Le Petit Paysan Hardi
Scène 1
Lucas
Il s'assied dans le fauteuil.
Lucas
Oui, morgué, vive la hardiesse ! J'étais embarrassé par où entrer, m'est avis que j'ai trouvé la bonne porte. Me voilà ici bien à mon aise ; c'est ce qu'ils appelions le Thiâtre : me voilà voirement fort à mon aise, mais ce n'est que jusqu'à ce qu'on me chasse, car ils vont venir pour représenter leurs fariboles de Comédie, et le premier de ces Monsieus qui me verra, va me mettre à la porte ; ça m'est aussi sûr que des malédictions à un collecteus : t'as biau être du Village, mon pauvre Lucas, ils te chasseront, je t'en avartis ; tiens, mon enfant, crois-moi, allons nous en.
Scène 2
Monsieur d'Audicour, Lucas
Monsieur d'Audicour
Ah ! Bonjour, mon ami, que faites-vous donc ici tout seul ?
Lucas
Moi, Monsieu, rien. Je me disais tant-seulement de m'en aller, pour vous éviter la peine de me mettre à la porte.
Monsieur d'Audicour
Vous mettre à la porte ! N'êtes-vous pas de ce pays-ci ?
Lucas
Oui, je suis de Saint-Just né natif ; mon père et ma mère en font ; leurs père et mère en étions, et mes enfants en seront, s'il plaît à Dieu de m'en donner queuque jour.
Monsieur d'Audicour
Eh bien ! Mon ami, dès que vous êtes de ce pays-ci, vous n'avez rien à craindre ; maintenant je suis aussi du pays moi, et j'espère, en cette qualité, qu'on aura ici des attentions pour nous.
Lucas
Comment ! Des attentions pour nous ; n'êtes-vous pas de la Compagnie du Châtiau ?
Monsieur d'Audicour
Un peu, oui, mais je n'en suis pas moins du pays.
Lucas
J'ons biau vous envisager, m'est avis que je ne vous connois pas plus que si je ne vous avais jamais vu.
Monsieur d'Audicour
Cela peut être ; mon père n'en est pourtant pas moins le premier laboureur du Canton.
Lucas
Et le mien, morgué, est le plus ancien ; mais vous vous gobargez de nous avec votre père que vous dites laboureur.
Monsieur d'Audicour
Je m'en vais vous mettre au fait. Oui „ par l'acquifition que mon pere vient de faire de cette Terre, il se fait gloire du titre de premier La boureur du Pays. Cette qualité à ses yeux com me aux miens ', est la plus belle du monde, la plus importante à l'humanité, exercée par les plus honnêtes gens ; et comme de fils de La boureur à fils de Laboureur il n'y a que la main, touchez - là, mbn cher Lucas, soyons bons amis ; le hafard vous a fait monter jusques ici, j'en fuis charmé ; devenez dans cet heureux moment lç Député de tout votre Pays, et rece vez en son nom toutes les marques d'attention et d'attachement que nous venons lui donner. Oui, mon cher Lucas, pour que mon discours ne soit point équivoque, je veux vous embras ser de tout m#n cceur, comme l'Ambassadeur du Canton.
Lucas
Eh bien ! Tenez, voilà des manières qui me ravissent l'âme, et si vous êtes tretous bons, comme vous le dites, je vous réponds que j'naurons pas besoin qu'on vous recommande au prône, pour que je prions Dieu pour vous de tout not' coeur. Tout le Village va vous être d'une affection, va vous servir avec Un zèle. . . Vous verrez... Vous verrez... Je n'ai qu'un chagrin qui me prend tout subitement.
Monsieur d'Audicour
Quel est-il ?
Lucas
C'est que j'voudrions... si c'était vote bon plaisir. . .. puisque. ... mais...
Scène 3
Lucas, Mademoiselle d'Audicour, Monsieur d'Audicour
Lucas
Vla une Demoiselle qui m'impose silence... Elle a le regard si honnête et l'abord si avenant, que le plaisir de la voir me coupe la parole...
Mademoiselle d'Audicour
À quoi t'amuses-tu donc, mon Frère ? On n'attend plus que toi pour commencer, joues-tu la Comédie avec Monsieur ?
