Proverbe · 1769

Les revenants

d’Alexandre-Guillaume de Moissy

Représentation
≈ 20 min
Distribution
1 femme, 3 hommes
Répliques
86
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Monsieur Delmas H 28 ≈ 8 min 5
Le Cadet Delmas H 22 ≈ 6 min 7
L'Aîné Delmas H 27 ≈ 4 min 9
Une Gouvernante F 9 ≈ 2 min 4
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Les Revenants
Monsieur Delmas absentabsentabsentabsent
Le Cadet Delmas absentabsent
L'Aîné Delmas
Une Gouvernante absentabsentabsentabsentabsent
PDF

Les Revenants

Scène 1

L'Aîné Delmas, Une Gouvernante, Le Cadet Delmas

L'Aîné Delmas

Ma Bonne, mon Papa vient de me donner la clef de l'armoire qui est dans le cabinet de la chambre de Maman, pour que je prenne mon habit d'été et celui de mon frère pour demain, parce que c'est la Pentecôte ; tenez, ma Bonne, la voilà, allez les prendre tous deux.

Une Gouvernante

Quoi ! Vous avez encore peur d'entrer dans la chambre de votre Maman, parce qu'elle y est morte ; mais il y a déjà plus de quinze jours, et je sais que votre Papa veut que vous y alliez vous-même ; ainsi obéissez-lui, Monsieur, allez chercher votre habit et celui de votre frère. Eh bien ! Irez-vous ?

Au Cadet.

L'Aîné Delmas

Oh ! Ma Bonne, je n'ose pas y aller tout seul. Mon frère, veux-tu venir avec moi ?

Le Cadet Delmas

Non, mon frère, à moins que ma Bonne ne vienne avec nous deux.

Une Gouvernante

Messieurs, il faut que vous vous enhardissiez, votre papa le veut : n'avez-vous pas peur que votre chère mère qui vous aimait tant, revienne de l'autre Monde pour vous faire du mal ? Allez quand on est mort, on est bien mort.

L'Aîné Delmas

C'est vrai, ma Bonne, je vous crois bien, mais je n'ose pas... Je n'irai pas absolument tout seul, j'aime mieux ne pas mettre demain mon habit d'été.

Le Cadet Delmas

Oh ! Moi, je veux avoir le mien, et puisque tu fais tant l'enfant, je n'ai pas si peur que toi, et je vais le chercher : donne -moi la clef.

L'Aîné Delmas

Tiens, la voilà, mon Frère, en même temps apporte le mien, je t'en prie.

Le Cadet Delmas

Oh ! Pour ça non ; mon Papa veut que tu l'ailles chercher toi-même, et tu iras si tu veux l'avoir ; tu vas bien voir qu'il n'y a rien à craindre ; tiens, j'y vais tout seul, ainsi... C'est l'armoire qui est dans le fond du petit cabinet, n'est-ce pas ?

Le Cadet passe dans la chambre avec une lumière.

Une Gouvernante

Oui, à droite.

Scène 2

Une Gouvernante, L'Aîné Delmas

Une Gouvernante

Je serais bien honteux à votre place de voir mon frère cadet avoir plus de courage que moi.

L'Aîné Delmas

Oh bien, ma Bonne, tant mieux pour lui ; mais c'est bien vilain à lui s'il n'apporte point mon habit avec le sien.

Une Gouvernante

S'il l'apporte, vous n'en ferez pas plus avancé, car je le lui serai reporter, pour que vous obéissiez à votre Papa, et que vous l'alliez cher cher vous-même.

L'Aîné Delmas

Eh bien, ma Bonne, je dirai que vous êtes aussi méchante que mon frère.

Une Gouvernante

Et moi, je dirai que vous êtes un poltron ; et un petit nigaud qui avez peur des revenants ; tenez voilà votre frère qui est plus brave que vous.

Scène 3

Une Gouvernante, Le Cadet Delmas, L'Aîné Delmas

Une Gouvernante

Eh bien ! Avez-vous vu quelque chose, mon ami ?

Le Cadet Delmas

Rien du tout, ma Bonne, et mon frère a tort d'avoir peur.

