Proverbe · 1769 · 2 actes

La poupée

d’Alexandre-Guillaume de Moissy

Représentation
≈ 18 min
Distribution
3 femmes
Répliques
145
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Mademoiselle Minette F 22 ≈ 4 min 4
Caroline N 29 ≈ 3 min 7
Joséphine N 24 ≈ 3 min 6
Monsieur Dulac N 13 ≈ 2 min 3
La Bonne F 15 ≈ 2 min 3
Fanchette N 14 ≈ 2 min 4
La Mère F 8 ≈ 1 min 1
Petit Dulac N 13 ≈ 1 min 4
Monsieur De La Fayette N 6 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle La PoupéeLes Gourmandes
Mademoiselle Minette absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Caroline absentabsentabsentabsent
Joséphine absentabsentabsentabsentabsent
Monsieur Dulac absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
La Bonne absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Fanchette absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
La Mère absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Petit Dulac absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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La Poupée

Scène 1

Mademoiselle Minette

Impromptu.

Mademoiselle Minette

Eh bien ! Mademoiselle, ferez-vous ce que je vous dis ? Voulez-vous bien vous tenir droite ? Songez que je suis votre bonne, et qu'une bonne a droit de vous faire obéir, de vous gronder quand elle veut, et de vous corriger quand vous n'obéirez pas... Eh bien !... À qui est-ce que je parle ? Voulez-vous... Eh bien !... Ah ! Vous avez de l'humeur... Eh bien ! Vous aurez une tape sur l'épaule, comme ma bonne m'en donne souvent plus mal-à-propos ; oui, je ne suis pas si méchante pour vous, que ma Bonne l'est pour moi, et vous n'en êtes pas plus obéissante ; mais je ferai tout comme elle, et vous aurez affaire à moi.

Scène 2

La Bonne, Mademoiselle Minette

La Bonne

Ah ! ah ! Mademoiselle, vous dites-là de jolies choses à votre poupée ; je vous frappe donc mal-à-propos ; je fuis donc méchante ; allons donnez-moi votre Poupée tout-à l'heure. Elle prend la poupée. Vous ne la reverrez de huit jours pour vous apprendre à lui tenir de pareils discours.

Mademoiselle Minette

Mais, ma Bonne, je ne savais pas que vous étiez-là ; oh ! Rendez-moi ma Poupée.

La Bonne

Non, Mademoiselle.

Mademoiselle Minette

Vous ne voulez pas ?

La Bonne

Non, vous dis-je, elle est avec vous en trop mauvaise compagnie ; vous lui dites des menteries, et cela n'est pas bien.

Mademoiselle Minette

Eh bien ! Ma Bonne, c'est vrai, je lui ai dit que vous êtes méchante, et ce ne sont pas des menteries, comme vous voyez, puisque vous voulez m'ôter ma poupée ; aussi pourquoi écoutez vous ce que je lui dis ? Ça n'est pas bien d'écouter les personnes qui parlent ensemble, seriez-vous bien aise que je vous écoutasse moi, quand vous causez avec Dubois, le valet de chambre de mon Papa, et qui vous dit bien d'autres choses que tout ce que j'ai dit à ma Poupée ?

La Bonne

Mademoiselle, quand je cause avec lui, nous ne disons du mal de personne.

Mademoiselle Minette

Ah ! Vraiment, je le sais bien, vous ne vous dites que des choses sort gracieuses à l'une et à l'autre.

La Bonne

Voilà qui est bien, il ne s'agit point de cela.

Mademoiselle Minette

Eh bien ! Rendez-moi ma poupée.

La Bonne

Non, vous ne l'aurez pas, sûrement.

Mademoiselle Minette

Vous ne voulez donc pas me la rendre, une fois, deux fois, vous ne voulez pas ?

La Bonne

Non.

Mademoiselle Minette

Eh bien ! Emportez-la, je sais bien ce que je ferai.

La Bonne

Eh ! Que ferez-vous s'il vous plaît ?

Mademoiselle Minette

Allez, je me la ferai bien rendre. Ah ! Tenez, j'entends parler Monsieur de la Fayette, qui est mon bon ami et celui de Maman : je m'en vais lui dire qu'il me la fasse rendre.