Monsieur d'Audicour
Non : je lui disais la vérité, en lui apprenant que notre intention est de nous faire aimer de tous les habitants du pays. ....
Lucas
Oh ! Pour cela, vous vous y prenez, morgué, on ne peut pas mieux. Mais quelle est donc cette gentille demoiselle-là ?
Monsieur d'Audicour
C'est la première bergère de nos hameaux ; c'est ma soeur.
Lucas
Plus vous dites, et plus je me confonds. Votre soeur, la première bergère du Hamiau ! En ce cas, je suis donc moi le premier de ses moutons. Oh ! Les bons maîtres que j'avons-là ! Mademoiselle, pardonnez notre importunance, c'est monsieur votre Frère qui en est cause ; il me donne tant de bien à penser de tous tant que vous êtes, que je ne sais auquel entendre ; allais comme j'aurons le temps de développer tout cela, permettez que j'vous salue à bon compte, et que je félicite toutes nos bergères d'avoir une gentille compagne comme vous.
Mademoiselle d'Audicour
Je vous fuis obligée du compliment, ça me flatte d'autant plus qu'il est naturel ; c'est comme je les aime.
Monsieur d'Audicour
Ah ! Ma Soeur, tu ne connais pas encore les plaisirs champêtres, mais tu vas les connaître, en les partageant avec tous les bons et honnêtes habitants de ce pays, la chasse, la pêche, les danses sous l'ormeau mesurées tantôt au son du hautbois, tantôt aux couplets d'une ronde naïve chantée gaiement, et répétée de même : tu verras que ces plaisirs valent bien ceux que la ville offre avec plus d'art et de magnificence, mais avec moins de vérité et de candeur.
Mademoiselle d'Audicour
J'en ai comme toi, mon Frère, la plus agréable idée.
Lucas
Quoi ! Vous danseriez aussi avec nous sous l'ormeau ?
Mademoiselle d'Audicour
Et de tout mon coeur.
Lucas
Quoi ! Vous... Eh bien ! Morgué ; le chagrin que j'avais me quitte ; puisque vous êtes si bons, je m'enrôle dans votre troupiau, et je veux jouer itou la comédie avec vous ; m'est avis que le désir de vous plaire me baillera de l'esprit... Toutes ces paroles qui me semblont arrangées dans un livre comme des plants de laitues, je les dégoiserons tout comme un autre ; alles sont toutes mâchées pour ceux qui savons lire, la mémoire n'a plus qu'à les avaler, et comme je lis tout courant, laissez-moi faire...
Mademoiselle d'Audicour
Voilà toute la besogne.
Lucas
Voilà toute la besogne... Mais il faut de la gesticulation, oui, une certaine manigance dans les bras et dans les mains ; or comme c'est la première fois que je me serai attelé à cette charrue-là, et que vous êtas au fait, vous me baillerez bien queuqu'avis ?
Mademoiselle d'Audicour
Mon cher Lucas, nous n'en savons pas plus que vous, car c'est la première sois aussi que nous nous en mêlons, mais nous comptons sur l'indulgence de nos spectateurs ; j'ai plus besoin que personne de cette indulgence, aussi je la leur demande plus positivement.
Lucas
Allez, Mademoiselle, soyez tranquille ; pour ce qui est en cas de ça, si vous jouez mal, tous les coeurs joueront pour vous, mais nous autres hommes ce n'est pas de même ; au reste, ne nous baillons pas martel en tête ; on sait bien que ce n'est ni vote métier ni le mien ainsi tout coup vaille.
Monsieur d'Audicour
C'est bien dit, Lucas ; ceux qui ne seront pas contents, n'auront qu'à reprendre leur argent à la porte. Toi, prends courage et n'aie pas peur ; car en cela comme en tout...
Le Goûté
Scène 1
Monsieur Blandineau, Madame Blandineau
Monsieur Blandineau
Enfin, Madame, nous voilà donc à notre maison de campagne en pleines vacances pour deux mois , vous trouverez bon, j'espère, que je fasse mon amusement d'instruire ici mon fils et ma fille à ma manière, et de détruire ou du moins de diminuer en eux tous les défauts que la façon dont vous les élevez à Paris, leur inspire.