L'Aîné Delmas

Tu n'as donc apporté que ton habit ?...

Il met l'habit sur des chaises.

Le Cadet Delmas

Non vraiment, je te l'avais promis ; tiens ; voilà la clef, vas chercher le tien si tu veux.

L'Aîné Delmas

Oh ! Pour ça non, je m'en passerai plutôt.

Scène 4

Monsieur Delmas, Le Cadet Delmas, L'Aîné Delmas, Une Gouvernante

Il examine l'habit.

Monsieur Delmas

Eh bien ! Voilà donc les deux habits d'été qu'on a tirés de l'armoire si redoutable. Est-ce Delmas qui les a été cherchés ? Mais n'en voilà qu'un, pourquoi cela ?

Le Cadet Delmas

C'est le mien, mon Papa, que j'ai été chercher moi-même tout seul ; mon frère n'ose pas entrer dans la chambre de Maman, et aller tout seul jusqu'à l'armoire.

Monsieur Delmas

Mais de quoi as-tu donc peur dans cet appartement, quand tu vois que ton frère en vient tout seul, sans avoir rien vu, ni entendus.

L'Aîné Delmas

Oh dame ! Mon Papa, j'ai peur... Saint-Jean que vous avez renvoyé, parce qu'il me faisait des peurs terribles, m'a raconté tant d'histoires de morts qui reviennent, que je ne peux pas prendre sur moi de n'avoir pas peur.

Monsieur Delmas

Il faut pourtant bien que je te guérisse de cette faiblesse-là, et je veux en venir à bout en te parlant raison ; mettez-vous là tous deux, et vous, la Bonne, allez faire vos affaires.

Une Gouvernante

Je m'en vais, Monsieur, mais je crois que toutes les belles raisons que vous allez employer, ne vaudront pas une bonne correction.

Monsieur Delmas

Non, la Bonne, pour cette fois-ci permettez-moi de n'être pas de votre avis.

Elle sort.

Une Gouvernante

Vous êtes le maître.

Scène 5

Monsieur Delmas, L'Aîné Delmas, Le Cadet Delmas

Monsieur Delmas

Oh ça, mon Fils, écoute-moi bien.

L'Aîné Delmas

Oui, mon Papa.

Monsieur Delmas

Tu as peur d'entrer dans la chambre de ta mère, parce qu'il n'y a pas longtemps qu'elle y est morte. Te paraît-il raisonnable que les morts reviennent tourmenter les vivants ? Si cela était, nous ne pourrions vivre tranquilLes dans ce monde-ci, ni jour, ni nuit ; car si un seul avoit la faculté d'y revenir, tous les autres l'auraient aussi, et il y a tant d'hommes qui sont morts, depuis que le Monde existe, que nous ne saurions où nous fourrer, si les Morts revenaient. D'abord entends-tu ce raisonnement-là ?

L'Aîné Delmas

Oui, mon Papa.

Le Cadet Delmas

Aussi c'est ce que je lui dis, mais il ne veut pas me croire.

L'Aîné Delmas

J'entends bien cela, mais cependant il y a tant d'histoires que des gens raisonnables racontent de morts qui sont revenus... qui ont paru la nuit tout en blanc qui ont tiré les rideaux de ceux à qui ils en voulaient, et puis qui ont disparu ; dame, il faut bien qu'il y ait quelque chose de vrai dans tout cela.

Monsieur Delmas

Je vais te dire ce qu'il y a de vrai dans toutes les histoires des revenants qu'on a pu te raconter. Dans chaque histoire, il y a de vrai un événement naturel qui n'a rien de surprenant, quand on va jusqu'à en approfondir la cause, mais qui laisse des sentiments de crainte, quand on attribue cet événement à une cause qui n'est pas la véritable, et qu'on croit merveilleuse, miraculeuse même, quand on est prévenu, et qu'on n'approfondit rien. Par exemple, à ton âge à peu près, le lendemain de la mort de mon grand-père, la nuit que j'étais seul couché dans un grand lit, j'entendis ouvrir mes rideaux très brusquement, et puis les refermer de même, et cela à plusieurs fois...

L'Aîné Delmas

Ah ! Mon Dieu ! Mon Papa, eh bien ? Vous voyez bien, vous eûtes bien peur sûrement.

