Proverbe · 1769

Les liaisons dangereuses

d’Alexandre-Guillaume de Moissy

Représentation
≈ 20 min
Distribution
3 hommes
Répliques
88
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Monsieur Farnoze le Cadet H 32 ≈ 10 min 7
Dubois H 18 ≈ 3 min 8
Aîné N 15 ≈ 2 min 3
Aîsné N 9 ≈ 2 min 1
Contois H 11 ≈ 2 min 3
Monsieur Farnoze N 3 ≈ 1 min 3
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Les Liaisons Dangereuses
Monsieur Farnoze le Cadet absentabsentabsentabsentabsent
Dubois absentabsentabsentabsent
Aîné absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Aîsné absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Contois absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Monsieur Farnoze absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Les Liaisons Dangereuses

Scène 1

Monsieur Farnoze le Cadet, Aîné

Monsieur Farnoze le Cadet

Quoi, mon Frère, tu viens me reconduire jusques dans ma chambre, pendant que tu as tout Paris dans ton salon, ou le plus gros jeu commence ; à quoi penses-tu donc ?

Aîné

Je pense, mon frère, que je voudrais dans certains moments être aussi sage que toi, et pouvoir me coucher tranquillement comme tu vas le faire.

Monsieur Farnoze le Cadet

Et qui t'empêche de m'imiter dans la vie simple et rangée que je mène ?

Aîné

Qui m'en empêche ? Le train de vie que j'ai pris.

Monsieur Farnoze le Cadet

Apparemment que cette vie-là te plaît autant que je la déteste ; c'est une ivresse dont tu ne te tireras jamais que par quelques revers d'infortune suivie qui t'ôteront les moyens de continuer les dangereuses habitudes que tu te forme ; tu ne deviendras sage que par les leçons trop sévères du malheur, voilà ce qui me chagrine pour toi.

Aîné

Mais comment veux-tu que je change de conduite maintenant, cela est-il possible ?

Monsieur Farnoze le Cadet

Oui, très possible, en changeant de liaisons, et en vivant comme je fais.

Aîné

Oh ! Mon frère, tu m'avoueras que ta façon de vivre est d'une uniformité, d'une monotonie, d'une simplicité, d'une triste à faire périr d'ennui.

Monsieur Farnoze le Cadet

Dis plutôt que c'est la tienne qui est comme cela, à la simplicité près.

Aîné

Quelle idée !...

Monsieur Farnoze le Cadet

As-tu un moment de conversation à me donner ? Je vais te le prouver.

Aîné

Oui, le jeu est commencé, et je veux laisser la partie s'échauffer avant que d'y paraître.

À Dubois.

Dubois sort.

Monsieur Farnoze le Cadet

Tu n'y paraîtras peut-être que trop tôt ; assis-toi. Allez, Dubois, je vous sonnerai quand je voudrai me coucher.

Scène 2

Monsieur Farnoze le Cadet, Aîné

Monsieur Farnoze le Cadet

D'abord, mon cher ami , il faut que je te remette sous les yeux ta fortune et la mienne, la différence de nos liaisons, et je te prouverai aisément quel est celui de nous deux qui est le plus raisonnable et le plus heureux.

Aîné

Allons, je t'écoute.

Monsieur Farnoze le Cadet

J'ai eu comme toi pour tout patrimoine environ mille écus de rente ; né sans ambition et sans passion, un emploi honnête qui m'occupe, me produit encore mille écus par an. Quand un jeune homme double son revenu en travaillant ce qu'il faut pour s'occuper, il doit être bien content, et je le suis. J'ai toujours eu une certaine somme d'argent comptant devant moi, qui n'est exposée à aucun revers de fortune. Je vis avec de bonnes gens, qui n'étant pas plus riches que moi, ne m'humilient point, et ne me font point devenir la grenouille de la Fable ; je les peux croire mes amis, parce que nous sommes de niveau en fortune, en désirs et en façon de penser. Des soupers honnêtes sans faste, libres fans débauche, et dont la table est plus entourée par l'âme et l'esprit des convives, que par leur quantité ; des promenades plus choisies pour conserver la santé, et admirer la Nature, que pour satisfaire l'orgueil et la convoitise, un jeu plus fait pour nous rendre gais, meilleurs amis et généreux, que sérieux, inquiets et avares ; voilà notre vie , Voilà la vie des honnêtes gens, et des gens heureux autant que l'homme peut l'être : voyons la tienne.