Madame Blandineau
Et quels défauts, s'il vous plaît, trouvez-vous à détruire en eux ? Voyons, Monsieur, voyons.
Monsieur Blandineau
D'abord en général, vous leur inspirez trop d'orgueil, trop de goût pour le faste des habits et de la parure, trop de penchant pour tous les talents frivoles et même dangereux, comme la Musique, la Danse, etc. Convient-il qu'une fille de procureur soit mise comme une fille de Duchesse, qu'elle exécute toutes sortes de danses, et surtout l'Allemande, comme une fille d'Opéra, et sache mettre en oeuvre tous les moyens de coquetterie comme une fille de joie ?
Madame Blandineau
Oh ! Monsieur, vous voyez tout d'un coup d'oeil si bourgeois, qu'on vous croirait de l'autre siècle ; mais moi, je me conforme dans l'éducation de mes enfants aux usages de celui où je vis.
Monsieur Blandineau
Et c'est en quoi, Madame, vous faites fort mal. Au reste, je veux bien vous laisser un peu maîtresse de former votre fille à votre fantaisie ; les mères malheureusement semblent avoir plus de droits sur l'éducation de leurs enfants semelles que ses pères ; mais pour mon fils, Vous trouverez bon que je n'aie pas la même complaisance, et que je le corrige, si je puis ici, pendant que j'en ai le temps, de tous les défauts qu'il tient de vos mauvais principes.
Madame Blandineau
Et de quoi le corrigerez-vous ?
Monsieur Blandineau
D'abord de se donner des airs de petit Marquis, de prendre un ton méprisant avec ceux qu'il croit au-dessous de lui.
Madame Blandineau
Bon ! Ne voulez-vous pas l'élever comme la fils d'un Vigneron, d'un Paysan, enfin comme le petit Jannot votre illustre filleul ?
Monsieur Blandineau
Eh ! Madame, ne pensez pas plaisanter ; oui, je voudrais que mon dils eût tout le caractère, toute la douceur et toute l'honnêteté qui paraît dans ce pauvre enfant-là, il n'en vaudrait que mieux ; d'ailleurs vous méprisez ce petit bonhomme, parce qu'il est le fils d'un vigneron ; mais après tout, mon fils n'est que le fils d'un procureur, et moi qui n'ai point de vanités, vous savez bien que je ne suis que le fils d'un... Là, ne m'en faites pas dire davantage ; ayez de la hauteur tant que vous voudrez, parce que votre père était marchand ; mais je ne veux pas que non fils en ait, et je prétends, pour mettre sa modestie en exercice, que tant que nous serons ici, il traite avec amitié mon petit filleul, quand il viendra jouer avec lui ; ce n'est que le fils d'un vigneron pauvre, mais c'est le fils d'un honnête homme, utile aux autres hommes, et à bien des hommes qui ne le valent pas.
Madame Blandineau
Ah ! Monsieur Blandineau, voilà de la philosophie, elle se fourre partout.
Monsieur Blandineau
Non, Madame, ce n'est que du bon sens.
Madame Blandineau
Enfin, vous avez votre petit Jannot en tête ; vous n'en démordrez point, je vous connais ; mais si je vous disais que ce fils de paysan est plein de défauts qu'il peut inspirer à mon fils, qu'il est polisson, gourmand, paresseux, menteur, méchant même ; que c'est lui qui vole les fruits de notre petit jardin, auriez-vous encore la fureur de vouloir ?...
Monsieur Blandineau
Ah ! Si vous me prouvez tout cela à n'en pouvoir douter, je lui défendrai de jamais entrer ici.
Madame Blandineau
Si je vous le prouve ? Rien de si aisé. Tenez, je m'en vais faire venir gouter mon fils et ma fille dans ce salon ; c'est toujours dans ce moment, que votre vilain Jannot vient pour attraper quelque chose de leur gouté ; nous nous cacherons tous les deux derrière cette porte ; vous entendrez vous-même les propos de ces enfants, et vous jugerez si je vous en impose.