Monsieur Delmas

Oui, sans doute : j'appelai même, je criai ; mon père vint avec de la lumière, et il vit lui-même les rideaux faire le même manége.

L'Aîné Delmas

Eh bien ?

Monsieur Delmas

Mon père qui n'était point un enfant, et qui voulait m'éclairer l'esprit sur ma crainte mal fondée, comme je le fais sur la tienne, envoya chercher une échelle pour examiner la cause de cet événement qui paraissait extraordinaire ; il monta lui-même à l'échelle, et trouva sur l'impérial du lit un gros rat qui s'était pris la patte dans un des anneaux du rideau, et qui allant et venant pour se débarrasser, faisait jouer le rideau, en l'ouvrant et le fermant très fort.

L'Aîné Delmas

Bon ! Un gros rat !

Monsieur Delmas

Oui, un gros rat qu'il prit et qu'il me montra, car malgré ce qu'il m'en disait, je ne voulais pas le croire. Eh bien, si on n'avait point été à la cause de cette aventure, et qu'on ne m'eût pas mis au fait, j'aurois crû que c'était mon grand-père qui revenait, comme on dit, pour me demander des prières.

L'Aîné Delmas

Sûrement.

Monsieur Delmas

Oh ! Tu vois bien que j'avais tort d'avoir peur, et cette découverte m'a guéri depuis pour toujours de croire aux revenants ; sois certain qu'il en est de tout ce qu'on raconte sur cela, comme de cette histoire.

Le Cadet Delmas

Eh ! Mon Papa, contez-lui aussi celle des papiers du jeune clerc de procureur, qui se culbutaient tous dans sa chambre pendant la nuit, et sautaient les uns sur les autres ; oh ! Elle est bien drôle celle-là ; vous me l'avez racontée à moi tout seul, et elle m'a bien guéri de la peur, moi.

Monsieur Delmas

Ah ! Oui, encore. Eh bien, raconte-lui, puisque tu t'en souviens.

Le Cadet Delmas

Qui, moi ? Dame, mon Papa, je ne sais pas si j'en pourrai venir à bout.

Monsieur Delmas

Allons, raconte comme tu pourras.

Le Cadet Delmas

Écoute bien, mon Frère, et tu vas voir s'il faut avoir peur des choses qui nous effrayent d'abord. Il y avait une fois un jeune clerc de Procureur...

Monsieur Delmas

Il y avait une fois... Allons donc, tu commences ton récit comme le conte d'une vieille bonne femme. Commence par dire, un jeune clerc de procureur, et fois intelligible dans ton récit ; pour cela, ne te presse point.

Le Cadet Delmas

Non, mon Papa. Un jeune clerc de procureur travaillait dans sa chambre à ses moments de récréation à des procès pour son profit, et pour avoir de l'argent pour se divertir les fêtes et dimanches.

Monsieur Delmas

Voilà bien des fois pour... pour... Il faut éviter tout cela quand on raconte.

Le Cadet Delmas

Oui, mon Papa. Un de ses camarades qui voulut changer de chambre avec lui, parce que ja sienne n'était pas si jolie, s'avisa pour y parvenir, d'une bonne ruse.

Monsieur Delmas

Fort bien. Raconte d'abord le fait, en le présentant du côté qui peut surprendre ; après cela, tu en développeras les causes naturelles ; voilà comme ta petite histoire intéressera et fera plaisir.

Le Cadet Delmas

Oui, mon Papa. Le père du jeune Clerc qui travaillait dans sa chambre, venait de mourir il y avait deux jours. Ce jeune homme qui était rempli de l'idée de la mort de son père, et qui avait toujours craint les Revenants, s'imagina aisément que son père lui revenait, quand pendant deux nuits de suite il entendit tous ses papiers se remuer, se culbuter les uns sur les autres et se promener dans sa chambre ; il avait beau les remettre en ordre le jour, pareil tracas recommençait la nuit.

L'Aîné Delmas

Oh ! Comme j'aurais eu peur ! Eh bien, a-t-il découvert d'où ça venait ?