La Bonne

Ah ! Vous pouvez lui dire tout ce qu'il vous plaira, mais il ne me forcera pas de vous la rendre.

Scène 3

Mademoiselle Minette, Monsieur De La Fayette, La Bonne

Mademoiselle Minette

Mon bon ami, tenez, voilà ma Bonne qui vient de me prendre ma Poupée, parce que je causais avec elle, et qui veut me la garder pendant huit jours.

Monsieur De La Fayette

Et pourquoi cela ? Ah ! La Bonne, rendez la poupée à Mademoiselle Minette, à ma considération.

La Bonne

Non, Monsieur, je vous considère beaucoup, mais j'ai des raisons de punir Mademoiselle des propos ridicules qu'elle tient à sa poupée, en lui ôtant les moyens de s'entretenir avec elle, comme elle fait, sur mon compte.

Monsieur De La Fayette

Eh ! Qu'est-ce qu'elle lui disait donc sur votre compte ?

Mademoiselle Minette

Eh bien ! Je lui disais, que vous êtes méchante, ma Bonne ! Et cela est vrai, tant que vous ne voudrez pas me rendre ma poupée.

Monsieur De La Fayette

Allons, la Bonne, rendez-la lui, elle ne le dira plus.

La Bonne

Non, Monsieur, vos prières sont inutiles, je ne la rendrai pas.

Mademoiselle Minette

Voyez, mon bon ami, si j'ai tant menti que ma Bonne le dit ; mais demandez lui donc plus fort.

Monsieur De La Fayette

La Bonne. Je veux absolument, je veux absolument que vous rendiez à Minette sa poupée.

La Bonne

Et moi, je ne veux pas la rendre.

Mademoiselle Minette

Vous voyez, comme elle est obstinée ; eh bien ! Elle dira que c'est moi ; je sais bien quel qu'un qui me la fera rendre.

La Bonne

Oui, nous verrons.

Scène 4

Monsieur De La Fayette, Mademoiselle Minette, La Mère, La Bonne

Monsieur De La Fayette

Madame, je vous donne le bonjour. Ah ! Madame, Mademoiselle Minette a bien du chagrin.

Mademoiselle Minette

Ah ! Ma chère Maman, vous venez bien à propos ; baisez-moi donc, ma petite Maman.

La Mère

Bonjour, Minette. Eh bien ! Qu'est-ce qu'il y a donc ? Quelque mécontentement que vous avez donné à votre Bonne, je gage, Mademoiselle ; vous savez que je n'aime pas cela.

Mademoiselle Minette

Ni moi non plus, Maman, car c'est toujours moi qui en suis punie : mais, Maman, je ne saurais plus avoir recours qu'à vous, pour l'avoir ma poupée, que ma Bonne m'a ôtée.

La Mère

Votre Bonne vous a ôté votre Poupée, apparemment parce que vous le méritez.

La Bonne

Oui, Madame, Mademoiselle lui dit des choses qui ne sont pas bien ; elle lui fait entendre que je suis méchante, que je ne sais ce que je dis, ce que je fais.

La Mère

Ah ! ah ! Mademoiselle, en ce cas votre Bonne a bien fait.

Mademoiselle Minette

Eh bien ! Ma chère Maman, faites-moi la rendre, cela ne m'arrivera plus, je vous le promets.

Monsieur De La Fayette

Allons, Madame, cette promesse là doit vous désarmer ; Mademoiselle Minette n'a plus que vous pour ressource, car elle a prié sa Bonne inutilement ; mon crédit n'a rien fait non plus, ainsi...

À l'enfant.

La Mère

Je veux bien que vous lui rendiez sa poupée, la Bonne, pour cette sois-ci. Mais la première fois qu'il vous arrivera, Mademoiselle, de tenir avec votre Poupée des propos qui déplairont à votre Bonne, je ne veux pas qu'elle vous la rende de la vie.

Mademoiselle Minette

Oui, Maman.

La Mère

Je veux que vous ayez pour votre Bonne, autant de respect que pour moi.

Mademoiselle Minette

Oui, Maman.

La Mère

Que vous soyez assez raisonnable pour penser qu'elle tient ma place auprès de vous, parce que je ne puis pas y être toujours.

Mademoiselle Minette

Oui, Maman.

La Mère

Et qu'enfin, lui déplaire, c'est déplaire à moi-même.