Monsieur Blandineau
Soit, vous avez raison, voyons.
Un Laquais paraît.
Le Laquais sort.
Madame Blandineau
Lapierre. Apportez ici le Gouté de Mademoiselle et de mon fils, et dites-leur de descendre.
Monsieur Blandineau
Oh ça ! Si Jannot a tort dans la conduite qu'il va tenir avec nos enfants, je vous promets de vous en faire justice ; mais si ce sont nos enfants qui se comportent mal avec lui, promettez moi aussi de les en corriger.
Madame Blandineau
Oui, Monsieur, je vous le promets, mais c'est bien une promesse inutile.
Monsieur Blandineau
Nous allons voir.
Scène 2
Madame Beandineau, Petit Blandineau
Il sort.
aux deux enfants
Madame Beandineau
Allons, mes enfants, mettez-vous là et goutez ; le petit Jannot va venir, faites-le gouter avec vous, mais ayez attention qu'il ne vous mange pas tout.
Petit Blandineau
Oh ! Que oui, Maman, car il est bien gourmand. Tenez, il est dans la basse cour qui polissonne avec du fumier.
Scène 3
Monsieur Blandineau, Madame Blandineau, Jannot. ( Impromptu ), Petit Blandineau, Petite Blandineau
Monsieur Blandineau
Le voici. Approche Jannot.
Madame Blandineau
Comme le voila fait !
Monsieur Blandineau
Est-il vrai, Jannot, que tu polissonnais dans la basse-cour ?
Il se lave les mains sur une assiette.
Jannot. ( Impromptu )
Ah ! Mon Dieu, non, mon Parein, demandez plutôt au Jardinier, je lui aidais à porter du terreau avec une pelle dans le potager ; mais je m'en vais me laver les mains.
Au petit Blandineau.
Monsieur Blandineau
Tu travaillais, mon enfant, cela est bien fait. Mon fils, pourquoi disiez-vous qu'il polissonnait ?
Petit Blandineau
Dame, mon Papa je l'ai cru.
Petite Blandineau
Qu'il n'approche pas de nous toujours, car il nous gâterait tout, mon fourreau de demie-Perse, et l'habit d'été de mon frère.
Ils font semblant de sortir, et se cachent derrière la porte à moitié fermée.
Monsieur Blandineau
Allons, pas tant de mépris, Mademoiselle, goutez ensemble, et surtout ayez la paix entre vous trois ; nous allons faire un tour de promenade hors de la maison, votre frère et moi.
Scène 4
Petit Blandineau, Jannot, Petite Blandineau
Ils s 'asseyent.
Petit Blandineau
Allons, ma soeur, mets-toi là, et moi ici : Et vous, Monsieur Jannot, vous n'avez qu'à vous tenir debout, et ne point vous donner les airs de nous approcher.
Jannot
Oh ! Comme vous voudrez, je ne suis point las du tout.
Petite Blandineau
Eh bien ! Tant mieux pour toi. Tiens, mon frère, voilà une tartine de confitures pour toi, une pour moi, et puis chacun la moitié d'une.
Petit Blandineau
Tiens, ma Soeur, voilà une poire pour toi, une pour moi, et puis aussi chacun la moitié d'une ; pour Monsieur Jannot, voilà un petit morceau de pain qu'il trouvera bon, car c'est du pain blanc dont il ne mange qu'ici.
Jannot
Je vous remercie, mais ne vous en privez pas pour l'amour de moi, peut-être n'en aurez-vous pas trop ; tenez, je n'ai pas beaucoup faim.
Petit Blandineau
Oh ! Tu en mangerais bien avec des poires et des confitures, mais c'est pour nous.
Jannot
Non, je n'ai point coutume de manger de cela à mon gouté, et je n'en mangerais pas quand vous m'en donneriez.
Petite Blandineau
Tu es bien fier, tant mieux, car tu n'en auras pas ; attends, je m'en vais éplucher ma poire avec ma belle lame d'argent, et je t'en donnerai la pelure.
Petit Blandineau
Ma Soeur, qu'il nous aille prendre des poires dans le jardin, et il en aura une pour lui... Veux-tu Jannot ?