Aîné

Oh ! À ce premier point de ton sermon, je devine aisément le second, et tu vas me faire un tableau dont j'aurai honte.

Monsieur Farnoze le Cadet

Tant mieux, ce sera une preuve que tu n'as pas perdu toute pudeur.

Aîné

Allons, amuse-toi, voyons.

Monsieur Farnoze le Cadet

Tu as converti ton petit patrimoine en argent comptant ; en très peu de temps le jeu t'a favorisé au point que tu tiens une bonne maison ; équipages , valets, grande chère, tout va bien jusqu'à présent, mais tout ce bonheur n'est établi que sur le hasard qui peut avoir de cruels et de longs caprices : ton opulence extérieure t'a fait connaître la plus riche finance, les Militaires les plus distingués, et la plus haute Robe ; mais qu'est-ce que tous ces honnêtes gens-là font pour toi ? Des connaissances du jeu et de la fortune ; dans tout cela peux-tu compter un ami véritable ? Perds cette nuit tout ce que ni possèdes, et tu m'en diras des nouvelles demain.

Aîné

Oh bien, par exemple, voilà pousser les choses à l'extrémité, et vous autres petits êtres rangés, vous croyez que dans le grand monde on ne se fait point des amis comme entre vous. Raisonne plus juste, mon frère, et pense au contraire qu'on s'en fait de plus utiles et de plus puissants que ne sont toutes vos bonnes gens qui ne peuvent rien, et dont la petite sphère est si bornée qu'ils n'ont aucune ressource poux eux-mêmes.

Monsieur Farnoze le Cadet

Je sais bien que tous ces hommes élevés ou par la fortune, ou par des places éminentes, se rendent des services mutuels, mais c'est autant qu'ils savent qu'on peut leur en rendre aussi ; or un petit particulier comme toi, qui avec de l'argent et du bonheur, a pris son vol jusqu'à eux, s'il ne s'y soutient pas et qu'il tombe, il est perdu, oublié, et si l'on s'en souvient, c'est souvent plus pour le mépriser, que s'il ne s'était jamais fait connaître ; je tremble pour toi, mon frère, que ce malheur-là ne t'arrive quelque jour. D'ailleurs, dans ton bonheur même, quelle vie mènes-tu ? Par exemple, aujourd'hui que tu as assemblé une trentaine de nos joueurs fameux à un souper splendide, que tu fais suivre d'un bal de deux cents personnes, pour que le jeu n'ait pas l'air d'être le motif d'une si grande dépense, tu t'es tourmenté tout le jour pour donner tes ordres, et tu vas passer toute la nuit à te brûler le sang par toutes les révolutions précipitées qu'un gros jeu fait essuyer ; appelles-tu cela vivre ? Et tu vis à peu près comme cela tous les jours. Cette vie n'est-elle pas d'autant plus monotone, malgré son air de turbulence, que l'âme est toujours affectée de même et emportée par les sens, ou tourmentée du désir de gagner au jeu ; vas, tu regarderais pareille vie comme un supplice, si en t'ôtant l'ivresse qui t'étourdit sur elle, on te forçait d'en avoir toutes les fatigues et toutes les inquiétudes.

Aîné

Je sens que tu as raison, mais je suis dans ce train-là, et je me serais moquer de tout le monde, si je me réduisais à vivre comme toi.

Monsieur Farnoze le Cadet

Sois plus vrai, mon frère, et dis que ton orgueil et ton amour propre ne seraient pas satisfaits ; dis que pour vivre comme moi, il faudrait renoncer à tout ton faste, et que tu n'en as pas la force ; tu es dans le plus brillant de ton songe, mais prends garde qu'une infortune trop suivie ne te réveille malgré toi, que dis-je ? Une nuit malheureuse, une seule nuit peut tout renverser.