Mademoiselle Minette

Oui, Maman.

À l'enfant.

La Mère

Allons, la Bonne, rendez-lui sa poupée pour cette fois-ci. Et vous , Mademoiselle, songez à ce que vous me promettez, et à me tenir parole.

Mademoiselle Minette

Oui, Maman.

La Bonne

Tenez, Mademoiselle, la voilà ; vous êtes bienheureuse que votre Maman...

En tenant la Poupée.

Mademoiselle Minette

Oui, ma Bonne... Ah ! La voilà. Je savais bien moi que je l'aurais, mais j'ai eu bien de la peine... Allez ma bonne, soyez tranquille, je ne lui parlerai plus jamais de vous du tout, du tout. Oh ! Je vois bien que sans Maman... Mais le Proverbe a raison qui dit que...

Les Gourmandes

Scène 1

Caroline, Joséphine

Caroline

Ma soeur, Fanchette ne revient point pour nous donner à gouter, et il est six heures.

Joséphine

Dame, mon Papa l'a envoyée en commission bien loin, bien loin ; il est dans la boutique ; veux-tu que je lui demande à gouter ?

Caroline

Bon, il nous donnera du pain sec ; il y a dans le buffet un bon morceau de tourte de frangipane.

Joséphine

Et puis un reste de pot de confitures.

Elle ouvre le buffet.

Caroline

Mon Papa est occupé dans la boutique avec des Marchands. Tiens, vois-tu, ma Soeur, mangeons-en un peu sans que cela paroisse.

Joséphine

Allons voyons, as-tu un couteau?

Elle coupe de la tourte.

Caroline

Oui, tiens, coupons d'abord de la tourte. Tiens, voilà pour toi, et puis voilà pour moi, vois ; il n'y paraît presque pas.

Elle coupe.

Joséphine

Non, mais je n'en ai guère, prêtes-moi ton couteau. Tiens, je m'en vais prendre encore ce petit coin-là.

Caroline

Et moi donc, donnes m'en par-là.

Joséphine

Oui, mais la tourte s'en va.

Caroline

Oh dame ! C'est si bon : donnes-moi encore ça, tiens, plus que ça : ah ! Voilà le morceau tout cassé, comment allons-nous faire ?

Joséphine

Eh bien ! Mangeons tout, nous laisserons le buffet ouvert, et nous dirons que c'est le chat qui l'a mangé.

Elles partagent le reste de la tourte.

Caroline

Tu as raison, cela vaudra mieux que de laisser ce petit morceau tout rompu, tiens.

Joséphine

Ah ! Que c'est bon de la tourte de frangipane ; quand je ferai grande et que j'aurai de l'argent, j'en veux manger à tous mes repas.

Caroline

La voilà partie tout-à-fait.

Joséphine

Et la mienne aussi : et des confitures, en veux-tu ?

Caroline

Oui, un peu, mais n'en faisons pas comme de la tourte ; ne mangeons pas tout : tiens, voilà une petite cuillère pour toi et une pour moi, prenons dans le pot chacune à notre tour.

Joséphine

Oui, prends. Caroline prend, et elles continuent ainsi chacune à leur tour. À moi, à toi, à moi, à toi, à moi : oh ! Voilà déjà le fond du pot que je vois.

Caroline

Ma soeur, voilà mon frère qui revient de l'école, caches donc vite tout cela, et fermons le buffet ; dépêche-toi donc, dépêche-toi donc. Joséphine ferme le buffet.

Scène 2

Petit Dulac, Caroline, Joséphine, Monsieur Dulac

Petit Dulac

Mes soeurs, où est donc Fanchette ? Avez-vous gouté ?

Caroline

Non, nous l'attendons, elle est allée en commission, elle va revenir.

Petit Dulac

Oh ! Moi, j'ai faim, je m'en vais prendre à gouter dans le buffet.

Caroline

Mon frère, n'ouvrez pas le buffet, vous savez bien que mon Papa ne veut pas que nous prenions à gouter nous-mêmes.

Petit Dulac

Mais moi, j'ai faim, et je ne veux prendre que du pain.

Joséphine

Oh ! Tu n'ouvriras pas le buffet ; Fanchette va revenir , attends un moment, nous attendons bien nous.

appelle de la boutique

Monsieur Dulac

Dulac, qu'est-ce que vous faites là dedans ?