Jannot
Oh ! Non. Voilà deux fois que vous m'avez forcé d'y aller ; je l'ai fait par bonne amitié pour vous ; je n'en ai pas voulu manger seulement la queue d'une ; et puis vous dites à votre Maman, que je les vole par gourmandise ; je ne veux plus en aller prendre.
Petit Blandineau
Parles-donc, eh ! Petit manant, ne serais-tu pas trop heureux d'avoir le fouet pour nous ?
Jannot
Oui, mais cela n'est pas bien de prendre ce qu'on ne nous donne pas.
Petit Blandineau
Veux tu bien y aller tout-à-l'heure ?
Petite Blandineau
Veux-tu y aller ?...
Jannot
Non, je n'irai pas, et je n'irai plus jamais.
Petit Blandineau
Nous t'allons battre...
Jannot
Eh bien ! J'aime mieux être battu, que de faire une chose qui n'est pas bien.
Le petit Blandineau et sa soeur battent Jannot, qui se laisse battre.
Petit Blandineau
Ah ! Tu ne veux pas nous obéir ? Ma Soeur, aide-moi ; tiens, prends cette canne, et moi l'autre...
Ils le battent encore, et Jannot s'enfuit dans un coin de la Chambre.
Jannot
Eh bien ! Vous n'en serez pas plus avancés...
Petit Blandineau
Ah ça, si tu dis que nous t'avons battu, si tu le dis, nous dirons, comme l'autre fois, que tu as encore volé des fruits dans le jardin.
Jannot
Allez, n'ayez point peur ; vous m'avez déjà battu plus d'une fois, et je n'en ai rien dit.
Petit Blandineau
Allons, rends-nous ton pain, puisque tu ne veux pas nous aller prendre des poires, tu ne l'auras pas.
Jannot
Oh ! Tenez, le voilà, gardez-le ; je suis bien-aise à présent de n'en pas avoir mangé du tout ; j'aime encore mieux notre pain-bis, on ne me le reproche pas.
Scène 5
Monsieur Blandineau, Madame Blandineau, Jannot
Monsieur Blandineau
Eh bien ! Madame, est-ce là ce que vous m'aviez promis ?
Madame Blandineau
Ah ! ah ! Vous êtes de jolis enfants, j'ai tout entendu. Voilà donc comme vous m'avez menti tous deux fur le compte de ce pauvre Jannot. Il est gourmand, il vole les fruits, il est méchant, il est menteur, tandis que c'est vous qui avez tous ces vices-là. Oh ! Je suis bien-aise de vous connaître.
Jannot
Ne vous fâchez pas, Madame, par rapport à moi ; tout cela n'était que pour rire, je vous assure, et je ne suis pas fâché du tout ; je vous promets qu'ils ne m'ont point fait de mal, nous jouions ensemble, voilà tout.
Elle les renvoyé.
Madame Blandineau
Vas, mon pauvre Jannot, je te rends justice, et je les punirai tous deux comme ils le méritent. Allons vite, allez-vous en tous deux dans votre chambre, auprès de votre Gouvernante, jusqu'à ce que je vous fasse essuyer la punition que vous méritez.
Monsieur Blandineau
Chargez-vous, Madame, de celle de votre Fille, je ne veux point m'en mêler ; ce que je vous conseillerais seulement, serait de lui ôter jusqu'à nouvel ordre, tous ses Maîtres de Musique, de Danse et de Dessein, et de travailler seulement à lui apprendre à bien coudre, à broder, à filer, et à lui former le coeur et l'esprit. Pour mon fils, la punition qu'il mérite, est que Jannot prenne ici sa place, ses habits, enfin qu'il devienne mon fils, et que ce beau Monsieur-là soit traité comme le fils d'un paysan, je dis plus, comme le plus mauvais sujet de la Nature. Au reste, Madame, serez-vous encore prévenue contre ce qui résulte de la pauvreté de certains états ?
Madame Blandineau
Non, Monsieur : malgré la peine que cela me fait, je suis obligée de convenir que cette fois-ci vous avez raison, et que...