Le Cadet Delmas

Écoute donc. Prêt à changer de chambre avec son camarade, qui, pour le mieux attraper, lui promettait que si après avoir changé, il lui en arrivait autant dans la sienne, il ferait toujours le maître de reprendre la sienne...

Monsieur Delmas

La sienne, la sienne. Cela forme ce qu'on appelle une amphibologie ; il faut mettre un autre mot distinctif, comme la première, ou bien encore celle qu'il avait d'abord.

Le Cadet Delmas

Oui, j'entends. Il serait toujours le maître de reprendre la première. Le jeune Clerc dont le père était mort, chercha un beau matin à découvrir s'il n'y avait pas quelque cause naturelle dans le bouleversement de ses papiers, imaginée par la malice de son camarade, pour avoir sa chambre. Après avoir bien examiné, il s'aperçut qu'il y avait des fils attachés à certains papiers qui étaient sous beaucoup d'autres, dons les bouts passaient par les petits trous de la cloison de sa chambre qui la séparait de celle de son camarade. Ce camarade qui arrangeait tout cela, en passant par une planche qu'il ôtait de la cloison...

Monsieur Delmas

En passant par une planche : on ne passe pas par une planche, mais par le trou pratiqué en ôtant la planche...

Le Cadet Delmas

Oui, mon Papa. Ce camarade tirait ces fils à une certaine heure de nuit, et causait ainsi à l'autre une frayeur terrible.

L'Aîné Delmas

Voyez la malice, je n'aurais jamais deviné cela. Eh bien, après il n'eut plus peur sans doute.

Le Cadet Delmas

Non sûrement, mais il fit bien peur à son tour au malin camarade ; car une nuit que de sa chambre, ce dernier faisait jouer ses fils, en les tirant pour promener les papiers, l'autre les tira aussi à lui, de son côté, assez brusquement pour qu'il fût obligé de les laisser échapper, ou de les lâcher. Celui qui voulait attraper l'autre, le croyait bien endormi, et eut peur à son tour que ce ne fût l'esprit du père qui était mort qui tirât ces fils ; il les laissa là, et n'osa plus en tirer aucun. Le lendemain ils s'expliquèrent ; la mèche fut ainsi découverte, et il ne fut plus question de troquer de chambre. Tu vois bien, mon frère, qu'il ne faut jamais croire aux Revenants, et que ce sont des contes qui ne doivent jamais nous faire peur.

Monsieur Delmas

Allons, tu ne t'es pas trop mal tiré de ton histoire.

L'Aîné Delmas

Eh bien, tenez, mon Papa, voilà qui est fini ; cette histoire-là me rassure, et je n'ai plus peur, plus du tout ; donnez moi la clef de l'armoire, et je m'en vais chercher mon habit tout seul.

Monsieur Delmas

Soit. Mais ne promets-tu pas plus que tu ne peux ?

L'Aîné Delmas

Non, vous verrez, il ne m'arrivera rien, pas plus qu'à mon Frère ; mais quelque chose qui m'arrive, je n'aurai pas peur, vous allez voir.

L'Aîné prend un flambeau, et entre dans la chambre voisine.

Monsieur Delmas

Allons, prends cette lumière, et vas hardiment, tu verras qu'il ne t'arrivera rien ; je te le garantis.

Scène 6

Monsieur Delmas, Le Cadet Delmas, L'Aîné Delmas

Monsieur Delmas

Ton histoire l'a rassuré, j'en suis charmé, car il est honteux à un garçon de son âge d'avoir peur des revenants.

On entend dans la Chambre voisine, VAÎné qui appelle à lui en criant.

Le Cadet Delmas

Oh ! Pour moi, je n'en aurai plus peur de ma vie ; mais je crois qu'à mon frère actuellement le coeur lui bat bien fort.

L'Aîné Delmas

Ah ! Mon Dieu ! Mon Papa, mon Frère, mon Papa !

Scène 7

Monsieur Delmas, L'Aîné Delmas

L'Aîné revient dans le Salon tout effrayé, sa chandelle éteinte, et s'essuyant le visage.

Monsieur Delmas

Eh bien ! Qu'est-ce qu'il y a donc ? Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?

