dis moi, sais-tu quelques nouvelles? Ne l'a-t-on rien appris de mes perles cruelles, Ces extrêmes malheurs me rendent abattu.

Ragotin

Oui-dà Monsieur, j'en sais.

Clindor

Quelles ?

Ragotin

Tout est perdu.

Clindor

Tu mourras aujourd'hui de la main de ton maître. Mais si je ne me trompe, enfin je vois paraître Ce galant.

Lucrèce

Suis-je exact à me rendre en ce lieu,

Ragotin

C'est cet homme Monsieur qui ne sait pas le jeu.

Clindor

Ah, vous m'avez volé, vous périrez infâme.

Guillot

Monsieur, ne tuez pas s'il vous plaît votre femme, Il n'est pas de besoin ici de l'immoler,

Clindor

Quoi! Madame, c'est vous qui m'avez su voler?

Guillot

Puisque tous deux vos biens se trouvent en vos femmes, Pour elles il vous faut renouveler \os flammes, Messieurs, ton* vos discours sont ici superflus, Mon maître, aimez chez vous, et vous ne jouet plus. Donnez-nous cependant chacun notre maîtresse*

Clidamant

Oui, nous vous les donnons.

Ragotin

Gentillesse.

Guillot

Messieurs, quand vous irez en carrosse à cinq.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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