Il sort et va dans la boutique.

Petit Dulac

Rien, mon Papa.

Scène 3

Joséphine, Caroline

Elle s'ouvre le buffet.

Joséphine

Bon, le voilà occupé dans la boutique, achevons le pot de confitures, c'est à moi à prendre.

Caroline

Non, c'est à moi.

Joséphine

Mademoiselle, c'est à moi. Elles prennent toutes les deux ensemble dans le pot.

Caroline

Voyez-vous ce que vous faites, Mademoiselle, il n'y a plus rien à présent ; c'est pourtant vous qui êtes si gourmande...

Joséphine

Ah ! C'est bien vous même : comment allons-nous faire maintenant ? Et quand on s'apercevra qu'il n'y a plus ni tourte, ni confitures...

Elle casse le pot de confitures.

Caroline

Sais-tu ce qu'il faut faire ? Voilà le chat qui dort, enfermons-le dans le buffet, cassons le pot de confitures avant, et on croira que c'est le chat qui a tout mangé et tout cassé.

Joséphine

C'est bon, c'est bon, tiens le voilà, prends garde qu'il ne s'en aille.

Elle met le chat dans le buffet.

Caroline

Ah que non ; donne, tiens. Voilà le buffet bien fermé, vas, nous sommes des bonnes.

Scène 4

Petit Dulac À Fanchette, Fanchette, Petit Dulac, Joséphine, Caroline

Petit Dulac À Fanchette

Ma Mie, nous vous attendons, pour nous donner à gouter.

Fanchette

Vous ne pouviez pas en prendre ?

Petit Dulac

Dame, mes soeurs n'ont pas voulu.

Joséphine

Non, mon Papa a défendu qu'on ouvre le buffet, quand vous n'y êtes pas, ma Mie.

Fanchette

Allons, je m'en vais vous en donner, attendez un moment. Elle entend le bruit du chat dans le buffet. Mais, qu'est-ce que j'entends donc là, dans ce buffet ?

Caroline

Dame, nous ne savons pas.

Petit Dulac

C'est le chat qui est enfermé dans le buffet, je gage.

Joséphine

Peut-être bien : oh ! Cela serait drôle.

Fanchette

Peste soit du chat, il m'a fait peur.

regarde dans le buffet

Petit Dulac

Ma Mie, il a cassé le pot de confitures ; bon, il a mangé le reste de la tourte de diner.

Caroline

Ah ! Le vilain chat, il faut le battre ; attendez, je m'en vais tâcher de l' attraper.

Fanchette

Mais, comment se fait-il que ce chat s'est trouvé enfermé dans le buffet, Mesdemoiselles ?

Joséphine

Ma Bonne, ce n'est pas notre faute, c'est vous, peut être, avant de vous en aller...

Caroline

Vous étiez bien pressée, ma Bonne, et vous aurez enfermé ce maudit chat, sans y prendre garde : il se fourre partout.

Fanchette

Mesdemoiselles, il y a quelque chose là dessous ; regardez moi.

Joséphine

Eh bien ! Ma bonne, n'allez-vous pas croire que c'est nous à présent.

Fanchette

Oui, c'est quelque nouveau tour de votre façon, car vous êtes si gourmandes !

Caroline

Ah ! Ma Bonne, je vous assure... Demandez plutôt à mon frère.

Fanchette

Oui, demandez à mon camarade, qui est aussi malin que moi.

Scène 5

Monsieur Dulac, Petit Dulac, Fanchette, Caroline, Joséphine

Monsieur Dulac

Mais, qu'est-ce donc que ce train là ?

Petit Dulac

Ce n'est rien, mon Papa ; c'est le chat qui était enfermé dans le buffet, qui a mangé le reste de la tourte et des confitures, et qui a cassé le pot.

Fanchette

C'est ce que Monsieur et ces Demoiselles veulent me faire croire ; ils ont tout mangé apparemment, et ont tâché de tout mettre sur le compte du pauvre chat, qu'ils ont enfermé dans le buffet.

Monsieur Dulac

C'est-il vrai, Mesdemoiselles ?

Caroline

Non, je vous assure, mon Papa.