Aîné

Va, mon frère, je joue, mais j'ai de la conduite dans ce que je hasarde, je sais me borner dans le gain, et la perte jamais ne m'enivre ; allons , je vais descendre là-bas, et t'en donner une preuve.

Monsieur Farnoze le Cadet

Voilà donc le fruit de mes sages réflexions ; oh ! Je m'y attendais ; va, mon enfant, ton mal est sans remède, je te souhaite tout le bonheur possible.

Il appelle.

Aîné

Et toi, dors pour nous deux, mon frère, je te souhaite une bonne nuit. Dubois, éclaire-moi.

Scène 3

Monsieur Farnoze le Cadet

Monsieur Farnoze le Cadet

Mon pauvre frère ! Il va jouer un jeu d'enfer cette nuit, et je tremble pour lui ; j'ai un certain pressentiment qu'il sera une perte énorme; et je n'en dormirai pas de la nuit, je le sens ; oh bien, puisque je ne pourrais pas dormir, je veux l'aller voir jouer ; je serais trop inquiet si je restais ici.

Scène 4

Monsieur Farnoze le Cadet, Dubois, Monsieur Farnoze

Monsieur Farnoze le Cadet

Dubois, m'a-t-on apporté mon domino neuf ?

Dubois

Oui, Monsieur.

Le Laquais l'habille en masque.

Monsieur Farnoze le Cadet

Donne-moi tout ce qu'il faut pour me masquer. Je veux descendre dans le bal ; mon frère n'a-t-il point vu le domino en sortant ?

Dubois

Non, Monsieur, je l'avais enfermé dans l'armoire.

Monsieur Farnoze le Cadet

Reste ici à m'attendre, et surtout ne dis à personne que je suis descendu.

Dubois

Non, Monsieur.

Monsieur Farnoze le Cadet

Tu peux dormir sur ton lit, si tu veux, tout habillé.

Dubois

Monsieur, je verrai.

Dubois apporte la cassette.

Il referme la cassette. Et y oublie la clef.

II sort.

prêt à sortir

Monsieur Farnoze

Ah ! J'oubliais ; Dubois, donne-moi ma cassette. Je veux prendre vingt-cinq Louis, et les risquer au trente et quarante ; je me connais, je n'en perdrai pas sûrement davantage, et si j'ai un moment de fortune, j'en profiterai ; mais je jouerai masqué, car si mon frère me voyait jouer, il se moquerait de moi. Je m'en vais.

Scène 5

Dubois

Il se place pour dormir.

Il se retourne.

Il s'endort.

Dubois

Oh, oh, il a laissé la clef à la cassette, il faut que je la lui porte ; oui, mais je le ferais peut-être reconnaître si on me voit lui donner cette clef : oh, ma foi, il l'a retrouvera comme il l'a laissée, il est sûr de ma fidélité, ainsi... Je suis bien sûr de moi aussi... Qu'est-ce que je vais faire ? Ma soi, dormons. Les Laquais vont jouer là-bas un jeu du diable, voilà ce que fait l'exemple des Maîtres... Qu'est-ce que j'ai donc ? Je ne saurais dormir... Si j'allais risquer quelques Louis... La diablesse de cassette me tourmente... Allons, Dubois, dors mon ami, et songe que jusqu'à présent tu as toujours été un honnête garçon.

Scène 6

Contois, Dubois

Contois

Dubois, tu dors ? Dubois.

Dubois

Ah ! C'est toi, Contois, oui je dors, qu'est-ce que tu veux ?

Contois

À quoi t'amuse-tu donc de dormir, pendant qu'il y a tant d'argent à gagner là-bas avec nos camarades ?

Dubois

Oh, tu sais bien que je ne suis pas joueur comme toi, vas y jouer si tu veux, et laisse moi tranquille ; mon Maître m'a dit de l'attendre ici, il faut que j'y reste.

Contois

Eh bien , mettons deux Louis chacun, j'irai jouer pour toi et pour moi ; va, laisse moi faire, il y aura bien du malheur si je ne te gagne pas de l'argent.