L'Aîné Delmas

Ah ! Mon Papa, vous le croirez si vous voulez, mais cela est bien vrai, et je l'ai bien senti.

Monsieur Delmas

Eh bien, qu'est-ce que tu as senti ?

L'Aîné Delmas

J'ai senti qu'en ouvrant la porte du cabinet où est l'armoire, on m'a donné un grand coup tout au milieu du visage, et on a éteint ma lumière.

Monsieur Delmas

Et quel coup peut-on t'avoir donné ? Cela n'est pas croyable.

L'Aîné Delmas

Je ne sais pas si cela est croyable, mais cela est vrai toujours. Ah ! Mon Dieu, j'en tremble encore ; et tenez, voyez ma chandelle éteinte et la méche toute écrasée, vous voyez bien que je ne ments pas.

Il entre dans la chambre.

Monsieur Delmas

Il y a quelque chose là-dessous ; allons, je veux voir d'où cela peut venir, sûrement j'en découvrirai la cause naturelle. Rallumez ce flambeau... Restez ici tous les deux, je veux voir moi-même ce qui peut en être.

Scène 8

Le Cadet Delmas, L'Aîné Delmas

Le Cadet Delmas

On t'a donné un coup dans le visage, et on a éteint ta chandelle, cela est singulier. Est-ce que l'esprit de Maman t'en voudroit ? Et lui as-tu fait quelque chose ?

L'Aîné Delmas

Oui, mon Frère, je me rappelle qu'elle voulait que j'étudiasse un matin mes Évangiles, et je ne l'ai pas voulu ; je l'ai impatientée bien sort, c'est peut-être cela qui a mis son esprit en colère contre moi.

Le Cadet Delmas

Oh ! Dame, mon Frère, cela pourrait bien être ; pourquoi ne l'as-tu pas dit ? Moi, je ne l'ai pas chagrinée du tout, voilà pourquoi son esprit ne m'a rien fait.

L'Aîné Delmas

Tu vois que j'avais bien raison de ne vouloir pas y aller tout seul dans ce cabinet ; oh ! Si j'y rentre jamais...

Scène 9

Le Cadet Delmas, Monsieur Delmas, L'Aîné Delmas

Le Cadet Delmas

Allez, mon Papa, nous savons d'où cela vient, ne vous mettez plus en peine.

Monsieur Delmas

Je viens aussi de m'en apercevoir ; eh bien ! Qu'est-ce que vous savez ?

Le Cadet Delmas

Mon frère vient de m'avouer qu'il a bien fort impatienté Maman, et sans doute que pour l'en punir...

À l'Aîné.

Au Cadet.

À l'Aîné.

Au Cadet.

Monsieur Delmas

Bon, quoi ? Tu retombes encore dans ces misères-là ! Toi, que je croyais plus raisonnable que ton frère. Écoutez-moi. Je viens de découvrir la cause naturelle de ce qui t'a fait tant de peur. Près de la porte du cabinet dont il s'agit, il y a un rideau de fenêtre noué à une certaine hauteur ; la porte en s'ouvrant, prend par le haut ce rideau, et quand on la pousse jusqu'à l'ouvrir tout-à-fait, le noeud du rideau passe par-dessus cette porte. Et c'est ainsi qu'il a tombé précisément à la hauteur du visage de ton frère. Voilà comme il a éteint ta chandelle, et t'a donné un coup dans le visage. Il n'en a pas fait de même à toi, parce que tu n'as pas ouvert la porte autant que ton frère, et que le rideau est resté sur la porte. Mais ce n'est pas assez de vous le dire ; pour vous guérir de toutes vos idées, je veux vous le montrer de façon que vous ne puissiez plus en douter : venez tous deux avec moi.

L'Aîné Delmas

Le maudit rideau ! Je n'aurais jamais imaginé cela. Allons donc voir et cela me guérira pour toujours. Mais aussi vous avouerez, mon Papa, que vous-même vous n'auriez pas imaginé cela, et que...

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

Du même auteur

Apprendre ce rôle pour de vrai ? Dans l’app Réplique, les autres personnages te donnent la réplique, et l’app te fait retrouver ton texte jusqu’à ce que tu le saches.