Joséphine

Oh ! Pour ça non, ce n'est pas nous.

Au petit Dulac.

Monsieur Dulac

Ce n'est pas vous. Et vous, Monsieur, vous ne dites rien.

Petit Dulac

Dame, mon Papa, si je ne dis rien, c'est que je n'en sais rien ; je sais seulement que je n'ai pas gouté, et que j'ai bien faim.

Joséphine

Et moi aussi.

Caroline

Et moi aussi...

Fanchette

Les vilains enfants ! On ne peut pas tourner le dos un moment.

Monsieur Dulac

Voilà qui est bien, Fanchette, une autre fois vous prendrez garde à fermer votre buffet.

Fanchette

Monsieur, je vous assure qu'il était fermé, et que le chat n'était pas dedans quand je suis sortie, car il dormait sur une chaise.

Monsieur Dulac

Allons, en voilà assez de dit : il est trop tard maintenant pour faire gourer des enfants, il n'y a qu'à tout de suite leur donner à souper.

Fanchette

Eh bien ! Leur souper est tout prêt, c'est un morceau de boeuf à la mode.

Monsieur Dulac

Soit, faites-les souper, puisqu'ils n'ont pas goûté.

Monsieur Dulac y va.

Petit Dulac

Oh ! Tant mieux. On cogne à la boutique,

Scène 6

Fanchette, Caroline

Les trois enfants se mettent à table.

Fanchette

Allons, Monsieur et Mesdemoiselles, voilà votre souper, prenez vos serviettes.

Fanchette

Tenez, voilà chacun un bon morceau sur votre assiette ; tâchez de manger proprement.

Caroline

Oui, ma Mie.

Scène 7

Joséphine, Monsieur Dulac, Caroline, Petit Dulac, Fanchette

Joséphine

Ce coquin de chat ! Oh ! Si je le tenais, comme je le battrais !

Monsieur Dulac

Allons, Mesdemoiselles, mangez, puisque vous avez si faim.

Caroline

Aussi nous mangeons bien, mon Papa.

Petit Dulac

Pour moi, je n'ai jamais eu tant faim.

Caroline

Mon frère, tu n'as plus rien, veux-tu mon morceau ?

Petit Dulac

Oui, donne.

Joséphine

Oh ! Tiens, je t'en prie, prends le mien aussi, et mange le vite.

la bouche toujours pleine

Petit Dulac

Donne, mais dame, je ne peux pas manger tout à la fois.

Monsieur Dulac

Ah ! Ah ! Mesdemoiselles, je vous y prends ; voilà donc l'appétit que vous avez ; vous faites manger tout votre souper à votre frère, et vous avez fait semblant d'avoir faim pour me tromper...

Caroline

Mais, mon Papa, c'est que...

Monsieur Dulac

Vous accusez le chat d'avoir mangé la frangipane et les confitures, et vous n'avez pas faim : allons, allons, je dais maintenant à quoi m'en tenir, et vous serez punies comme deux insignes gourmandes.

Caroline

Ah ! Mon Papa, je vous assure.

Monsieur Dulac

Chansons que tout cela, les chats peuvent manger de la frangipane, mais les chats ne mangent pas de confitures : vous n'avez pas pensé à cela, mais il faut vous l'apprendre : allons, montez toutes deux dans votre chambre, et je donne ordre à Fanchette, de vous corriger. Comme vous le méritez.

Joséphine

Ah ! Mon Papa, eh bien, c'est vrai ; nous vous demandons pardon, cela ne nous arrivera plus.

Caroline

Non, mon Papa, plus jamais.

Monsieur Dulac

Cela est inutile ; allons, partez, partez vite. Fanchette, vous m'entendez bien.

Elle emmène Joséphine et Caroline.

Fanchette

Oui, Monsieur, je vous réponds que je ne les épargnerai pas, car c'est tous les jours la même chose ; ce sont deux gourmandes fieffées.

Caroline

Ah ! Ma mie.

Joséphine

Ma petite Bonne...

Monsieur Dulac

Et toi, mon ami, je te rends justice, tu n'es point leur complice, je le vois bien à ton appétit ; mais on peut bien dire, en fait de gourmandise et de malice, de tes soeurs, que les deux font la paire ; elles sont rusées, mais je leur apprendrai cette sois-ci que...

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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