Dubois

Tu me tentes, Contois, allons, tiens, voilà deux Louis, c'est tout ce que je possède, mais ne vas pas les perdre au moins.

Contois

Non, sois sûr que je gagnerai, je sens cela.

Dubois

Oui, mais tu es un joueur insatiable, si tu double nos fonds, je veux que tu me rapporte ma part, entends-tu ?

Il sort.

Contois

Laisse-moi faire.

Scène 7

Dubois

Il cherche sur le Bureau.

Il lit bas.

Dubois

Mettons la canette derrière ce fauteuil ; non, elle sera mieux dans le petit cabinet ; quand Contois remontera, il pourrait la voir, il n'aurait qu'à avoir perdu tout son argent... Il est joueur jusqu'à perdre... et avec les joueurs, il faut toujours se méfier... À présent, il faut prendre un livre, car ce n'est pas la peine de m'endormir.... Il va bientôt remonter, et pour si peu de temps , le sommeil me serait plus de mal que de bien... Voyons ce que je lirai. Les Nuits d'Young. Cet homme-là a écrit des Nuits, apparemment que c'était quelqu'un qui attendait son Maître comme moi. Bon, cela ne parle que de la Mort, de l'histoire de l'âme ; oh , cela m'endormirait, cherchons en un autre.

Scène 8

Contois, Dubois

Contois

Ma foi, mon enfant, j'en fuis bien fâché, mais nos fonds sont flambés.

Dubois

Vrai ?

Contois

Oui, très vrai. Un diable d'homme sur la main de qui je me suis enfilé, a passé dix fois, et a jeté les cartes ; je viens voir si tu veux refaire de nouveaux fonds.

Dubois

Tu sais que je t'ai dit que je n'avais que ces deux Louis, ainsi...

Contois

Allons, tu badines, un garçon rangé comme toi, a toujours un magot de côté qui est bien garni ; si tu ne veux pas que j'aille jouer au trente et quarante, faisons mieux, jouons ensemble au piquet ; tu s ais que tu es plus fort que moi, et cela te désennuiera en attendant ton Maître, qui, sûrement, passera la nuit à danser.

Dubois

Jouer au piquet ? Mais je n'ai pas de carré ici.

Contois

Oh, qu'à ça ne tienne, en voilà un sixain que j'ai pris là-bas.

À part.

Haut.

Dubois

Mais... Non, je ne me soucie pas de jouer. Il joue mal, si pourtant je savais lui regagner mes deux Louis avec quelques-uns de ceux de la cassette. Tu veux donc jouer absolument ?

Contois

Allons, ne te fais pas tant prier, tu en as autant d'envie que moi.

Il va à la cassette qu'il ouvre.

Dubois

Eh bien, arrange la table, je suis à toi.

Scène 9

Monsieur Farnoze, Dubois, Monsieur Farnoze le Cadet, Contois

Monsieur Farnoze

Dubois, viens m'ôter mon domino ; qu'est-ce que tu faisais là ?

À part.

Dubois

Je faisais rien, Monsieur, je rangeais votre table de nuit... Monsieur , voilà la clef de votre cassette que vous aviez oubliée. Il était temps qu'il arrivât, où en étais-je ?...

Monsieur Farnoze le Cadet

Ah, te voilà Contois , va, ton Maître vient de faire une belle lessive, il a perdu des sommes.

Il sort.

Contois

Ah ! Mon Dieu, je m'en vais descendre bien vite.

Scène 10

Monsieur Farnoze, Dubois

Dubois l'habille de nuit.

Monsieur Farnoze

Mets mon domino et mon masque sur mon lit, et passe moi vite ma robe de chambre. Mon frère va monter, garde-toi bien de lui dire que je suis descendu.

Dubois

Non, Monsieur.

Scène 11

Aîné, Dubois, Monsieur Farnoze le Cadet

À Dubois.

Aîné

Dubois, ton Maître dort il ?

Dubois

Non, Monsieur, le voilà dans son fauteuil.

Aîné

Pourquoi n'êtes-vous donc pas couché, mon frère ?

Dubois sort.

Monsieur Farnoze le Cadet

Dubois , laissez-nous.

Scène 12

Monsieur Farnoze le Cadet, Aîsné

Monsieur Farnoze le Cadet

Mon cher ami, je viens de me lever, parce que j'ai été si inquiet toute la nuit de ce qui vous arriverait au jeu, que je n'ai pas pu fermer l'oeil.

Aîsné

Ah ! Mon frère, votre inquiétude était bien placée. Mon cher frère, je fuis... Je suis ruiné.

Monsieur Farnoze le Cadet

Comment ruiné !...

Aîsné

Oui, j'ai perdu tout mon argent comptant... Ivre de mon infortune, et me flattant qu'elle cesserait à la fin, j'ai perdu trois milles Louis sur ma parole.

Monsieur Farnoze le Cadet

Trois milles Louis !

Aîsné

Oui, un maudit Masque que personne ne connaît, a passé dix-sept fois, je me fuis entêté sur la main, et enfin je m'y suis écrasé sans ressource... Je suis au désespoir. . .

Monsieur Farnoze le Cadet

Et ce Masque, qu'est- il devenu ?

Aîsné

Il m'a dit qu'il était de vos amis, et qu'il viendrait ici pour prendre avec vous et avec moi des arrangements sur ce que je lui dois.

Monsieur Farnoze le Cadet

Et quels arrangements pouvez-vous prendre, mon frère, sans biens fonds, sans terres, vis-à-vis de trois milles Louis ?

Aîsné

Ah ! Mon frère, je suis un homme perdu, je le sais bien , mais enfin il faut que je l'attende ici, et que nous lui parlions.

Monsieur Farnoze le Cadet

Lui parler ? Je ne vois qu'une ressource, qu'une façon de lui parler , c'est de nous jeter à ses genoux tous deux, et de le prier de vous faire grâce, et de ne vous point déshonorer.

Aîsné

Ah ! Mon frère, s'il n'était question que de moi, je mérite bien cette humiliation ; mais vous y exposer, vous mon frère ! Je vendrai tout, je n'aurai plus rien au monde, mais je payerai.

Monsieur Farnoze le Cadet

Vous dites qu'il est mon ami ; s'il était assez généreux pour vous remettre la forte somme que vous lui devez, et peut-être tout ce que vous avez perdu comptant, à condition que vous lui feriez serment de ne jouer jamais, le feriez-vous et lui tiendriez-vous parole ?

Aîsné

Ah ! Mon frère, de quoi me flattez-vous là ? Est-il un homme sur la terre capable d'une pareille grandeur d'âme ?

Monsieur Farnoze le Cadet

Peut-être que oui, mon frère ; mais faisons la supposition pour un moment, enfin promettriez-vous sur votre honneur de ne plus jouer de votre vie ? Si je lui promettrais ! Ah Ciel !...

Il va chercher le sac d'or.

Il lui montre son domino.

Monsieur Farnoze le Cadet

Eh bien, mon frère, jurez-moi le donc ; car c'est moi qui suis le Masque qui vous a tout gagné. Voilà votre or, je vous remets la parole des trois milles Louis. Tenez, voyez si ce n'est pas là le maudit Domino et le cruel Masque qui vous a dévalisé.

Aîsné

Ah ! Mon frère, je reconnais... Est-il possible ? Ah ! Mon cher frère, que je vous embrasse.

Monsieur Farnoze le Cadet

Je ne reçois cette embrassade, qu'à condition que vous tiendrez votre serment.

Aîsné

Oui, mon frère, je vous le jure, tous vos sages avis se retracent dans mon ame avec des caractères de seu qui l'éclairent en la changeant. Je vais vous devoir mon existence et mon repos.

Monsieur Farnoze le Cadet

Et moi, mon cher frère, je vous dois le plaisir le plus pur que j'aie senti et que je sentirai de ma vie ; c'est d'avoir pu guérir mon frère d'une passion qui me faisant tous les jours trembler pour lui, empoisonnait le bonheur de ma vie. Je suis charmé que vous ayez eu dans tout ceci...

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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